Dans les années 1950, l’écrivain-voyageur Nicolas Bouvier rapportait d’Iran un témoignage précieux. Des ruines de Persépolis aux coupoles turquoise d’Ispahan, des déserts de sel aux poèmes de Hafez, il découvrait un pays d’une beauté saisissante. Mais dans L’Usage du monde, ce sont surtout les âmes croisées en route qu’il célèbre : l’hospitalité des visages, la délicatesse des gestes, la poésie des conversations et cette manière unique qu’ont les iraniens et les iraniennes de laisser en vous une trace indélébile.

Depuis le passage de Bouvier, l’Iran a bien changé. La République islamique instituée en 1979, a progressivement resserré son emprise sur le pays, contraint le quotidien, muselé les voix et étouffé les libertés de son peuple. Les corps et les rêves ont été contrôlés, les gestes et les mots réprimés, laissant le peuple vivre à l’étroit dans un pays où la beauté demeure, mais où l’air s’est raréfié et la vie semble retenir son souffle.

Mais un jour, ce silence s’est rompu. Le 16 septembre 2022, Mahsa Amini, vingt-deux ans, meurt après son arrestation par la police des mœurs pour un voile jugé mal porté. La révolte embrase le pays, les femmes retirent leur voile, les étudiants descendent dans les rues, un peuple entier se met à crier, tandis que la répression étreint le pays à sang.

Alors que la révolte perdure, l’auteur François-Henri Désérable décide de se rendre sur place et de reprendre la route de Bouvier, de Téhéran aux confins du Baloutchistan, pour aller rencontrer, écouter et témoigner d’un peuple qui, au cœur de la tourmente, ne cesse de crier : Femme. Vie. Liberté.

Cet épisode a été réalisé par Thomas Firh, accompagné par Inès Cochard. Le récit a été présenté par Clémence Hacquart. La musique est composée par Nicolas de Ferran. Chloé Wibaux s’est assurée du montage, et Antoine Martin du studio Krispy Record du mixage.