L’émission Hondelatte Raconte : Côte B se penche sur l’affaire Ludovic Liebaert, un infirmier libéral de 46 ans qui a commis l’irréparable en octobre 2019 à Strasbourg. En étouffant ses deux enfants âgés de 9 et 12 ans, cet homme a orchestré un drame familial d’une noirceur rare.
À travers les rapports psychiatriques, les témoignages des avocats et de l’avocate générale, ce récit décortique les rouages d’un crime prémédité visant avant tout à détruire psychologiquement son ex-compagne.
Ce qu’il faut retenir
L’essentiel de cette affaire criminelle repose sur trois axes majeurs :
Une préméditation méthodique et continue sur plus d’un an, jalonnée de plusieurs tentatives avortées avant le passage à l’acte fatal.
Une vengeance perverse tournée vers son ex-compagne, où les enfants sont instrumentalisés comme des objets pour lui infliger une souffrance perpétuelle.
Une bataille d’experts psychiatres sur la question du discernement, concluant finalement à une responsabilité pénale pleine et entière de l’accusé.
La découverte de la scène de crime
En octobre 2019, les gendarmes interviennent dans un studio à Strasbourg. Ils découvrent Ludovic Liebaert nu et inconscient sur le sol.
Sur le lit gisent les corps sans vie de son fils Léo et de sa fille Lou. Le décès remonte à au moins 48 heures.
L’enquête établit rapidement la mécanique des faits. Le père a étouffé ses enfants avec un oreiller avant de tenter de mettre fin à ses jours.
Le mobile apparaît très vite aux yeux des enquêteurs. Il souhaitait punir son ex-compagne d’avoir rompu leur relation.
L’échec de son idéal familial lui était devenu intolérable. Il mûrissait ce projet sombre depuis dix-huit mois.
Un projet morbide mûri de longue date
Le passage à l’acte ne découle pas d’un coup de folie soudain. L’accusé avait anticipé jusqu’à l’achat d’un appartement pour être enterré au même endroit que ses enfants.
Plusieurs tentatives ont précédé le drame. Trois mois auparavant, il avait ouvert une bouteille de gaz dans leur chambre pendant leur sommeil.
Les enfants avaient survécu en coupant eux-mêmes l’arrivée d’eau et de gaz au cours de la nuit.
Pendant plusieurs semaines, il s’est introduit nocturnement dans la chambre de sa fille avec un oreiller. L’hésitation l’avait alors retenu.
En septembre, une nouvelle tentative avait échoué après trois minutes de suffocation. Le déclencheur ultime survient en octobre, lorsqu’il obtient la garde exceptionnelle des enfants pour un week-end.
Convaincu que son ex-compagne rejoignait un rival amoureux, sa colère a précipité l’exécution de son plan.
Le déroulement des infanticides et le suicide raté
Le 11 octobre 2019, l’infirmier s’attaque d’abord à sa fille aînée. Il lui plaque l’oreiller sur le visage pendant cinq minutes malgré sa résistance.
Après avoir vérifié son pouls, il se lave le visage avant de rejoindre la chambre de son fils cadet.
Le garçon se débat plus violemment. Le père doit s’allonger de tout son poids sur lui pendant huit minutes pour l’étouffer.
Une fois les crimes commis, il tente d’exécuter son propre suicide. Ses connaissances médicales devaient lui servir à s’injecter du potassium en intraveineuse.
L’absence de dilution entraîne l’éclatement de sa veine et fait échouer la procédure. D’autres tentatives suivent : asphyxie au sac plastique, électrocution avec des fils dénudés et ponctions sanguines à la seringue.
Pour l’accusation, la maladresse de ces tentatives tranche avec la précision des meurtres, soulevant l’hypothèse d’une mise en scène.
La lettre de vengeance et la personnalité de l’accusé
Avant de commettre ses crimes, Ludovic Liebaert dépose un mot dans la boîte aux lettres de son ex-compagne. La lettre met en scène sa culpabilisation.
Il y affirme que ce drame constitue la conséquence directe de la décision de sa femme de refaire sa vie.
Les expertises décrivent une personnalité narcissique, égocentrique et dépourvue d’empathie. L’homme refuse d’endosser la responsabilité morale de ses actes.
Sa méticulosité allait jusqu’à établir une liste de tâches pour le jour J et faire signer une lettre de consentement à ses propres enfants.
Son parcours professionnel et personnel révèle une psychorigidité marquée. Échouant en médecine, il devient infirmier et montre un besoin constant de contrôle sur son entourage.
Au sein du couple, il exerçait une emprise forte et imposait une vision rigide de la vie familiale.
Le débat psychiatrique sur le discernement
Le cœur du dossier judiciaire repose sur la responsabilité pénale de l’accusé au moment des faits.
Un premier expert psychiatre conclut à une abolition du discernement. Il évoque une mélancolie blanche et un état dépressif délirant ayant altéré sa perception de la réalité.
Selon cette première analyse, l’homme aurait interprété les paroles de ses enfants comme une adhésion à son projet de suicide collectif.
Cependant, les contre-expertises ultérieures invalident cette conclusion. Les experts notent l’absence de troubles mentaux évolutifs et de tristesse de l’humeur lors des entretiens en détention.
L’accusé exprime même le souhait de reprendre son travail de soignant à l’avenir. Les spécialistes concluent à la pleine altération ou conservation du discernement, ouvrant la voie à un procès pénal.
Le procès et la condamnation
En janvier 2022, Ludovic Liebaert comparait devant la cour d’assises du Bas-Rhin. Dans le box, il conserve une attitude glaciale et détachée.
Sa seule préoccupation exprimée reste son regret de ne pas avoir réussi à se tuer.
L’ex-compagne se présente au procès en affichant une tenue extrêmement contrôlée, révélant une stratégie de défense psychologique face à l’horreur.
L’experte psychologue souligne que le meurtre des enfants visait à détruire la mère psychiquement pour le restant de ses jours.
L’avocate générale requiert la peine maximale face à la froideur de l’accusé et à l’absence de réelle remord.
Le 19 janvier 2022, Ludovic Liebaert est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. Il ne fait pas appel de cette décision.