Cette vidéo expose les résultats de recherches menées au Québec sur la gestion d’un ravageur redoutable du canola : la cécidomyie du chou-fleur. Face aux limites des méthodes de lutte chimique actuelles, les chercheurs explorent le potentiel d’un allié naturel microscopique, une petite guêpe parasitoïde nommée Synopeas myles.

L’exposé détaille le cycle de vie du ravageur, les dommages qu’il inflige aux cultures et, surtout, les espoirs fondés sur la lutte biologique pour stabiliser les rendements de canola dans la province.

Ce qu’il faut retenir

  • Un ravageur discret mais dévastateur : la cécidomyie du chou-fleur est un moucheron dont les larves se développent à l’intérieur des bourgeons du canola, provoquant des déformations et des pertes de gousses massives difficiles à traiter par insecticide.

  • Une solution biologique prometteuse : le parasitoïde Synopeas myles pond ses œufs directement dans les larves du ravageur, offrant un taux de contrôle naturel au Québec nettement supérieur à celui observé en Europe, bien qu’une baisse récente soit notée.

  • La recherche en cours : les études menées entre 2018 et 2021 montrent que le parasitoïde est largement distribué sur le territoire québécois, particulièrement dans les régions à forte concentration de canola comme l’Abitibi et le Saguenay–Lac-Saint-Jean.

La cécidomyie du chou-fleur, un ennemi de taille pour le canola

La cécidomyie du chou-fleur est un petit moucheron de seulement 1,5 à 2 millimètres. Malgré sa taille minuscule, son impact économique est considérable car ses larves, ressemblant à de petits asticots jaunes, s’attaquent directement aux points de croissance de la plante.

Le cycle de vie de cet insecte est complexe, avec deux à quatre générations par an qui se chevauchent souvent. L’insecte hiverne dans le sol sous forme de pupe et émerge au printemps lorsque les températures augmentent, ciblant les bourgeons floraux dès le stade de l’élongation de la tige.

Les symptômes d’infestation sont variés : on observe des tiges qui se tordent, un arrêt de l’élongation de la tige principale ou encore un avortement des points de croissance. Un symptôme typique est la formation de « bouquets » de gousses (siliques) groupées, signe que la croissance normale a été perturbée.

Les défis de la lutte conventionnelle

La gestion de ce ravageur est particulièrement ardue pour les producteurs de canola. Comme les larves vivent à l’abri, dissimulées au cœur des bourgeons floraux, les traitements insecticides de contact peinent à les atteindre pour garantir une efficacité maximale.

De plus, le chevauchement des générations et la période d’émergence variable des adultes rendent le positionnement des traitements très difficile. À l’heure actuelle, les méthodes de lutte chimique offrent une protection jugée insuffisante pour sécuriser pleinement les cultures.

C’est dans ce contexte que la recherche s’est tournée vers la lutte biologique. En 2016, la présence d’un ennemi naturel, Synopeas myles, a été mentionnée pour la première fois, ouvrant la voie à une nouvelle stratégie de gestion intégrée.

Synopeas myles, la guêpe à la rescousse

Synopeas myles est une petite guêpe de la famille des Platygastéridés. Il s’agit d’un endoparasitoïde, ce qui signifie que la femelle utilise son ovipositeur pour injecter ses œufs directement à l’intérieur de la larve de la cécidomyie.

Le comportement de cette guêpe est fascinant : elle utilise ses antennes pour détecter les vibrations ou les signaux chimiques des larves cachées dans les bourgeons. Une fois sa proie repérée, elle la pique avec précision pour y déposer sa progéniture qui se développera aux dépens de l’hôte.

La longévité de ce parasitoïde varie de 2 à 12 jours et peut être prolongée par la présence de sources de sucre, comme les fleurs environnantes. Ce détail souligne l’importance de la biodiversité autour des champs de canola pour favoriser la survie de ces alliés naturels.

Résultats de la recherche au Québec (2018-2021)

Le CÉROM a mené une vaste enquête sur plusieurs années pour cartographier la présence de ce parasitoïde au Québec. Les résultats montrent que Synopeas myles est présent dans presque toutes les régions de la province, de l’Abitibi à la Gaspésie.

En 2018, les chercheurs ont observé des taux de parasitisme moyens très encourageants, atteignant près de 25 %. Ces chiffres sont bien supérieurs aux 3 % rapportés en Europe, ce qui laisse présager un potentiel de contrôle naturel beaucoup plus fort sous nos latitudes.

Toutefois, les données récoltées entre 2019 et 2021 montrent une tendance à la baisse du parasitisme, tombant aux alentours de 12 à 15 %. Les chercheurs tentent encore d’expliquer ce phénomène, qui pourrait être lié à des facteurs climatiques ou à la disponibilité des surfaces cultivées.

Comparaison avec l’Ontario et perspectives

L’étude ne se limite pas au Québec. Des collaborations avec l’Université de Guelph permettent de comparer les données avec l’Ontario. Curieusement, alors que le parasitisme diminuait au Québec en 2021, il augmentait en Ontario, suggérant des dynamiques régionales distinctes.

L’abondance du parasitoïde semble étroitement liée à la superficie de canola cultivée. Plus il y a de canola, plus le parasitoïde trouve d’hôtes pour se multiplier, ce qui renforce les populations locales d’ennemis naturels au fil des saisons.

La recherche continue afin de déterminer si ces populations naturelles sont suffisantes pour maintenir le ravageur sous le seuil d’intervention économique, ou si des lâchers massifs de parasitoïdes pourraient être envisagés à l’avenir pour renforcer ce contrôle biologique.

Importance de l’identification et outils pour les producteurs

La présentation se conclut sur l’importance pour les agriculteurs de savoir identifier non seulement les ravageurs, mais aussi leurs ennemis naturels. Une mauvaise identification pourrait conduire à des traitements inutiles qui nuiraient aux populations de guêpes bénéfiques.

Le CÉROM a publié un guide complet sur les ravageurs et les ennemis naturels du canola. Ce guide gratuit propose des fiches d’identification détaillées, des informations sur les cycles de vie et des conseils de dépistage pour aider les intervenants du milieu agricole.

En favorisant la survie de Synopeas myles et en adaptant les pratiques culturales, les producteurs de canola peuvent espérer une gestion plus durable et efficace de la cécidomyie du chou-fleur, réduisant ainsi leur dépendance aux produits phytosanitaires.