Au printemps 1328, la cité de Reims s’illumine pour accueillir un événement fondateur de l’histoire de France. Dans le recueillement de la basilique, Philippe de Valois reçoit l’onction sainte qui le consacre souverain sous le nom de Philippe VI. Issu d’une branche cadette des Capétiens, ce prince de sang n’était pourtant pas destiné à porter la couronne.

Son avènement marque l’apparition d’une nouvelle dynastie qui règnera plus de trois siècles sur le royaume, mais il porte également en lui les germes d’une crise de succession sans précédent.

Ce qu’il faut retenir

Une accession inattendue au trône de France. Philippe de Valois devient roi à la suite du décès des trois fils de Philippe IV le Bel sans descendant mâle. Il écarte le prétendant anglais Édouard III et instaure la dynastie des Valois.

La mise à l’écart des femmes et la naissance de la règle de succession. Pour éviter de voir la couronne française tomber entre les mains du souverain anglais, les grands du royaume décrètent qu’une femme ne peut ni régner ni transmettre le droit de succession. Ce principe jurisprudentiel sera plus tard rattaché à la célèbre loi salique.

L’étincelle de la guerre de Cent Ans. Bien qu’Édouard III finisse par prêter hommage au nouveau monarque à Amiens, les rivalités géopolitiques et les contestations dynastiques finissent par faire éclater un conflit dévastateur qui marquera la fin du règne de Philippe VI.

Une accession inattendue et l’émergence des Valois

Rien ne prédestinait le jeune Philippe à occuper le sommet de l’État. Fils aîné de Charles de Valois, il grandit dans l’ombre d’un père ambitieux mais s’épanouit auprès des fils du roi Philippe le Bel, ses cousins. Adoubé par son oncle, marié à Jeanne de Bourgogne, il mène d’abord la vie d’un grand noble respecté et discret.

L’extinction soudaine de la lignée capétienne directe bouleverse le destin du royaume. En l’espace de douze ans, les trois fils de Philippe le Bel se succèdent et meurent sans laisser d’héritier mâle survivant. À la mort de Charles IV en 1328, la question de la régence et de la succession se pose avec une acuité brûlante.

Deux prétendants principaux s’affrontent alors. D’un côté figure Édouard III, roi d’Angleterre et neveu direct du dernier monarque par sa mère Isabelle de France. De l’autre se dresse Philippe de Valois, cousin germain des derniers rois et plus proche héritier par la ligne masculine.

La jurisprudence successorale et le rejet des prétentions anglaises

Les barons et les prélats du royaume se réunissent pour trancher cette crise sans précédent. La coutume ne prévoyant aucun texte explicite, le choix devient essentiellement politique et diplomatique. Choisir le souverain d’Angleterre signifierait réunir les deux couronnes sous une même autorité extérieure, une perspective inacceptable pour les grands de France.

L’assemblée décide donc d’écarter la transmission des droits par les femmes. La mère d’Édouard III ne pouvant régner, les conseillers appliquent le principe de droit romain selon lequel on ne peut transmettre un droit que l’on n’exerce pas soi-même. Philippe est d’abord nommé régent, puis prend pleinement possession du royaume à la naissance d’une fille posthumé du défunt roi.

Des débuts énergiques entre victoires militaires et souveraineté

Dès le début de son règne, Philippe VI fait preuve d’une grande fermeté pour imposer son autorité. Confronté à la révolte des Flamands contre le comté de Flandre, il lève une armée imposante pour honorer ses alliances. En août 1328, lors de la bataille de Cassel, il montre un courage personnel vif en se jetant au cœur de la mêlée pour galvaniser ses troupes. Cette victoire éclatante assoit son prestige militaire.

Le roi s’attache également à réclamer l’hommage de ses vassaux, y compris le plus redoutable d’entre eux. En tant que duc de Guyenne, le roi d’Angleterre Édouard III doit faire acte de soumission envers le monarque français. Après de multiples tergiversations, Édouard III se rend finalement en la cathédrale d’Amiens en juin 1329 pour s’agenouiller devant son rival.

Cet hommage public semble sceller la légitimité du premier Valois. Toutefois, la soumission reste incomplète sur le plan juridique : Édouard III refuse d’accomplir l’hommage lige, conservant ainsi intactes ses ambitions diplomatiques et territoriales.

L’engrenage fatal vers la guerre de Cent Ans

Conscient de la fragilité de sa position, Philippe VI tente d’affermir son emprise territoriale en effectuant un long voyage à travers les provinces françaises entre 1335 et 1336. Il renforce également sa présence en Normandie en la confiant à son fils aîné Jean. Soucieux d’imiter la figure morale de son ancêtre Saint-Louis, il entreprend des réformes de moralisation et projette même une croisade.

Pourtant, les frictions avec l’Angleterre s’intensifient de mois en mois. Édouard III soutient des opposants au roi de France et impose des restrictions économiques stratégiques, notamment sur le commerce de la laine en Flandre. En réplique, Philippe VI prononce la confiscation du duché de Guyenne en mai 1337. La réponse du souverain anglais est cinglante : il renie son serment, se proclame roi de France officiel et déclenche un conflit d’une ampleur inédite.

Les affrontements initiaux tournent rapidement au désastre pour la monarchie française. En 1340, la flotte royale subit un effroyable décalage lors de la bataille navale de l’Écluse, où des milliers d’hommes périssent. Quelques années plus tard, en août 1346, la chevalerie française s’effondre face à la puissance des archers anglais lors de la défaite de Crécy.

La prise de Calais après un siège éprouvant en 1347 et l’arrivée foudroyante de la Peste noire plongent le royaume dans une détresse profonde. Affaibli par les revers militaires et miné par les crises financières, le premier des Valois confie une grande partie du gouvernement à son fils avant de s’éteindre en août 1350, laissant derrière lui une France déchirée mais désormais engagée dans la longue construction de son État moderne.