À travers un périple allant des côtes submergées du Tabasco aux terres arides du Morelos, le film met en lumière une crise multidimensionnelle où l’écologie, l’économie et l’humain s’entrechoquent. Le Mexique apparaît comme un laboratoire à ciel ouvert des catastrophes à venir, illustrant comment des phénomènes naturels extrêmes poussent des populations entières vers l’exil forcé et la précarité.

Ce qu’il faut retenir

  • Une vulnérabilité géographique extrême : le pays subit de plein fouet trois fléaux simultanés : l’érosion côtière et les ouragans au sud, des inondations catastrophiques au centre, et une désertification sévère au nord et dans les zones rurales.

  • L’émergence des réfugiés climatiques : la perte des terres agricoles et la destruction des habitations par la mer ou les crues forcent des milliers de Mexicains et d’habitants d’Amérique centrale à migrer vers les États-Unis, souvent au péril de leur vie.

  • L’échec des infrastructures et de la gestion humaine : les solutions techniques (murs anti-crue, relogements) sont souvent jugées insuffisantes, mal exécutées ou trop coûteuses, laissant les populations les plus pauvres livrées à elles-mêmes face à un climat devenu imprévisible.

L’érosion côtière et l’engloutissement du Tabasco

Le voyage débute dans l’État du Tabasco, au sud du golfe du Mexique, où la montée des eaux n’est plus une menace théorique mais une réalité quotidienne. Dans des villages comme Sanchez Magallanes, la mer avance en moyenne de huit mètres par an. Les routes côtières s’effondrent littéralement dans l’océan, isolant des communautés entières et transformant des zones autrefois habitées en champs de ruines.

Les scientifiques expliquent que cette érosion est accélérée par la combinaison de vents puissants, de pluies torrentielles et de l’affaissement naturel des sols sédimentaires du delta. Les habitants, comme Paolina, tentent désespérément de protéger leurs maisons avec des barrages de coquilles d’huîtres, une défense dérisoire face à la puissance des flots. Les experts prévoient une élévation du niveau de la mer de 60 centimètres d’ici la fin du siècle, ce qui pourrait submerger la quasi-totalité des côtes de la région.

Le sentiment d’abandon est palpable parmi la population locale. Les autorités évoquent des relogements depuis des années, mais les actions concrètes se font attendre. Les solutions d’ingénierie lourde, inspirées du modèle hollandais, sont jugées trop onéreuses pour être viables, condamnant de fait ces villages à disparaître à court terme.

Villahermosa et le défi des inondations

À Villahermosa, la capitale régionale, l’ennemi n’est pas la mer mais les fleuves qui traversent la ville. En 2007, le cyclone Noël a dévasté 80 % du territoire, laissant un million et demi de sinistrés. La ville a reçu en une seule journée l’équivalent d’un mois de précipitations, rappelant que la région est construite sur un immense marécage naturel recevant 30 % des pluies du pays.

Pour protéger la ville, le gouvernement a lancé la construction de gigantesques murs de béton le long des fleuves. Cependant, ces travaux imposent la destruction de quartiers populaires historiques comme celui de Casablanca. Les habitants, souvent attachés à leurs terres depuis des générations, vivent ces expropriations comme une agression.

De plus, l’efficacité de ces murs est vivement contestée par certains experts. Ils soulignent que les causes des inondations sont aussi humaines : la déforestation massive dans l’État voisin du Chiapas a supprimé la couverture végétale qui retenait autrefois les sols, facilitant les coulées de boue et l’augmentation brutale du débit des fleuves lors des orages.

La déforestation et l’effondrement de l’agriculture au Chiapas

Le Chiapas, autrefois terre de forêts denses, a perdu les deux tiers de sa couverture originelle en quelques décennies au profit de l’agriculture. Cette modification radicale du paysage a des conséquences directes sur le cycle de l’eau. Sans arbres pour stabiliser le terrain, les ouragans comme Stan en 2005 provoquent des crues subites et meurtrières, transformant de petits ruisseaux en fleuves destructeurs.

La crise climatique frappe également la production de café, fierté nationale. L’augmentation des températures et les périodes de sécheresse inhabituelle durcissent les sols et empêchent le développement normal des plants. En dix ans, la production a chuté de 15 %, menaçant les revenus de milliers de familles qui dépendent exclusivement de cette culture.

Face à cette précarité croissante, de nombreux agriculteurs choisissent l’exil. Les villages se vident de leurs forces vives, ne laissant derrière eux que des vieillards et des enfants. Cette migration n’est plus seulement économique ; elle est intrinsèquement liée à l’impossibilité physique de continuer à cultiver une terre devenue hostile.

La désertification du Morelos et l’exode vers le Nord

Au sud de Mexico, dans l’État du Morelos, le problème est inverse : c’est la sécheresse qui ronge les terres. Dans des communes comme San Lorenzo, la couche organique du sol a disparu, laissant place à de la roche et du sable. Les cultures de maïs et l’élevage bovin, piliers de l’économie locale, sont devenus impossibles.

L’anthropologue Ursula Oswald décrit des communautés « fantômes » où les femmes se retrouvent seules à gérer le quotidien pendant que les hommes tentent de rejoindre les États-Unis. Ces familles sont déchirées par l’absence, recevant parfois des nouvelles et de l’argent, mais se heurtant souvent au silence et à l’incertitude.

Les témoignages des paysans restés sur place, comme Don Valentin, révèlent un profond sentiment de résignation. Le gouvernement semble incapable de fournir une aide structurelle pour lutter contre l’appauvrissement des sols, et la seule perspective d’avenir pour la jeunesse reste la traversée clandestine de la frontière.

Le mur de Tijuana : le terminus des espoirs

Le documentaire s’achève à Tijuana, ville frontière où convergent les migrants mexicains et d’Amérique centrale. Le « mur de la honte », constellé de croix blanches en mémoire des disparus, symbolise la fin du voyage pour beaucoup. On y rencontre des expulsés qui, malgré l’échec, sont prêts à retenter leur chance immédiatement, portés par le slogan : « Plutôt mort que pauvre ».

Les agents du groupe Beta, qui portent secours aux migrants dans le désert, témoignent de la détresse de ces hommes et femmes. Beaucoup fuient des terres qu’ils ne peuvent plus cultiver à cause des aléas climatiques. Le mur américain, avec ses technologies de surveillance sophistiquées, ne parvient pas à dissuader ceux qui n’ont plus rien à perdre chez eux.