L’Alaska incarne l’un des derniers territoires sauvages de notre planète, une terre d’une immensité vertigineuse où la nature dicte encore ses lois.
Ce documentaire nous plonge au cœur d’un périple d’un mois à travers cet État grand comme quatre fois la France, mais habité par seulement 750 000 résidents.
Si la région est mondialement réputée pour sa chasse au grand gibier comme les grizzlis, les caribous ou les orignaux, le voyage se structure ici autour d’une passion tout aussi exigeante et captivante : la quête du petit gibier et des oiseaux migrateurs.
À travers des rencontres marquantes avec des guides locaux et des biologistes, nous découvrons une culture profondément ancrée dans la subsistance, le respect des écosystèmes et la vie pionnière.
Résumé des points abordés
- Ce qu’il faut retenir
- L’immensité de l’Alaska et la vie à Anchorage
- L’ouverture de la chasse à la bécassine avec Derek
- L’engagement social et la fondation « Les ailes brisées »
- À la recherche des lagopèdes avec Richard Harrison
- Voyage vers le Grand Nord et Fairbanks
- La chasse de subsistance et les communautés autochtones
- La cohabitation quotidienne avec les grizzlis
- La chasse aux bernaches à Cold Bay
Ce qu’il faut retenir
- Une culture de subsistance unique : en Alaska, la chasse dépasse largement le cadre du simple loisir. Elle constitue un mode de vie fondamental et une nécessité alimentaire pour les communautés isolées, encadrée par des réglementations spécifiques qui protègent les traditions indigènes.
- Un sanctuaire écologique mondial pour les oiseaux migrateurs : grâce à ses immenses zones humides qui couvrent plus de la moitié du territoire, l’État accueille chaque été des millions de volatiles venus du Canada, de Sibérie ou du cercle polaire pour se nourrir et se reproduire.
- La gestion communautaire et la protection de la faune : les chasseurs alaskiens se considèrent avant tout comme des gardiens de la nature. Ils s’impliquent massivement dans la préservation des habitats, le financement des associations locales et la régulation éthique des populations animales.
L’immensité de l’Alaska et la vie à Anchorage
L’arrivée sur le sol alaskien provoque un choc visuel inoubliable. Le territoire se déploie à perte de vue, alternant entre quinze chaînes de montagnes, des centaines de volcans et des milliers de glaciers. La grande majorité de la population se concentre dans quelques centres urbains, laissant le reste de l’espace à une nature totalement intacte.
Anchorage, la principale ville, rassemble près de la moitié des habitants de l’État. C’est une cité singulière, peuplée d’aventuriers venus chercher une vie différente, attirés par la rudesse du climat et la richesse économique générée par le pétrole. L’histoire de la région reste récente, marquée par l’achat du territoire à la Russie, la ruée vers l’or, puis le développement des bases militaires.
Dans ce contexte, l’avion et l’hydravion s’imposent comme des outils du quotidien. Le réseau routier étant extrêmement limité, de nombreuses familles et chasseurs possèdent leur propre appareil pour s’échapper vers les grands espaces durant le week-end.
L’ouverture de la chasse à la bécassine avec Derek
Le début du mois de septembre marque le lancement officiel de la saison de chasse. À cette occasion, Derek, un entrepreneur local, partage sa stratégie et sa passion pour la bécassine de Wilson. Ce choix est délibéré : en début de saison, les forêts sont trop denses et fréquentées par les chasseurs d’orignaux, ce qui rend le tir à la gélinotte complexe et risqué pour les chiens de chasse.
La prospection se déroule dans les vastes marais nés du retrait des anciens glaciers, à proximité d’Anchorage. Accompagné de ses chiens de race springer dotés d’un regard et d’une écoute exceptionnels, Derek arpente ces zones humides. Bien que la bécassine soit peu recherchée par les habitants locaux, elle offre une expérience de chasse dynamique avec des vols rapides et nombreux.
Au-delà du prélèvement, Derek insiste sur le rôle crucial du chasseur dans la protection de l’environnement : la gestion des maladies, la surveillance de la prédation et l’entretien des forêts constituent le cœur de son engagement.
La vie en Alaska se caractérise par une forte solidarité communautaire, éloignée du concept européen d’État-providence. Les citoyens s’organisent régulièrement pour entretenir les infrastructures publiques ou soutenir les plus démunis à travers des fondations et des événements caritatifs.
