Article | Quel a été le rôle des femmes pendant la Révolution française ?

Les livres d’histoire ont longtemps consigné les figures masculines au premier plan des événements de 1789. Pourtant, dès les premiers jours du soulèvement, la population féminine s’impose comme un moteur essentiel des transformations politiques.

Du pain manquant dans les foyers aux tribunes de l’Assemblée, leur engagement prend des formes multiples et décisives. De la marche sur Versailles aux pamphlets clandestins, ces citoyennes sans droit de vote façonnent la trajectoire du pays.

Leur action dépasse la simple revendication subsistancière pour toucher aux fondements de la citoyenneté.

Ce qu’il faut retenir

L’action des femmes durant la Révolution française repose sur des leviers complémentaires qui ont bouleversé l’ordre social établi :

  • Le déclencheur subsistancier : la disette de pain pousse les Parisiennes à marcher sur Versailles en octobre 1789, forçant le retour du roi à Paris.
  • L’affirmation politique : à travers les clubs et la presse, des figures comme Olympe de Gouges revendiquent l’égalité civile et le droit de vote.
  • L’exclusion paradoxale : malgré leur implication active, les assemblées révolutionnaires leur refusent les droits politiques officiels dès 1793.

La faim comme étincelle : la marche des femmes d’octobre 1789

Au début de l’année 1789, la crise économique ravage la capitale française. Le prix du pain atteint des sommets intolérables pour les ménages modestes. Les mères de famille constatent chaque matin le dénuement de leur foyer.

Le 5 octobre 1789, la colère explose sur les marchés parisiens. Des milliers de femmes se rassemblent devant l’Hôtel de Ville pour exiger du grain. Face à l’inertie des édiles, le cortège s’organise et prend la route de Versailles.

L’historien Jules Michelet résume la puissance de ce rassemblement spontané :

« Les hommes ont pris la Bastille, les femmes ont pris le Roi. »

Armées de piques, de balais et de canons tirés à bras, elles parcourent vingt kilomètres sous une pluie battante. Leur détermination physique impressionne les gardes nationaux qui les suivent à distance.

À leur arrivée au château, une délégation rencontre Louis XVI pour obtenir des approvisionnements. La pression populaire monte au cours de la nuit. Le lendemain, la foule contraint la famille royale à quitter le palais pour s’installer aux Tuileries. Cet événement déplace définitivement le centre du pouvoir politique au cœur de Paris.

Des salons littéraires aux sociétés patriotiques : la conquête de la parole

L’action féminine ne se limite pas aux soulèvements de la rue. Dans les milieux érudits, des femmes d’esprit influencent directement les théoriciens du nouveau régime.

Madame Roland devient l’égérie des Girondins en animant un salon politique majeur. Les ministres et députés s’y réunissent pour concevoir les réformes institutionnelles. Dans l’ombre des débats officiels, sa plume oriente de nombreuses décisions ministérielles.

En parallèle, les femmes du peuple investissent les tribunes publiques des clubs révolutionnaires. Elles assistent massivement aux séances des Jacobins pour observer le travail législatif.

L’accès direct aux débats politiques s’organise autour de structures novatrices :

  • Les clubs mixtes : espaces de discussion où citoyennes et citoyens débattent côte à côte des décrets de l’Assemblée.
  • La Société des citoyennes républicaines révolutionnaires : fondée par Claire Lacombe et Pauline Léon, cette organisation 100 % féminine défend des positions radicales.
  • Les pétitions citoyennes : textes collectifs rédigés par des femmes et déposés sur le bureau des législateurs pour réformer le droit civil.

Olympe de Gouges et la Déclaration des droits de la femme

La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 consacre des principes universels. Toutefois, le mot « homme » y est entendu au sens strict de genre masculin. Les révolutionnaires écartent les femmes de la citoyenneté active.

Face à cette contradiction flagrante, la femme de lettres Olympe de Gouges prend la parole. En 1791, elle rédige la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne. Ce texte juridique visionnaire exige l’égalité absolue entre les sexes devant la loi.

Elle y inscrit une formule restée célèbre dans les annales du droit :

« La femme a le droit de monter sur l’échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la tribune. »

Son pamphlet dénonce l’oppression masculine et demande l’accès aux emplois publics. Elle milite également pour la liberté d’expression, le droit à la propriété et la recherche de la paternité.

La pionnière du féminisme français ne se contente pas de rédiger des manifestes. Elle s’oppose ouvertement à la dérive terroriste menée par Robespierre. Arrêtée puis jugée par le Tribunal révolutionnaire, elle monte sur l’échafaud le 3 novembre 1793, payant de sa vie son indépendance d’esprit.

