Ce documentaire nous plonge dans le quotidien héroïque et précaire d’Ariunbold, surnommé le « petit médecin » du district de Bayan-Olan, situé au nord du désert de Gobi en Mongolie.

Avec seulement trois années d’études, cet homme est le seul recours médical pour plus de 500 nomades dispersés sur des milliers de kilomètres carrés de steppes arides et de montagnes escarpées.

Son travail ne se limite pas à la médecine classique: il doit improviser en permanence, utilisant les outils du quotidien pour soigner les dents ou pratiquer des gestes ancestraux.

Le film illustre la résilience exceptionnelle de ces populations nomades et le dévouement d’un praticien qui, bien que fonctionnaire, vit avec la même modestie que ses patients, partageant leur mode de vie sous la yourte et leurs déplacements au rythme des saisons.

Ce qu’il faut retenir

  • L’isolement extrême impose une polyvalence totale: faute de spécialistes, Ariunbold doit assurer aussi bien les extractions dentaires que les accouchements ou la petite chirurgie, souvent avec des moyens rudimentaires trouvés sur place.

  • Le système de santé repose sur la solidarité et le troc: face à la pauvreté des nomades et à l’absence de monnaie, le médecin est souvent payé en peaux de bêtes ou en services, ne réalisant aucun profit sur les médicaments qu’il achète lui-même au village.

  • La médecine mongole est un mélange de science et de traditions: Ariunbold combine l’usage de médicaments modernes avec des pratiques séculaires comme la saignée ou l’utilisation de produits naturels tels que le lait de chameau pour la cicatrisation.

Un médecin polyvalent face au dénuement

Ariunbold se définit lui-même comme un « petit médecin »: c’est l’homme du terrain, celui qui n’a pas fait de longues études universitaires mais qui possède la connaissance intime de sa région et de ses habitants. Dans le désert de Gobi, la spécialisation est un luxe inexistant: lorsqu’une rage de dents survient, c’est lui qui intervient, utilisant parfois des outils de fortune pour extraire une racine récalcitrante, sans anesthésie disponible.

Le manque de matériel médical est criant: il explique que s’il avait des anesthésiques, il les utiliserait, mais la réalité est que la douleur fait partie intégrante du soin. Cette approche stoïque est partagée par les patients: pour eux, avoir mal à cause de la dent ou avoir mal lors de son extraction est une fatalité qu’il faut accepter avec courage.

Le district qu’il couvre est immense: les familles vivent à des dizaines de kilomètres les unes des autres. Pour les atteindre, Ariunbold parcourt la steppe à cheval, seul moyen de transport capable de franchir les dunes de sable et les cols de montagne, rendant chaque consultation de routine ou chaque urgence particulièrement éprouvante.

Le quotidien d’un fonctionnaire nomade

Bien qu’il soit un représentant de l’État, le médecin vit dans des conditions identiques à celles de ses administrés: il possède son propre troupeau de chèvres et vit sous une yourte avec sa femme et ses deux fils. Son salaire de fonctionnaire est dérisoire, équivalant à peine au prix d’une paire de bottes neuves, ce qui l’oblige à compter sur son élevage pour assurer la subsistance de sa famille.

La fin du communisme a transformé le rapport aux soins: si les consultations restent gratuites par tradition et par devoir, les médicaments sont désormais payants. Ariunbold se rend une fois par mois au dispensaire de la sous-préfecture, à 70 kilomètres de là, pour renouveler ses stocks.

Il revend ces remèdes au prix coûtant: il refuse de faire le moindre bénéfice sur la santé de ses voisins, préférant même leur faire crédit. Souvent, la transaction se fait par le biais du troc: une peau de chèvre peut ainsi régler la note d’une cure de médicaments, permettant au système de perdurer malgré l’absence de liquidités financières.

Médecine traditionnelle et survie dans les steppes

Le documentaire montre des scènes fascinantes où les remèdes ancestraux côtoient la pharmacologie moderne: pour soulager une femme souffrant de douleurs dorsales après une vie de traite des chèvres, Ariunbold utilise des ventouses et pratique une saignée. Il utilise pour cela un couteau servant habituellement à la castration du bétail, qu’il nettoie sommairement avant l’intervention.

Pour lui, le « mauvais sang » doit être évacué pour que le patient se sente mieux: les pansements sont tout aussi improvisés, faits de papier journal et de salive, tandis que la crème de lait de chameau sert d’antiseptique naturel. Ces méthodes, bien que surprenantes pour un regard occidental, bénéficient de la confiance totale de la population locale qui respecte profondément son médecin.

La survie dépend également de la connaissance du territoire: le passage des saisons impose une transhumance vers les montagnes pour trouver de l’eau sous forme de neige pendant l’hiver. Cette migration complique encore la tâche d’Ariunbold, qui doit suivre ses patients dans les hauteurs, affrontant des températures glaciales et des risques accrus liés à la faune sauvage, notamment les loups.

L’urgence au cœur du désert

Les situations d’urgence mettent à rude épreuve l’organisation de ce service de santé précaire: lorsqu’un enfant de 12 ans fait une chute de cheval et présente des troubles neurologiques, le médecin est alerté par un cavalier qui l’a cherché de yourte en yourte pendant des heures. Le diagnostic tombe: l’enfant est épileptique et nécessite une hospitalisation urgente au village.

Sans véhicule motorisé, le transfert d’un blessé grave est un défi logistique quasi insurmontable: dans ce cas précis, la présence de l’équipe de tournage et de leur véhicule tout-terrain a permis d’évacuer l’enfant vers le dispensaire, évitant un voyage épuisant de plusieurs heures à dos de cheval qui aurait pu lui être fatal.

Ariunbold regrette souvent que les parents attendent trop longtemps avant de l’appeler: la pudeur et l’habitude de se débrouiller seul retardent parfois des interventions cruciales. Pourtant, malgré la rudesse de sa tâche et la pauvreté ambiante, il ne quitterait son pays pour rien au monde: il se sent investi d’une mission que personne d’autre ne voulait accepter, celle de soigner son peuple sur la terre de ses ancêtres.