Le 15 avril 2010, une foule hétéroclite composée de pèlerins et de touristes se presse devant le sanctuaire de Roza Bal, à Srinagar au Cachemire indien. Pour la première fois, les autorités locales ont décidé de fermer l’accès à ce modeste bâtiment.
La raison de cet engouement massif réside dans une hypothèse aussi fascinante que controversée : le site abriterait la dépouille de Yuz Asaf, un prophète venu d’Occident dont la vie présente de troublantes similitudes avec celle de Jésus de Nazareth.
Ce qu’il faut retenir
L’hypothèse du tombeau de Srinagar repose sur l’idée que Jésus aurait survécu au supplice de la croix. Soigné par ses proches, il aurait quitté la Palestine pour s’établir en Inde.
Cette théorie s’appuie également sur l’existence de douze années manquantes dans les Évangiles. Jésus aurait réalisé un premier voyage en Orient durant sa jeunesse pour s’initier aux spiritualités asiatiques.
Malgré des indices troublants comme des empreintes gravées évoquant les plaies d’un crucifié, toute analyse scientifique reste bloquée. Les autorités religieuses et politiques locales refusent fermement l’ouverture de la sépulture.
L’idée
La tradition chrétienne situe la sépulture officielle du Christ dans l’église du Saint-Sépulcre à Jérusalem. Toutefois, la théologie enseigne que ce tombeau ne contient aucun corps en raison de la résurrection.
Pour la communauté musulmane Ahmadiyya, la fin de la vie terrestre du Nazaréen s’explique de manière purement physique. Le supplicié n’est pas mort sur le calvaire mais s’est évanoui.
Décroché de la croix après seulement quelques heures, il aurait été soigné par Joseph d’Arimathie. Une fois remis sur pied, il aurait entamé une longue exfiltration vers l’Est pour échapper aux persécutions romaines.
Mais revenons 2000 ans plus tard
Au cœur de la vieille ville de Srinagar, le sanctuaire de Roza Bal conserve un aspect très sobre. L’édifice rectangulaire en briques ne paie pas de mine face aux monuments religieux occidentaux.
Une galerie vitrée permet de distinguer un double mausolée recouvrant la chambre funéraire située au sous-sol. L’une des tombes accueille un saint soufi du quinzième siècle, tandis que l’autre abrite la dépouille plus ancienne de Yuz Asaf.
Des relevés effectués par des chercheurs locaux ont mis au jour une pierre sculptée ornée d’empreintes de pieds. Les marques au niveau des talons rappellent les stigmates provoqués par les clous de la crucifixion.
Cette histoire de tombeau du Christ située au Cachemir indien est en réalité moins invraisemblable qu’elle n’y paraît
Les échanges commerciaux et culturels entre la Méditerranée et l’Asie étaient fréquents dès l’Antiquité. La célèbre route de la soie permettait aux voyageurs et aux marchands de parcourir ces vastes distances.
L’établissement précoce de communautés chrétiennes en Inde renforce cette plausibilité géographique. L’apôtre Thomas a d’ailleurs entrepris l’évangélisation du sud du sous-continent dès le premier siècle de notre ère.
Certains textes historiques indiens mentionnent la présence d’un saint homme venu d’Occident. Ces récits décrivent un enseignant pacifiste prêchant des valeurs similaires à celles du Nouveau Testament.
Contrairement aux quatre évangiles dit canonique
En 1887, le journaliste russe Nicolas Notovitch affirme avoir découvert un manuscrit ancien dans le monastère tibétain de Hemis. Ce texte décrivait les pérégrinations asiatiques d’un jeune homme nommé Issa.
Selon cette source apocryphe, le jeune Israélite serait arrivé en Inde dès l’âge de quatorze ans. Il y aurait étudié les textes sacrés du bouddhisme et du brahmanisme auprès des sages locaux.
Ces éléments permettraient de combler le vide biographique entre son enfance et le début de sa vie publique en Judée. La ressemblance entre certaines paraboles évangéliques et les textes orientaux trouve ici une explication directe.
Les premiers chrétiens finissent par survivre aux persécution
Les doctrines de la résurrection et de l’ascension se sont imposées au fil des siècles dans le monde chrétien. Pourtant, d’autres traditions religieuses portent un regard différent sur la fin du prophète.
Le Coran mentionne par exemple que la mort par crucifixion n’était qu’un faux-semblant. Cette vision s’accorde avec l’idée d’un effacement progressif du personnage pour préserver sa vie.
Aujourd’hui encore, les partisans de cette théorie se heurtent à une impossibilité matérielle d’enquêter. L’accès au sous-sol demeure strictement scellé afin d’éviter toute profanation ou étincelle interreligieuse.