Cet entretien passionnant entre Anne Ghekierre et Odile Chabrillac explore comment le recours au sacré et à l’invisible peut devenir une boussole dans un monde en perte de repères. À travers son ouvrage L’Invisible à la rescousse, Odile Chabrillac partage ses expériences personnelles, de la marche sur le chemin de Compostelle aux pratiques corporelles intenses, pour nous inviter à une véritable révolution du cœur.
Résumé des points abordés
Ce qu’il faut retenir
-
L’invisible comme outil de résilience : l’invisible n’est pas une fuite du réel, mais un espace (incluant l’inconscient et le sacré) qui permet de redonner du sens au chaos extérieur et de retrouver une boussole intérieure.
-
La sagesse des Bégines : ces femmes mystiques et indépendantes du Moyen-Âge offrent un modèle de vie collective autonome, conciliant engagement dans le monde et quête spirituelle profonde, loin des dogmes contraignants.
-
La primauté du cœur sur le mental : la véritable transformation passe par le corps et le cœur. S’incliner (littéralement ou symboliquement) permet de remettre l’intelligence cérébrale au service de l’amour universel.
L’invisible face au chaos du monde moderne
Odile Chabrillac commence par un constat de vulnérabilité face aux défis actuels. Elle explique avoir écrit ce livre pour répondre à une question personnelle : comment traverser les crises sans s’épuiser dans une lutte frontale ? Pour elle, l’invisible englobe tout ce qui échappe à notre contrôle conscient, de l’inconscient psychologique à la foi spirituelle.
Elle raconte notamment un « petit miracle » survenu sur le chemin de Compostelle : alors qu’elle avait oublié de prendre de l’eau en plein désert espagnol, une voiture publicitaire est apparue à l’aube pour distribuer des bouteilles d’eau gratuites. Cet événement illustre sa « foi du charbonnier » : une confiance enfantine mais lucide qui consiste à faire le pas suivant en croyant que la vie proposera une solution.
Cette foi n’est pas une passivité, mais un choix volontaire et parfois intellectuel. Dans les moments de trouble, elle utilise des chants (comme le Nada te turbe de Taizé) pour recentrer son énergie et sortir du tourbillon émotionnel.
Les Bégines : un modèle de liberté et de sororité
L’un des points forts de l’ouvrage est la réhabilitation des Bégines. Ces femmes vivaient en communautés autonomes (les béguinages) sans être des religieuses cloîtrées. Elles travaillaient, possédaient leur propre argent, pouvaient se marier et étaient libres de leurs mouvements.
Odile Chabrillac souligne leur audace intellectuelle : elles étudiaient les textes sacrés et écrivaient en langue vernaculaire (français) plutôt qu’en latin, afin que leur parole soit accessible à tous. Cette indépendance leur a valu les foudres de l’Inquisition. Marguerite Porete fut ainsi la première femme brûlée vive en France pour avoir refusé de renier son livre.
Aujourd’hui, ces figures inspirent de nouveaux modes de vie collective, notamment pour les seniors, où l’entraide et la mise en commun des ressources permettent de mieux traverser les épreuves de la vie tout en préservant une quête de sens commune.
Les voies du corps pour accéder à l’invisible
En tant que naturopathe et psychothérapeute, Odile Chabrillac insiste sur le fait que l’invisible doit s’incarner. Le corps est un vecteur de vérité qui nous dupe moins que notre mental. Elle explore plusieurs pratiques :
-
La respiration holotropique : une technique d’hyperventilation qui permet d’accéder à des états élargis de conscience. C’est un outil de « dégazage » émotionnel puissant qui permet de libérer des traumas inscrits dans les cellules sans forcer le récit.
-
Le Kundalini Yoga : une pratique physique intense qui utilise le souffle et les mantras pour provoquer une transformation vibratoire et une présence accrue au vivant.
-
La cohérence cardiaque : moins spectaculaire mais essentielle, cette pratique apporte la douceur et l’alignement tête-cœur-corps nécessaire au quotidien pour sortir de la « conquête » permanente de soi.
-
La transe cognitive : Odile relate une expérience saisissante où, par le simple son d’un tambour, elle a ressenti une joie cellulaire profonde, une « danse de la vie » dépassant toute compréhension intellectuelle.
La révolution du cœur et le dépouillement
Le cœur est le centre névralgique de cette quête. Odile cite souvent Guy Corno ou Marianne Williamson pour rappeler que « si l’amour était à ma place, que ferait-il ? ». Pour elle, revenir au cœur signifie arrêter de vouloir tout décortiquer psychologiquement pour simplement célébrer le privilège de vivre.
Ce chemin passe souvent par un dépouillement des illusions du monde moderne. Elle évoque le jeûne ou le retrait comme des moyens de retirer les « béquilles » (consommation, nourriture, anesthésiants divers) pour voir ce qu’il reste de nous-mêmes une fois mis à nu.