Si l’on compare la diversité patronymique occidentale à celle de l’Empire du Milieu, le contraste est saisissant. Alors que la France ou les États-Unis comptent des dizaines, voire des centaines de milliers de noms de famille différents, la Chine, malgré son milliard d’habitants, fonctionne avec un répertoire étonnamment restreint.
Cette singularité démographique trouve sa source dans une histoire extrêmement ancienne. En Chine, l’attribution des noms de famille a débuté il y a plus de 4 000 ans, bien avant la plupart des civilisations européennes. À cette époque, posséder un nom était un privilège réservé à la noblesse et servait à identifier les clans.
Au fil des siècles, ce système s’est démocratisé, mais la tendance est restée à la conservation plutôt qu’à la création. Contrairement à l’Europe, où les noms se sont multipliés au Moyen-âge en fonction des métiers, des lieux géographiques ou des caractéristiques physiques, la Chine a privilégié la continuité du lignage ancestral.
Le phénomène est culturellement ancré sous le terme de Laobaixing, signifiant littéralement « les vieux cent noms ». Cette expression désigne le peuple ordinaire, illustrant le fait qu’une centaine de patronymics suffit à englober la vaste majorité de la population.
De plus, les dynasties impériales ont souvent encouragé la standardisation. Il n’était pas rare que des minorités ethniques adoptent des noms Han courants pour s’intégrer, ou que des sujets changent de nom pour honorer l’empereur, réduisant encore la diversité.
Aujourd’hui, cette concentration est extrême : les noms Li, Wang et Zhang sont portés par des centaines de millions de personnes, surpassant la population de nombreux pays entiers.
Pour pallier les inévitables confusions et les homonymies administratives, la créativité s’est déplacée vers les prénoms. Si le nom de famille reste un pilier immuable de l’identité chinoise, le choix des caractères du prénom permet désormais d’exprimer une singularité individuelle au sein de cette immense uniformité collective.