L’image que nous nous faisons des pharaons est souvent polluée par le cinéma et une vision romantique du XIXe siècle. On imagine des êtres semi-divins, à la silhouette svelte et au regard perdu dans l’éternité. La réalité, révélée par les scanners et les analyses ADN, est bien plus complexe, parfois moins glorieuse, mais infiniment plus humaine.
Résumé des points abordés
La table des rois : entre festins sacrés et maladies de civilisation
L’iconographie égyptienne est trompeuse par nature. Les bas-reliefs nous montrent systématiquement des souverains à la musculature parfaite, symbolisant la force et la santé éternelle du royaume.
Pourtant, l’examen des momies royales raconte une histoire radicalement différente, celle de pathologies liées à l’opulence. L’élite égyptienne ne souffrait pas de carences, mais plutôt d’un excès de glucides et de graisses saturées.
Leur régime alimentaire était loin d’être équilibré selon nos standards modernes. Les prêtres déposaient quotidiennement des offrandes massives aux dieux, composées de pains au miel, de viandes grasses et de gâteaux saturés de sucre.
Une fois le rituel terminé, ces denrées étaient consommées par la famille royale et les hauts dignitaires. Les résultats sont sans appel : les scanners de momies célèbres, comme celle de la reine Hatchepsout, révèlent des signes d’obésité sévère et de diabète.
L’athérosclérose, que l’on pensait être un mal moderne, était monnaie courante chez les pharaons. Leurs artères étaient obstruées par le cholestérol, conséquence directe d’une consommation effrénée de graisses animales et de bière non filtrée.
Cette réalité clinique casse le mythe de l’ascétisme égyptien. Derrière les pyramides monumentales, le pouvoir se vivait aussi à travers des banquets où le sucre était le marqueur ultime de la réussite sociale, au détriment de la longévité.
Le pouvoir au féminin : la symbolique masculine comme outil de règne
Le cas d’Hatchepsout est l’un des plus fascinants de la XVIIIe dynastie, car il illustre la rigidité du protocole royal. Pour régner en tant que pharaon de plein droit, et non simplement comme régente, elle a dû s’approprier les codes masculins.
Ce n’était pas une crise d’identité, mais une stratégie de communication politique implacable. Dans la cosmogonie égyptienne, le pharaon est le garant de l’ordre face au chaos, une fonction intrinsèquement masculine selon les textes anciens.
Pour asseoir sa légitimité, elle a adopté la barbe postiche, le osird, un attribut réservé aux rois et au dieu Osiris lui-même. Sur les statues et les temples, sa silhouette s’est progressivement masculinisée pour rassurer le clergé et le peuple.
Il faut comprendre que la barbe postiche n’était pas portée de manière permanente par les pharaons, hommes ou femmes. C’était un accessoire rituel, fixé au menton lors des cérémonies officielles, symbolisant le lien direct entre le monarque et la divinité.
Hatchepsout a utilisé ce symbole pour dire : « Je ne suis pas une femme qui règne, je suis le Pharaon ». Cette audace lui a permis de diriger le pays pendant plus de vingt ans avec une stabilité remarquable.
Malheureusement, cette transgression des genres a conduit ses successeurs à tenter d’effacer son nom de l’histoire. On a martelé son visage sur les murs de ses temples pour restaurer une lignée exclusivement masculine, preuve de la puissance de son geste.
L’énigme du pharaon enfant : quand la science supplante la malédiction
La découverte du tombeau de Toutânkhamon en 1922 a alimenté les fantasmes les plus fous, notamment celui d’une malédiction frappant ceux qui osaient troubler son sommeil. La réalité médicale de ce jeune roi est bien plus tragique.
Pendant des décennies, les historiens ont spéculé sur sa fin prématurée à l’âge de 19 ans. On a évoqué l’assassinat, la chute de char ou même une maladie génétique rare qui lui aurait donné un aspect efféminé.
Les études ADN publiées à partir de 2010 ont mis fin aux rumeurs de meurtre. Toutânkhamon était le fruit d’un inceste royal répété, ses parents étant probablement frère et sœur, ce qui a affaibli son système immunitaire.
Le scanner de sa momie a révélé une fracture ouverte à la jambe gauche, survenue peu de temps avant son décès. Dans un monde sans antibiotiques, cette blessure s’est rapidement infectée, entraînant une septicémie foudroyante.
Mais le coup de grâce est venu d’un ennemi microscopique. Les analyses de sang ont prouvé que le pharaon était porteur de plusieurs souches de paludisme, la malaria de l’époque, qui sévissait dans les zones marécageuses du Nil.
Le cocktail d’une malformation osseuse au pied, d’une infection généralisée et de crises répétées de paludisme a eu raison du souverain. La malédiction n’était pas magique, elle était purement biologique et environnementale.
La révolution d’amarna : un soleil pour éclipser tous les dieux
Akhenaton est sans doute le pharaon le plus controversé de toute l’histoire égyptienne. En décidant de briser le pouvoir du clergé d’Amon à Thèbes, il a instauré une rupture radicale avec des millénaires de tradition.
Il n’a pas simplement changé de dieu préféré ; il a tenté d’imposer un culte exclusif au disque solaire Aton. Pour cela, il a fait construire une nouvelle capitale, Akhetaton, en plein désert, loin des influences anciennes.
On parle souvent du premier monothéisme de l’histoire, mais il s’agit plus précisément d’une monolatrie. Akhenaton ne niait pas forcément l’existence des autres forces divines, il en interdisait simplement l’adoration publique.
Cette révolution n’était pas seulement spirituelle, elle était profondément politique. En se proclamant seul intermédiaire entre Aton et les hommes, il privait les prêtres de leur influence et de leurs richesses colossales.
Le style artistique a également basculé. Les corps sont devenus androgynes, les crânes étirés, les ventres proéminents. C’était une rupture avec l’idéalisme classique pour une forme de naturalisme expressionniste inédite.
Mais une réforme imposée par le haut survit rarement à son créateur. Dès sa mort, son fils Toutânkhamon (né Toutânkhaton) a été contraint de restaurer l’ancien culte et de retourner à Thèbes.
Akhenaton a été désigné comme « l’hérétique » et son nom a été banni des listes royales officielles. Son rêve de lumière absolue s’est éteint avec lui, laissant derrière lui les vestiges d’une utopie religieuse unique au monde.