Le projet HARP, super-canon spatial

Un épisode singulier de l’histoire technologique et de la conquête spatiale est fourni, dans les années soixante, par la tentative de mise au point d’un canon géant poursuivant rien moins que l’objectif décrit par Jules Vernes : satelliser un objet tiré au moyen d’un canon, à la manière d’un obus.

Cet excentrique programme a été poursuivi, aux États-Unis et au Canada, par un chercheur du nom de Gerald Bull.

Le savoir-faire allemand en matière d’artillerie géante

L’Allemagne possédait, en matière d’artillerie géante, un « savoir-faire » assez sinistre illustré par le premier « supercanon » affecté au bombardement de Paris pendant la première guerre mondiale, d’un calibre de 210 mm, ainsi que par la fameuse « grosse Bertha », laquelle était en fait un obusier de 420mm.

Au cours de la deuxième guerre mondiale, les nazis avaient fabriqué un canon monstrueux, le Kanone (E), d’un calibre de 80cm et d’une portée de 48 km. Pesant 1345 tonnes, et juché sur deux voies de chemin de fer, l’engin fut produit en deux exemplaires ; l’un d’eux, surnommé « Dora », fut affecté au bombardement de Sébastopol.

Il fallait, pour le rendre opérationnel, associer une gare de triage au pas de tir et affecter à l’ensemble un détachement d’un bon millier d’hommes. En avril 1945, les américains découvrent les restes du second canon du côté d’Auerbach, en Allemagne ; il semblerait qu’ils aient ensuite été en mesure d’évacuer certains des ingénieurs allemands responsables du projet, mais ceci ne peut être vérifié.

On sait en revanche que Gerald Bull publia en 1989 un livre intitulé « The Paris Gun and Project HARP ».

Le projet HARP et ses réalisations

Ce dernier signifie « High Altitude Research Project ». Il repose matériellement sur un super-canon de 400mm obtenu par assemblage de deux canons de marine, puis modifié ensuite, le tout étant produit cette fois à trois exemplaires : l’un au Canada, le second aux États-Unis à Bridgewater, et le dernier à la Barbade afin d’être plus proche de l’équateur.

Tous semblent avoir fonctionné sur la base d’un complexe système à base d’hydrogène chaud comprimé. Au cours d’une série de tests réalisée entre 1965 et 1966, le canon de la Barbade a projeté un obus-fusée baptisé « Martlet 2 » à l’altitude record de 180 km, et à une vitesse de neuf fois environ celle du son.

Mais cette vélocité est encore insuffisante, car il faut atteindre mach 24 afin de procéder à une satellisation. Le Canada, en novembre 1966, renonce à poursuivre son financement et le projet est globalement abandonné.

Gerald Bull, impliqué plus tard dans l’affaire du super-canon irakien, sera assassiné devant son domicile à Bruxelles en 1990, probablement par les services secrets israéliens.