Isabelle Nanty occupe une place à part dans le cœur des Français. Bien qu’elle domine discrètement le box-office depuis trois décennies, elle a longtemps été cantonnée à des seconds rôles devenus cultes, de la syndicaliste Itinéris dans Astérix à la matriarche des Tuche. Ce portrait explore le parcours d’une femme qui, malgré ses doutes persistants et ses difficultés d’apprentissage précoces, a su transformer sa sensibilité en une force créatrice majeure, tant devant que derrière la caméra.
Résumé des points abordés
- Ce qu’il faut retenir
- Des racines meusiennes à l’éveil artistique
- L’épreuve des concours et l’alternative du Cours Florent
- De l’élève rebelle à la professeure mentor
- L’explosion au cinéma et la fidélité comme boussole
- Le passage à la réalisation et l’acceptation du doute
- Une reconnaissance institutionnelle et une éternelle simplicité
Ce qu’il faut retenir
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Un parcours atypique marqué par la résilience : souffrant de dyslexie, dyscalculie et dyspraxie, Isabelle Nanty s’est sentie inadaptée au système scolaire classique. C’est sur les planches qu’elle a trouvé un sentiment de vie intense, surmontant de nombreux échecs aux concours des grandes écoles avant de s’épanouir au Cours Florent.
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La culture de la transmission et de l’amitié : sa carrière est indissociable de sa « bande ». Ancienne professeure au Cours Florent, elle a formé et mis en scène les plus grands noms de l’humour (Les Robins des Bois, Dany Boon, Gad Elmaleh) et privilégie toujours le travail avec ses proches pour préserver sa liberté.
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Une artiste complète entre rire et mélancolie : si elle est l’icône de la comédie populaire, elle refuse les frontières de genre. Metteuse en scène à la Comédie Française et réalisatrice, elle insuffle à ses personnages une humanité profonde et une fragilité qui la rendent profondément accessible au public.
Des racines meusiennes à l’éveil artistique
Née en 1962 dans la Meuse, Isabelle Nanty grandit dans un univers rural, loin des projecteurs parisiens. Fille d’un marchand de bois et d’une mère norvégienne, elle imagine d’abord sa vie à la ferme, entourée d’animaux.
Son enfance est cependant marquée par des troubles de l’apprentissage qui compliquent son rapport à l’école. La dyslexie et la dyspraxie font d’elle une enfant « émotive » qui peine à trouver sa place dans un cadre rigide.
Le déclic survient à 16 ans lorsqu’elle monte sur scène pour jouer Ionesco au sein d’une troupe amateur. Cette expérience est une révélation : elle se sent enfin « vraiment vivante ». Dès lors, son objectif est clair, elle doit faire du théâtre son métier, même si le chemin vers la reconnaissance sera semé d’embûches.
L’épreuve des concours et l’alternative du Cours Florent
Le passage vers le professionnalisme est difficile. Isabelle tente d’intégrer les institutions les plus prestigieuses comme la Rue Blanche ou le Conservatoire, mais essuie refus sur refus, parfois à plusieurs reprises.
Même une tentative à la Royal Academy de Londres se solde par un échec à l’oral, faute de maîtriser l’anglais à l’époque. Ces revers auraient pu la décourager, mais sa persévérance la mène finalement au Cours Florent, une école plus ouverte et moins élitiste.
Dans cet environnement libre, elle côtoie de futurs grands noms comme Agnès Jaoui ou Vincent Lindon. Pourtant, son tempérament atypique lui joue encore des tours : elle est renvoyée par le fondateur François Florent lui-même, qui la juge « trop emmerdante ».
De l’élève rebelle à la professeure mentor
Le destin est parfois ironique. Trois ans après son renvoi, François Florent rappelle Isabelle pour lui proposer de devenir professeure. À seulement 24 ans, elle accepte le défi sans aucune méthode préétablie, misant tout sur la liberté de ses élèves.
C’est dans ses classes que se forge une partie de l’humour français des années 90 et 2000. Elle accompagne l’éclosion de la troupe des Robins des Bois, les poussant à s’affranchir des codes classiques pour rendre le répertoire amusant et iconoclaste.
Cette période de transmission est cruciale. Isabelle Nanty ne se contente pas de jouer ; elle devient une metteuse en scène de l’ombre, dirigeant les premiers spectacles de comiques qui deviendront des stars, de Gad Elmaleh à Julie Ferrier.
L’explosion au cinéma et la fidélité comme boussole
Si le grand public la découvre vraiment grâce à Étienne Chatiliez dans Tatie Danielle, c’est sa capacité à naviguer entre les univers qui impressionne. Elle passe de l’exigence de Tchekhov au théâtre à la folie des comédies populaires au cinéma.
Sa filmographie est le reflet de sa loyauté. Elle tourne avec ses anciens élèves ou ses amis de longue date comme Édouard Baer. Pour elle, le cinéma est avant tout une aventure humaine où le plaisir d’être ensemble prime sur l’ambition personnelle.
Des rôles comme celui de Georgette dans Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain ou d’Itinéris confirment son statut d’actrice populaire. Elle incarne des personnages souvent décalés, un peu abîmés, mais toujours porteurs d’une immense empathie.
Le passage à la réalisation et l’acceptation du doute
En 2003, elle franchit le pas de la réalisation avec Le Bison et sa voisine Dorine. Pour obtenir ce projet, elle fait preuve d’un certain culot face à Claude Berri, prétendant avoir un scénario déjà prêt qu’elle écrit finalement en un mois.
Ce film, qu’elle décrit comme une histoire pour enfants destinée aux adultes, met en scène sa famille de cœur, dont Édouard Baer et Pierre-François Martin Laval. C’est une œuvre qui lui ressemble : tendre, drôle et un brin mélancolique.
Malgré ce succès et une carrière exemplaire, Isabelle Nanty reste habitée par un sentiment d’illégitimité. Elle évoque souvent ses projets qui n’aboutissent pas et ses doutes sur son talent, ce qui ne fait que renforcer son humanité aux yeux du public.
Une reconnaissance institutionnelle et une éternelle simplicité
L’un des points culminants de sa carrière survient en 2017 lorsqu’elle est invitée à mettre en scène Feydeau à la Comédie Française. C’est une consécration pour celle qui avait été refusée par les grandes écoles nationales au début de son parcours.
Pourtant, cette reconnaissance ne l’a pas changée. Elle continue de cultiver une forme de discrétion, préférant l’ombre de la mise en scène ou la chaleur des plateaux de tournage entre amis aux mondanités du métier.
Isabelle Nanty reste cette « icône discrète » qui a compris que « tout le monde est en galère », une philosophie qui lui permet de traiter chaque personnage et chaque collaborateur avec une générosité et une simplicité rares dans le milieu du cinéma.