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Tiare géante aux reflets mordorés, la coupole de Santa Maria del Fiore coiffe depuis six siècles le toit de la cathédrale de Florence. Ce dôme de plus de 100 mètres de haut renferme sous son manteau de tuiles abricot une énigme architecturale : un assemblage de briques de 37 000 tonnes qui repose sur un vide béant… Son concepteur, l’orfèvre ­Filippo Brunelleschi, disparu en 1446, dix ans après avoir parachevé le Duomo, a emporté ses secrets avec lui. Des générations d’érudits s’échinent à percer le mystère de cet arceau, érigé sans arcs-boutants, sans étais ni échafaudages. Parmi eux, le professeur d’architecture Massimo Ricci étudie avec passion l’édifice, dont il élabore une reproduction au 1/5. Dans le parc de Florence, où se trouve sa maquette en cours de fabrication, l’universitaire délivre ses conclusions : la structure autoportante de Brunelleschi doit sa solidité à la disposition des briques en chevron et à une inclinaison précise de la voussure. D’une exploration archéologique au décryptage de parchemins du xve siècle, la démonstration convainc et demeure accessible même aux esprits réfractaires à la trigonométrie. Les séquences où le septuagénaire Massimo Ricci dirige des maçons, dépêchés des Etats-Unis pour l’aider à terminer sa réplique, sont captivantes. On quitte à regret ces virtuoses du fil à plomb, sans savoir s’ils réussiront leur chef-d’oeuvre ou si une fissure provoquera l’effondrement du Duomo miniature… — Hélène Rochette