Le podcast retrace l’évolution complexe des relations diplomatiques et géopolitiques entre l’Iran et Israël. Elle explique comment ces deux nations, initialement alliées stratégiques dans les années 1950, se sont transformées au fil des décennies en ennemis jurés sur l’échiquier du Moyen-Orient.

Ce revirement historique s’explique par des bouleversements internes majeurs, notamment la révolution islamique de 1979, ainsi que par les dynamiques d’influences internationales liées à la guerre froide.

Ce qu’il faut retenir

L’alliance initiale entre l’Iran du Chah et Israël reposait sur une stratégie commune de contre-poids face aux pays arabes, matérialisée par des échanges massifs de pétrole iranien contre une expertise militaire israélienne.

Le coup d’État de 1953 orchestré par la CIA contre le premier ministre iranien Mossadegh a semé les graines d’un profond sentiment anti-occidental qui a durablement nourri l’idéologie révolutionnaire iranienne.

La révolution islamique de 1979 a provoqué un changement complet de paradigme, l’Iran choisissant d’embrasser la cause palestinienne pour étendre son influence sur l’ensemble du monde musulman et s’opposer à l’impérialisme.

Comment l’Iran, d’abord allié d’Israël, est-il devenu son pire ennemi ?

Avant la révolution islamique de 1979, Israël et l’Iran entretenaient une coopération particulièrement étroite.

L’Iran de l’époque représentait un partenaire stratégique de premier plan. C’est même le deuxième pays musulman à reconnaître officiellement l’existence de l’État d’Israël dès l’année 1950.

À cette période, le pouvoir iranien est incarné par le jeune Mohamed Reza Pahlavi. Les forces alliées l’ont placé sur le trône à l’âge de seulement vingt-deux ans.

De son côté, Israël fait face à une hostilité généralisée de la part de ses voisins arabes. Pour briser cet isolement, l’État hébreu cherche des alliances avec des pays non arabes de la région. Ses efforts se tournent principalement vers l’Iran, la Turquie et l’Éthiopie.

Cette doctrine permet aux deux pays de stabiliser leurs positions géopolitiques respectives.

Cependant, la situation politique interne de l’Iran est loin d’être unanime. Si le Chah se montre extrêmement proche des nations occidentales et d’Israël, son premier ministre diverge radicalement.

Mohammad Mossadegh est élu démocratiquement en 1951. Il porte un projet politique souverainiste et populaire. Il décide rapidement de nationaliser l’industrie du pétrole iranien.

Jusqu’alors, cette ressource vitale restait sous le contrôle exclusif des Britanniques via la Anglo-Iranian Oil Company. Cette situation s’apparente alors à un véritable impérialisme économique.

Les puissances occidentales perçoivent cette nationalisation comme une menace directe pour leurs intérêts matériels.

We are then in the middle of the Cold War. Washington fears above all a strategic rapprochement between Iran and the Soviet Union. To suffocate Mossadegh’s government, the United States imposed a severe oil embargo.

Le pays plonge rapidement dans une faillite économique dramatique. Les Américains décident d’aller encore plus loin pour destituer le dirigeant récalcitrant.

En 1953, la CIA organise un coup d’État clandestin. L’opération est baptisée Ajax. Elle est supervisée sur le terrain par Kermit Roosevelt, le petit-fils du président américain.

L’objectif de cette intervention est d’arrêter Mossadegh et de briser définitivement son mouvement de soutien populaire. Le premier ministre est condamné et assigné à résidence à vie.

Près de cinq mille de ses partisans sont jetés en prison ou passés par les armes. Cet événement tragique constitue l’acte fondateur de l’anti-américanisme en Iran.

Le Chah avait fui le pays pendant les troubles. Il revient triomphalement au pouvoir grâce à l’aide conjointe des services secrets américains et britanniques.

Son pouvoir dépend désormais entièrement de ses tuteurs étrangers. L’ambassadeur américain lui rend visite quotidiennement pour lui dicter la marche à suivre. La hantise occidentale reste la progression du communisme.

C’est précisément à cette époque que la coopération militaire et sécuritaire avec Israël prend une ampleur inédite. L’Iran crée la Savak, une police secrète redoutable chargée de traquer et de réprimer les opposants politiques.

Le Mossad israélien devient le partenaire privilégié de cette structure. En 1961, le premier ministre israélien David Ben Gourion se rend en personne à Téhéran.

Une alliance concrète est scellée: Israël fournit ses technologies et son expertise militaire, tandis que l’Iran livre le pétrole indispensable à l’économie israélienne. Pour transporter ce brut, les deux pays construisent le Trans-Israël pipeline.

Cet oléoduc contourne le canal de Suez et permet d’acheminer le pétrole iranien vers l’Europe via le territoire israélien.

Le Chah s’impose alors comme le gendarme du golfe Persique aux côtés de l’Arabie saoudite. Son armée suréquipée barre la route aux ambitions soviétiques.

Pendant ce temps, dans l’ombre, l’opposition religieuse s’organise sous la direction de l’Ayatollah Khomeini. Depuis son exil en France, à Neauphle-le-Château, il enregistre des messages sur des cassettes audio.

Ses appels au soulèvement circulent clandestinement en Iran. Il y dénonce avec véhémence la corruption du régime et sa soumission totale aux États-Unis et à Israël.

En 1979, le régime du Chah s’effondre. Un référendum populaire consacre la naissance de la République islamique. Khomeini devient le guide suprême d’un système politique et religieux inédit.

Dès les premiers jours du nouveau régime, la rupture avec l’allié d’hier est totale. Le gouvernement révolutionnaire ferme l’ambassade d’Israël à Téhéran. Le bâtiment est immédiatement remis aux représentants de la Palestine.

Le leader palestinien Yasser Arafat est le premier dirigeant international reçu officiellement par Téhéran.

Ce changement de position répond à une logique d’influence régionale. Pour un régime chiite et persan, il est difficile de s’imposer auprès des populations majoritairement sunnites et arabes.

En adoptant la cause de la libération de la Palestine, Khomeini acquiert une immense légitimité. Il reproche aux dirigeants arabes leur passivité historique et prône la révolte globale contre l’Occident.

Malgré cette hostilité officielle, une alliance de circonstance unit discrètement les deux pays durant la décennie 1980. Ils font face ensemble à la menace commune de l’Irak de Saddam Hussein.

Toutefois, cette trêve secrète ne dure pas. L’Iran développe une rhétorique hostile systématique. Les dirigeants iraniens refusent désormais de prononcer le nom d’Israël, qualifié uniquement d’entité sioniste.

Ce discours s’est accentué sous la présidence de Mahmoud Ahmadinejad et se poursuit sous l’égide de l’actuel guide suprême Ali Khamenei. Ce conflit de longue date est récemment sorti de l’ombre pour se matérialiser par des affrontements militaires directs.