Dans sa chronique sur Europe 1, le journaliste et humoriste David Castello-Lopes explore avec finesse et ironie l’évolution sociologique et historique du string. Cet accessoire vestimentaire minimaliste, passé du statut d’objet sulfureux à celui de sous-vêtement du quotidien, raconte en réalité une histoire passionnante de nos mœurs contemporaines.

Entre contournements de la loi, scandales politiques et révolutions de la mode, retour sur un morceau de tissu dérisoire qui a marqué plusieurs générations.

Ce qu’il faut retenir

Une naissance par contournement légal : le string moderne est apparu à New York en 1939. Il a été imaginé par des danseuses afin de respecter une obligation de nudité partielle imposée par la municipalité, tout en continuant à satisfaire le public.

L’effet Monica Lewinsky : longtemps cantonné au milieu de la pornographie ou du spectacle, le string est devenu un phénomène mondial à la fin des années 1990. L’explosion de ses ventes a été directement déclenchée par un détail clé cité dans le rapport d’enquête sur le scandale de la Maison-Blanche.

Le retour du balancier et du désir : après un règne absolu au début des années 2000, le string est redevenu minoritaire au profit de sous-vêtements plus traditionnels. Ce déclin relatif lui redonne aujourd’hui son pouvoir de surprise et sa charge érotique d’origine.

Des prémices préhistoriques à l’astuce new-yorkaise

L’histoire de la lingerie réserve parfois des surprises au détour des découvertes archéologiques. Si l’on remonte aux racines les plus lointaines du vêtement, l’homme des glaces Ötzi, découvert congelé dans les Alpes, portait déjà un petit pagne ajusté. Cependant, cette pièce de cuir préhistorique tenait davantage de l’ancêtre général du sous-vêtement que du véritable string tel qu’on le conçoit aujourd’hui.

Le véritable acte de naissance du string moderne se situe en 1939 à New York. À l’occasion de la Foire internationale, le maire de la ville, Fiorello La Guardia, souhaite offrir une image vertueuse de sa métropole aux visiteurs du monde entier. Il ordonne alors aux danseuses nues des cabarets d’assainir leurs spectacles et de couvrir leurs parties intimes.

Face à cette restriction municipale, les artistes et les gérants de cabarets font preuve d’une ingéniosité redoutable. Pour ne pas perdre leur clientèle venue admirer des corps dénudés, les danseuses adoptent un cache-sexe maintenu par une fine ficelle. Le vêtement masque le devant pour respecter la loi, tout en laissant le fessier totalement découvert. Cette astuce permet de respecter la lettre du règlement tout en contournant totalement son esprit, un peu à la manière d’une optimisation fiscale vestimentaire.

De l’accessoire tabou à la démocratisation par le scandale

Au cours des décennies suivantes, le string reste une pièce de lingerie marginale dans le monde occidental. En 1974, le designer américain Rudi Gernreich dessine le bikini string, mais l’accessoire conserve une image sulfureuse liée à l’industrie du x ou aux sex-shops. Seules quelques exceptions notables émergent, notamment en Amérique du Sud et au Brésil où le climat et la culture de la plage favorisent son adoption, ou encore chez certaines danseuses de ballet soucieuses de ne pas marquer leurs vêtements.

Le véritable tournant culturel et commercial se produit en 1998 lors de l’affaire Monica Lewinsky. Dans son rapport d’investigation très détaillé, le procureur Kenneth Starr consigne un geste précis : la jeune stagiaire avait soulevé le bas de sa veste pour laisser apercevoir les ficelles de son string au président Bill Clinton.

La médiatisation mondiale de cette anecdote produit un effet inattendu sur l’industrie du textile. Repris en boucle par les médias américains et internationaux, ce détail vestimentaire devient le symbole ultime de la séduction et de la modernité. Les ventes de strings s’envolent de façon spectaculaire à travers la planète, propulsant l’accessoire dans la garde-robe de toutes les jeunes femmes au tournant des années 2000.

L’usure du quotidien et le renouveau du désir

Pendant près d’une décennie, le string s’impose comme une norme absolue et incontournable. Il passe sans transition de la catégorie des objets interdits à celle des sous-vêtements banals du quotidien. Cependant, cette omniprésence finit par éteindre l’aura d’interdit et de mystère qui faisait son attrait initial. À force d’être vu partout et tout le temps, le string subit une forme de banalisation esthétique.

Face à cette hégémonie, un mouvement de retour aux sources s’opère progressivement au cours des années 2010. Les femmes réinvestissent des sous-vêtements plus traditionnels, privilégiant le confort et la diversité des coupes comme les culottes classiques ou les shortys.

Ce reflux de popularité permet pourtant au string de retrouver sa fonction première. En redevenant un choix minoritaire et moins systématique, il quitte le champ de la routine pour réintégrer celui du choix assumé. Ce retour de balancier lui redonne toute sa force d’étonnement et lui permet de retrouver, auprès de ceux qui le croisent, sa charge érotique d’autrefois.