Les infections fongiques empoisonnent le quotidien de millions de personnes, provoquant désagréments physiques, démangeaisons et parfois une profonde détresse face aux récidives incessantes.

Dans cet entretien mené par Anne Ghesquière pour le podcast Métamorphose, le docteur Paul Dupont, dermatologue et ancien chef de clinique spécialisé dans les maladies infectieuses et inflammatoires de la peau, apporte un éclairage clinique et holistique sur ce fléau. À travers une analyse rigoureuse des mécanismes biologiques et du microbiote, le praticien démystifie les causes sous-jacentes de la prolifération des champignons et propose un ensemble de solutions naturelles efficaces pour restaurer l’équilibre de l’organisme.

Ce qu’il faut retenir

Les mycoses à répétition ne sont pas une fatalité, mais le symptôme d’un déséquilibre interne profond. Une prise en charge globale permet de briser le cercle vicieux des récidives.

La carence en fer et l’altération du microbiote constituent le terrain le plus propice au développement des levures comme le Candida albicans et des dermatophytes.

L’assainissement de l’alimentation, combiné à l’usage de principes actifs naturels spécifiques, permet de traiter efficacement l’infection à la racine.

Comprendre la nature des mycoses et leurs origines

Le docteur Paul Dupont rappelle qu’une mycose correspond à la prolifération anormale de champignons microscopiques. On distingue principalement deux grandes familles de pathologies fongiques aux manifestations et aux localisations très différentes.

D’un côté, les mycoses internes sont causées par des levures, dont la plus célèbre est le Candida albicans. Ce germe affectionne particulièrement les muqueuses digestives et vaginales. De l’autre côté, les mycoses cutanées sont engendrées par des dermatophytes. Ces champignons dits « dermatophages » se nourrissent de la kératine présente dans la peau, les poils et les ongles.

Ces micro-organismes provoquent des affections variées allant du pied d’athlète aux ongles déformés, en passant par les pellicules sévères du cuir chevelu ou la dermite séborrhéique sur le visage. Bien que ces infections ne mettent pas en danger le pronostic vital, leur impact sur la qualité de vie s’avère particulièrement lourd et usant au quotidien.

Les causes profondes des récidives et du terrain favorisant

Lorsqu’une personne enchaîne les récidives, la cause ne réside pas uniquement dans la présence du champignon, mais dans la fragilité du terrain qui l’accueille. Chez la femme, le docteur Paul Dupont souligne un facteur trop souvent négligé: la carence en fer. Ce minéral essentiel n’alimente pas seulement les globules rouges. Il est indispensable au bon fonctionnement des cellules immunitaires chargées de contrôler les populations fongiques.

De plus, chez la femme ménopausée, la chute des œstrogènes entraîne la régression de la flore de Döderlein. Cette perte de lactobacilles protecteurs laisse le champ libre à la colonisation par des germes pathogènes intestinaux ou vaginaux.

L’affaiblissement global de l’immunité joue également un rôle déterminant. Des déficits chroniques en zinc ou en vitamine D empêchent le système défensif de contenir les germes.

Une mauvaise hygiène bucco-dentaire peut de surcroît entretenir une dysbiose permanente, la flore buccale étant directement reliée à l’ensemble du système digestif. Enfin, la prise d’antibiotiques détruit les bonnes bactéries du microbiote sans affecter les champignons, provoquant ainsi une flambée fongique immédiate.

L’impact de l’alimentation et de l’hygiène de vie

Nourrir son corps revient parfois à nourrir le champignon. Le dermatologue insiste particulièrement sur la consommation excessive de produits laitiers gras, et plus spécifiquement de fromages. Par leur apport en graisses acides, ces aliments créent un environnement particulièrement favorable au développement des mycoses cutanées et intestinales.

Le sucre pur, et notamment le saccharose, représente un autre carburant majeur pour les levures. Le praticien met aussi en garde contre le fructose industriel présent dans certains sirops sucrants, tout en précisant que le fructose naturel consommé via les fruits entiers ne pose aucun problème.

