5/5 (1) « Rome est une femme » – Auteur Michel Chevallier aux Editions L’Harmattan

Entretien avec l’écrivain du mercredi 22 juin 2022

« Souffrance, désir et plaisir » dans l’Italie fasciste en 1935

Le titre de l’ouvrage ne l’indique pas forcément mais ce roman se classe dans le genre « Polar historique ». « Polar » car il y a un crime affreux dont il faut démasquer le tueur, et « historique » car l’action se déroule à Rome en 1935, période de l’Italie fasciste dirigée par Mussolini. A cette époque, « Le Duce » instaure et organise une surveillance étouffante de toute la population italienne, au travers de sa police politique l’Ovra.

Ce roman policier énigmatique est beaucoup plus complexe qu’un simple polar, même s’il en présente brillamment tous les aspects et ménage un suspense entier jusqu’à la dernière page. En effet, ce polar, « Rome est une femme », est également, un roman d’amour. Non pas un roman d’amour romantique, mais un roman brossant l’amour sensuel, charnel, sexuel pratiqué par les personnages et exacerbé par l’ambiance qui règne dans la ville de Rome où, selon l’auteur, tout peut arriver…. Et, effectivement tout va arriver.

Son auteur, Michel Chevallier, est un journaliste helvète qui a longtemps voyagé à travers le monde, en écrivant principalement pour les autres, et qui, un jour, a décidé d’écrire pour lui. Depuis son enfance, il voue une véritable passion à la ville de Rome qu’il a découvert très jeune. Lorsqu’il était enfant, avec ses parents, il quittait régulièrement la Suisse et ses règlementations lourdes et moralisatrices, pour aller se ressourcer en Italie et plus particulièrement à Rome. Depuis, il n’a cessé de parcourir inlassablement cette cité et en a exploré tous les coins et recoins sur terre comme sous terre. Rome, la cité éternelle, est alors devenue une évidence, pour situer le lieu de l’intrigue de son premier roman policier.

Mais quel est le sujet de ce polar historique envoûtant et sensuel ? C’est l’histoire de Cesare, un jeune policier novice et candide qui débute sa carrière au commissariat d’Ostia (le port de Rome). Son Supérieur hiérarchique, le commissaire Ascanio Gaetano le charge d’enquêter sur le meurtre d’une belle jeune fille retrouvée morte, un matin, allongée nue sur la plage d’Ostia. Cesare, qui n’a jamais connu de fille jusque-là est fasciné par le cadavre de la jeune fille qu’il compare à une déesse (oui, nous sommes à Rome…). Obsédé par le corps nu de la jeune fille, le jeune homme va chercher, au-delà du cadre de l’enquête, à la connaître, à deviner son mode de vie… Il va même récupérer une photo d’elle chez ses parents, et la garder avec lui tel un talisman, une relique, un objet fétiche.

Ce très jeune policier (il a 21 ans), vit seul avec sa mère. Celle-ci vivote, ayant toujours le regret de n’avoir pas eu de fille et surtout d’avoir perdu l’homme qu’elle aimait. Elle ne souhaite pas donner d’explication sur sa vie passée et, de ce fait, les relations mère-fils sont parfois conflictuelles. Cesare qui aimerait bien savoir s’il a été désiré pour lui-même, s’il est un objet de substitution et surtout s’il est désirable se tourne alors vers les femmes.

C’est donc dans cet environnement politique et social, qu’il va se lancer à la recherche du meurtrier mais également à la recherche de lui-même et de ses origines.

Dans cette double quête Cesare va rencontrer de nombreux personnages et notamment de nombreuses femmes. Avant cette enquête, il ne connaissait que Liana, son amie d’enfance, mais ses recherches vont lui ouvrir des horizons plus vastes et des rencontres de plus en plus sensuelles. Cesare va aussi rencontrer des hommes parfois sympathiques mais souvent très dangereux. Certains voudront le tuer, mais d’autres vont l’aider comme son chef, le commissaire Ascanio Gaetano qui va l’orienter, le protéger, l’aider à résoudre l’enquête et va également se charger de son éducation sentimentale… Un soir, pensant qu’il n’avait encore jamais eu de relation intime avec une femme, il va l’amener au « bordel » institution de plaisir officielle tolérée par les autorités italiennes. Heureux hasard, car cette initiative personnelle entraînera des répercussions positives sur l’enquête.

Ce roman « Rome est une femme » présente un parallèle constant entre l’enquête et la vie de Cesare. L’auteur qui décrit le conflit permanent entre le temporel et le spirituel, entre la tentation et la sainteté (nombreuses descriptions d’églises et évocations religieuses), entre le pragmatisme et l’ésotérisme, suscite chez le lecteur un intérêt de tous les instants. Dans le déroulement de cette enquête policière, les descriptions historiques et géographiques vont ralentir la lecture et ainsi permettre au charme d’agir. De ce fait, l’auteur va provoquer chez le lecteur une furieuse envie de se replonger dans l’histoire de l’Italie fasciste, dans la mythologie grecque et romaine et surtout, lui donne envie de partir sur le champ, à Rome sur les traces de Cesare pour découvrir les quartiers, les églises, les marchés… et pour tenter de retrouver l’ambiance de sa ville éternelle.

Outre les paysages, et l’époque de l’Italie fasciste, Michel Chevallier apporte un soin particulier à la description délicate de ses personnages féminins. Toutes ont des yeux troublants, « médiumniques », engendrant des vibrations sensuelles dispersées tout au long du roman.

Avec un style direct mais délicat, concis, ciselé, des chapitres courts et un texte d’une grande érudition très simplement écrit, l’auteur nous tient en haleine et nous mène à un rythme soutenu, vers l’extraordinaire et très surprenante fin de l’énigme du roman policier « Rome est une femme ».

Homme ou Femme, vous allez dévorer les 232 pages de ce livre de Michel Chevallier. L’intrigue, l’époque et le héros Cesare vont vous donner envie de voyager, et de vous replonger dans cette période troublée du pouvoir des « chemises noires » en Italie. Vous attendrez sans doute une suite aux aventures de ce jeune policier romain prometteur et… Bonne nouvelle ! Michel Chevallier, est déjà en train d’élaborer cette suite !

A lire absolument pour allier plaisir et connaissances.

Anne GALLOU