Les chasseurs participent activement à cet effort collectif. Derek dirige une association qui organise des week-ends de dressage de chiens de chasse. Les fonds récoltés lors de ces rassemblements permettent de financer des séjours d’une semaine en pleine nature pour des adolescents souffrant de graves problèmes de santé. Ces jeunes bénéficient alors de leur propre campement, de guides professionnels et de chiens, leur offrant une parenthèse précieuse loin de la maladie.
À la recherche des lagopèdes avec Richard Harrison
Le voyage se poursuit en altitude avec un spécialiste des gallinacés de montagne. L’Alaska abrite trois espèces de lagopèdes, des oiseaux parfaitement adaptés aux conditions extrêmes de l’Arctique. Leurs pattes sont recouvertes de plumes denses agissant comme des raquettes pour marcher sur la neige, et leur plumage devient intégralement blanc en hiver pour échapper aux prédateurs.
La quête de ces oiseaux au-dessus de la vallée d’Eagle River s’avère toutefois difficile. Malgré la présence de quelques indices au sol, la partie de chasse se transforme en une simple randonnée face à la complexité du terrain. Cette expérience rappelle que, même dans un paradis cynégétique, la faune sauvage conserve ses mystères et sait se faire discrète.
Voyage vers le Grand Nord et Fairbanks
Le cap est ensuite mis vers le nord, en direction de Fairbanks, en traversant le somptueux parc national de Denali, dominé par le plus haut sommet d’Amérique du Nord. Fairbanks, ancienne ville pionnière née de la découverte de filons d’or et développée grâce à l’or noir, sert de porte d’entrée vers les régions polaires.
En franchissant le cercle polaire à bord d’un petit avion, le paysage se transforme radicalement pour laisser place à la toundra arctique, une zone dépourvue d’arbres où les températures hivernales figurent parmi les plus basses de la planète. C’est ici que vivent les communautés autochtones, à l’image des Gwich’in, dont l’existence est historiquement liée aux migrations des grands troupeaux de caribous.
La chasse de subsistance et les communautés autochtones
Un aspect fondamental de la gestion de la faune en Alaska réside dans la distinction entre la chasse sportive et la chasse de subsistance. Cette dernière est réservée aux populations vivant dans les zones rurales isolées, principalement les autochtones. Elle leur permet de chasser les oiseaux d’eau au printemps et en été, lors des migrations, afin de garantir leur sécurité alimentaire.
Cette dérogation est le fruit d’une longue histoire de revendications. Dans les années soixante-dix, l’arrestation d’un chasseur indigène en dehors des périodes sportives avait provoqué un mouvement de contestation unique, où chaque membre de la communauté s’était présenté au tribunal avec un oiseau pour affirmer la légitimité de leurs traditions ancestrales.
Aujourd’hui, l’échange de viande de gibier et de poissons reste le pilier des relations sociales dans ces villages coupés du monde.
La cohabitation quotidienne avec les grizzlis
Le retour vers le sud de l’État, notamment autour de la ville d’Homer, met en lumière un acteur incontournable de la vie alaskienne : l’ours brun. L’Alaska abrite la grande majorité de la population de grizzlis d’Amérique du Nord, rendant les rencontres fréquentes, que ce soit en forêt, au bord des rivières ou même dans les jardins des habitations privées.
Cette proximité impose des règles de sécurité strictes. Les habitants se déplacent généralement munis de sprays au poivre ou d’armes de gros calibre. La consigne principale reste de signaler sa présence en bruitant et d’éviter tout contact visuel direct avec l’animal. Les récits locaux témoignent de la force brute de ces prédateurs, capables de disputer leurs prises aux pêcheurs de saumon.
Si l’ours noir est chassé pour sa viande, le grizzli fait l’objet d’une chasse aux trophées très encadrée, représentant une activité économique majeure pour les guides professionnels de la région.
La chasse aux bernaches à Cold Bay
Le périple s’achève à Cold Bay, une ancienne base militaire de la deuxième guerre mondiale située à l’extrême sud de la péninsule, face à la mer de Béring. Ce village balayé par les vents et les pluies battantes constitue un point de passage stratégique pour la bernache noire du Pacifique.
La technique de chasse y est hautement stratégique. Les chasseurs installent des dizaines de formes en plastique sur la plage pour simuler un groupe d’oiseaux au repos. En tirant parti de la marée montante qui force les bernaches à quitter les herbiers marins du large, les chasseurs tentent de les intercepter lorsqu’elles cherchent à rejoindre les lagunes intérieures.
Les prélèvements sont strictement limités par les autorités biologiques afin de s’adapter aux variations annuelles des populations, garantissant ainsi la pérennité de cette escale migratoire exceptionnelle.
Un documentaire de Patrick Glotin