Dans cet épisode du podcast Métamorphose, Anne Gekière s’entretient à distance avec le mentaliste et auteur Fabien Olicard à l’occasion de la sortie de son ouvrage intitulé Ce livre vous fera gagner du temps. Connu pour ses multiples activités de conférencier, de vidéaste et d’artiste, l’invité démonte les mécanismes cérébraux qui influencent notre gestion des journées.

Tout au long de l’échange, les deux interlocuteurs explorent la frontière subtile entre la réalité chronologique et les biais cognitifs qui altèrent notre perception afin de proposer des clés concrètes pour se réconcilier avec le rythme quotidien.

Ce qu’il faut retenir

  • Le manque de temps est principalement une illusion cognitive : notre cerveau déforme la perception des durées selon notre âge, notre niveau de dopamine et la nature agréable ou désagréable de l’activité que nous pratiquons.
  • La gestion efficace du temps ne repose pas sur un planning horaire rigide, mais sur la préservation et l’allocation intelligente de notre énergie disponible tout en évitant le piège épuisant du multitâche.
  • La mise en place d’outils simples comme la matrice d’Eisenhower, la règle des deux minutes ou l’identification d’une boussole intérieure permet de passer de la procrastination passive à une action alignée avec ses valeurs profondes.

Êtes-vous en manque de temps ou victime d’une illusion ?

Le sentiment de courir en permanence après les minutes est une expérience partagée par une immense majorité de personnes. Pourtant, le mentaliste rappelle que le temps reste une donnée relative pour notre système nerveux. Une heure passée lors d’une discussion captivante semble s’évaporer en un instant alors que la moindre démarche fastidieuse s’étire de façon insupportable. Notre cerveau n’est biologiquement pas conçu pour planifier l’avenir de manière innée, mais plutôt pour réagir aux stimuli immédiats de son environnement.

Cette distorsion s’accentue inévitablement avec l’âge.

Pour un enfant de cinq ans, les deux mois de vacances estivales représentent une proportion gigantesque de son existence consciente. À l’âge adulte, une année entière ne constitue plus qu’un infime pourcentage de la vie passée sur Terre, ce qui donne cette sensation vertigineuse d’accélération. Prendre conscience de ces biais permet de mettre en place des stratégies cognitives pour modifier ce ressenti. L’une des méthodes consiste à faire semblant d’avoir du temps : adopter une attitude calme et refuser de courir, même en cas de retard, préserve l’énergie et fait chuter la charge mentale.

L’organisation moderne commet souvent l’erreur de calquer les tâches sur les heures d’un agenda.

Il est plus efficace d’envisager ses journées selon sa jauge d’énergie disponible. Une sensation de débordement cache fréquemment un épuisement nerveux plutôt qu’un réel manque de minutes. En sanctuarisant des moments spécifiques, à l’image des fins de journées de l’invité où les écrans professionnels sont bannis, l’esprit s’ouvre à l’imprévu et aux activités ressourçantes.

Le procrastinateur abstinent

La procrastination ne doit pas être confondue avec la paresse ou la fainéantise. Le procrastinateur est souvent une personne active qui se surcharge de tâches secondaires ou inutiles afin de s’éviter l’accomplissement d’une obligation principale et importante. Ce comportement est intimement lié au circuit de la dopamine : le cerveau cherche à fuir l’inconfort immédiat d’une action complexe pour obtenir une gratification instantanée ailleurs. Reconnaître cette tendance comme une caractéristique durable, plutôt que comme un défaut temporaire à éliminer, permet d’adopter une posture d’abstinence en appliquant des règles douces et systématiques.

Cette lucidité s’accompagne d’une conscience aiguë de la finitude humaine.

Le fait de mesurer statistiquement le temps restant à partager avec ses proches, comme ses parents ou son conjoint, agit comme un puissant déclencheur pour réordonner ses priorités. Ce calcul factuel pousse à rompre avec les obligations sociales subies et à libérer de l’espace pour ce qui participe réellement au bonheur. Le grand regret des personnes en fin de vie concerne rarement un manque d’accomplissement professionnel, mais plutôt le sentiment d’avoir sacrifié le temps accordé à ceux qu’elles aimaient.

La matrice d’Eisenhower et les outils d’organisation

Pour structurer l’action quotidienne, la redéfinition des priorités s’impose à travers des outils classiques mais indispensables. La matrice héritée du président américain permet de ventiler les actions en quatre cadrans distincts : ce qui est urgent et important, ce qui est urgent mais pas important, ce qui est important mais pas urgent, et ce qui n’est ni l’un ni l’autre. La discipline consiste à vider impérativement la case des urgences importantes chaque matin avant de basculer vers le reste.

L’esprit humain apprécie grandement l’usage des listes matérielles.

Rayer manuellement une corvée sur du papier provoque une décharge de dopamine bien supérieure à l’effacement numérique sur un écran. Les blocs importants mais non urgents doivent être directement planifiés dans l’agenda à des dates précises, parfois à plusieurs semaines d’échéance, pour éviter qu’ils ne se transforment en urgences stressantes. Quant aux tâches urgentes mais sans valeur ajoutée, l’entraide familiale ou la délégation ponctuelle de services permettent de s’en libérer.

Le mentaliste introduit également sa règle des 120 secondes pour gérer les interruptions.

Si une sollicitation imprévue prend moins de deux minutes à être traitée, il convient de l’exécuter sur-le-champ pour libérer l’espace mental qu’elle aurait occupé. Si elle s’avère plus longue, elle doit être consignée pour une planification ultérieure. Enfin, la loi de Laborit rappelle que le travail se dilate naturellement de manière à occuper le temps disponible pour son achèvement. S’imposer des échéances serrées, quitte à conserver une marge de sécurité secrète, protège contre l’étalement infini des projets et l’immobilisme du perfectionnisme.

Développer son autonomie et sa boussole intérieure

L’amélioration de son rapport au temps exige une démarche d’introspection pour identifier ce qui dicte nos choix. Chaque individu prend des milliers de micro-décisions quotidiennes de façon totalement inconsciente. Afin de guider le cerveau vers des options favorables, l’exercice de l’entonnoir s’avère particulièrement efficace : lister l’ensemble de ses envies matérielles ou relationnelles, regrouper ces notions sous des concepts de plus en plus larges, pour aboutir à un ou deux mots-clés fondamentaux.

Pour Fabien Olicard, ce travail a fait émerger les valeurs d’autonomie et de liberté.

Ces termes forment une boussole intérieure indispensable lors des grands arbitrages professionnels ou personnels. Ils justifient le refus de propositions pourtant prestigieuses si celles-ci menacent l’indépendance globale. À l’inverse, identifier ses pièges récurrents, comme l’ego ou la recherche de validation, offre la possibilité de corriger ses réactions automatiques pour privilégier la joie sincère face à la réussite d’autrui.

La mise en place d’un troisième cerveau, matérialisé par un cahier unique et sectorisé, centralise les réflexions.

L’éparpillement des notes numériques ou des morceaux de papier condamne la majorité des bonnes idées à l’oubli. En regroupant les pensées par thématiques, il devient aisé d’y puiser de l’inspiration dès qu’un moment de calme se présente. Cette démarche d’auto-évaluation et de feedback régulier, menée sans jugement destructeur ni culpabilité, permet de mesurer ses comportements objectivement. En se détachant de l’impact émotionnel de ses propres erreurs, on développe une capacité d’apprentissage continue pour ajuster son existence et vivre de façon plus alignée.