Sur le plan des nutriments essentiels, les personnes sujettes aux infections fongiques présentent très souvent des déficits en vitamines du groupe B et en sélénium. Une supplémentation ciblée permet de soutenir la digestion et de renforcer les barrières naturelles.

Contrairement aux idées reçues, la prise de levures bénéfiques comme la levure de bière ou le Saccharomyces boulardii n’alimente pas l’infection. Au contraire, ces souches saines entrent en compétition directe avec les levures pathogènes pour les déloger de la muqueuse intestinale.

Les solutions naturelles contre les mycoses internes et vaginales

Pour assainir le tube digestif et éliminer le Candida albicans, plusieurs remèdes naturels ont fait leurs preuves. La propolis, résine protectrice récoltée par les abeilles, s’impose comme un antifongique naturel d’une grande efficacité.

L’huile essentielle d’arbre à thé, ou tea tree, apporte également une action assainissante majeure à raison de quelques gouttes contrôlées. Pour neutraliser l’acidité intestinale qui favorise le champignon, la réalisation de cures courtes de bicarbonate de soude ou l’ingestion de plasma marin s’avèrent très utiles.

Concernant la sphère vaginale, la reconstitution de la flore locale passe par l’apport d’une souche spécifique de probiotique: le Lactobacillus crispatus. Consommé par voie orale ou appliqué localement dans un support huileux adapté, il réensemence la muqueuse.

Des ovules naturels sur mesure composés de propolis, d’argile et d’huile essentielle de mélaleuque peuvent être préparés en pharmacie. Pour l’hygiène intime quotidienne, il convient d’éviter les savons décapants ou agressifs et de privilégier des formules douces au pH alcalin afin de préserver l’écosystème cutané.

Traiter les mycoses cutanées, des pieds et des ongles

La prise en charge des mycoses de la peau et des ongles exige de la rigueur et de la patience. Le docteur Paul Dupont partage l’utilisation d’une plante africaine remarquable: le dartrier. Appliquée sous forme de teinture ou de gel, cette plante permet de juguler rapidement les infections interdigitales situées entre les orteils.

Pour les ongles atteints, la guérison est plus lente car elle dépend du rythme de repousse du tissu unguéal. Il est indispensable d’appliquer une lotion combinant des huiles essentielles de palmarosa et de tea tree directement sous l’ongle, là où se loge le champignon.

Pour éviter la macération, l’utilisation d’un talc à l’oxyde de zinc est recommandée. Un séchage minutieux des pieds après la douche, éventuellement au séchoir à cheveux, reste primordial.

En matière de prévention, le lavage des bacs de douche à l’eau de Javel nécessite un temps de contact d’au moins vingt minutes pour être réellement désinfectant. Il est également recommandé de changer de chaussures chaque jour pour laisser l’humidité s’évaporer et de porter des chaussettes lors de tout essayage en magasin.

Mycoses buccales, dermatite séborrhéique et cas particuliers

Les mycoses peuvent également toucher la cavité buccale ou le visage. Une langue noire ou pâteuse fait souvent suite à un traitement antibiotique. Elle se traite efficacement au moyen de bains de bouche au bicarbonate de soude associés à un brossage doux de la langue, ou par des pulvérisations d’un spray à la propolis.

Le dermatologue précise toutefois qu’une mycose buccale persistante sans cause évidente doit inciter à consulter un médecin pour vérifier l’absence d’une pathologie sous-jacente altérant l’immunité.

Concernant le visage et le cuir chevelu, les pellicules et la dermite séborrhéique sont causées par la prolifération du champignon Malassezia furfur. Ce dernier profite d’un excès de sébum riche en acides gras saturés et d’une carence en vitamines B souvent induite par le stress. Le traitement repose sur l’application locale de lithium combinée à une cure de vitamines B naturelles issues de germe de sarrasin.

Enfin, chez les patients diabétiques, la vigilance doit être maximale au niveau des pieds. Une hygiène irréprochable avec des bains d’eau salée, des coupes d’ongles droites et un suivi podologique régulier permettent de prévenir des complications graves.