L’engagement armé et le maintien de l’arrière

L’engagement des femmes prend aussi une dimension militaire sur les frontières en danger. Dès 1792, la patrie est déclarée en danger face aux coalitions européennes. Des citoyennes demandent officiellement le droit de porter les armes pour défendre la patrie.

Certaines s’enrôlent sous des habits d’homme et rejoignent les régiments de ligne. Des héroïnes comme les sœurs Fernig servent comme aides de camp dans l’armée du Nord. Leur courage au feu suscite l’admiration des soldats et des officiers.

Pendant que les hommes combattent aux frontières, la gestion quotidienne du pays repose sur les épaules féminines. Elles assurent le fonctionnement de l’économie locale et du monde agricole.

Les responsabilités assumées au quotidien touchent tous les secteurs de la société :

  • La production agricole : les femmes entretiennent les cultures et récoltent le blé pour nourrir les cités et les troupes.
  • L’équipement militaire : des ateliers de couture improvisés confectionnent les uniformes, les tentes et les sacs des soldats.
  • Les soins infirmiers : les religieuses et les bénévoles organisent le soin des blessés dans les hôpitaux militaires.

Avancées juridiques et fermetures politiques : un bilan contrasté

Les premières années de la Révolution apportent des transformations sociétales inédites en faveur du genre féminin. L’Assemblée constituante supprime le droit d’aînesse et établit l’égalité stricte dans les successions familiales.

En septembre 1792, la Législative instaure le mariage civil et autorise le divorce. La loi reconnaît le consentement mutuel comme motif légitime de séparation. Pour la première fois, la femme peut rompre un union abusive sans l’accord de son époux.

Cependant, le pouvoir masculin verrouille rapidement l’accès à la sphère décisionnelle. La Convention nationale redoute la radicalité des militantes populaires.

Le député Fabre d’Églantine exprime cette méfiance grandissante au sein des institutions :

« Ces sociétés ne sont pas composées de mères de famille, mais d’aventurières, d’amajones errantes. »

Le 30 octobre 1793, la Convention ordonne la dissolution de tous les clubs féminins. L’accès aux assemblées politiques leur est progressivement interdit. Les femmes sont sommées de retourner à leurs tâches domestiques et à leur rôle d’éducatrices des futurs citoyens.

L’héritage méconnu des pionnières de 1789

Malgré la répression politique sous la Terreur, les événements de 1789 modifient profondément les mentalités. L’image de la femme passive s’efface devant l’affirmation d’une conscience civique éclairée.

Les Parisiennes ont démontré leur capacité à faire basculer le destin de la nation. Leurs revendications sur l’instruction publique et l’autonomie financière posent les jalons des futurs mouvements d’émancipation du XIXe siècle.

Le Code civil napoléonien de 1804 rétablira une tutelle juridique stricte sur les épouse. Néanmoins, le souvenir des combattantes de 1789 demeurera une source d’inspiration inépuisable. La mémoire collective conserve l’empreinte de ces pionnières qui ont osé réclamer leur liberté.

Foire aux questions sur le rôle des femmes en 1789

Les femmes avaient-elles le droit de vote durant la Révolution française ?

Non. La Constitution de 1791 classe les femmes parmi les « citoyens passifs », au même titre que les hommes ne payant pas assez d’impôts. Elles sont privées du droit de vote et de l’éligibilité. Ce statut perdurera en France jusqu’en avril 1944.

Qui est l’auteure de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne ?

Olympe de Gouges a rédigé ce texte en septembre 1791. Elle l’a dédié à la reine Marie-Antoinette. Ce manifeste exige l’égalité juridique, politique et sociale entre les hommes et les femmes.

Pourquoi la marche d’octobre 1789 est-elle un moment clé ?

Cette marche populaire a forcé le roi Louis XVI à quitter Versailles pour s’installer au palais des Tuileries à Paris. En ramenant le roi et l’Assemblée nationale dans la capitale, les femmes ont placé le pouvoir sous le contrôle direct du peuple parisien.

Quels étaient les principaux clubs féminins sous la Révolution ?

Le club le plus célèbres est la Société des citoyennes républicaines révolutionnaires, créée en mai 1793 par Claire Lacombe et Pauline Léon. Il existait aussi des clubs mixtes comme le Club social ou la Société fraternelle des deux sexes.

Quels droits civils les femmes ont-elles gagnés sous la Révolution ?

Les femmes ont obtenu le divorce par consentement mutuel dès 1792, l’égalité d’héritage dans les successions familiales et la capacité de témoigner dans les actes civils. La majorité civile a également été fixée au même âge pour les deux sexes.