Article | Pythéas, l’explorateur méconnu

Nous sommes au IVe siècle avant Jésus-Christ. À cette époque, Marseille est une ville grecque florissante, réputée pour être un grand port de marchandises. Parmi ses habitants se trouve un mathématicien et astronome nommé Pythéas.

La curiosité de Pythéas éveillée par des récits extraordinaires

Un jour, des voyageurs reviennent du nord avec des histoires surprenantes : en été, dans ces contrées lointaines, la nuit n’existe pas. Pythéas, naturellement curieux, est intrigué par ces récits et désire les vérifier par lui-même.

Voyant dans cette quête une opportunité de découvrir une nouvelle voie commerciale, les Timouques, les consuls de la cité phocéenne, décident de financer l’expédition.

L’expédition de Pythéas

Vers l’an 330 avant J.-C., l’Artémis lève l’ancre. Pythéas doit emprunter la route du Nord, conduisant vers l’étain et l’ambre, des denrées précieuses que le monde méditerranéen reçoit de l’Europe du Nord. Jusqu’alors, ces marchandises arrivaient par des routes terrestres.

Les défis rencontrés en route

Pour atteindre son objectif, Pythéas doit affronter les Carthaginois.

Ces derniers, jaloux de leur hégémonie en Méditerranée et dans l’Atlantique, ont installé un poste de surveillance à Carthagène, sur la côte espagnole. Naviguer la nuit devient une nécessité, exploit remarquable pour l’époque, et Pythéas se guide grâce aux étoiles.

L’Artémis est même peinte en noir, une couleur perçue comme de mauvais augure, ce qui ne manque pas de provoquer des superstitions parmi l’équipage.

La confrontation aux Colonnes d’Hercule

Après douze jours de navigation, Pythéas atteint les Colonnes d’Hercule (Gibraltar), où se tiennent les Carthaginois.

Une confrontation éclate lorsqu’une nef ennemie approche. Pythéas donne l’ordre d’attaquer, et le commandant de l’embarcation carthaginoise est tué. La libération des prisonniers grecs suscite une immense clameur de joie. Pythéas a gagné : les Colonnes d’Hercule sont franchies.

Exploration des côtes ibériques et découverte de la marée

Pythéas longe ensuite les côtes ibériques et atteint le cap Finisterre, au nord-ouest de l’Espagne. Là, il est contraint de naviguer sans voir la terre, un fait exceptionnel pour l’époque.

Au large d’Ouessant, il mouille dans une large baie aux eaux calmes pour se reposer. Soudain, l’équipage se réveille : il n’y a plus d’eau sous le bateau. Pythéas vient de découvrir la marée.

Vers les terres du Nord

Continuant son voyage, Pythéas remonte le long de la côte anglaise, à l’est et au nord. En chemin, il observe de gigantesques cachalots qu’il nomme orques. Les îles des Orques seront plus tard appelées Orcades. Il entend parler d’une région vers l’étoile polaire, ou Thul-Al, où le soleil semble dormir.

L’arrivée à Thulé

Pythéas emprunte alors le chemin que suivront quelques siècles plus tard les Vikings. Il atteint Thulé, connue aujourd’hui sous le nom d’Islande.

Là-bas, il découvre un endroit étonnant, où flottent des îles bleues et blanches, les icebergs, et où l’air est si épais de brouillard qu’il semble se mêler à l’eau et à la terre. L’équipage, terrifié par ces phénomènes étranges, pousse Pythéas à rebrousser chemin.

Retour par la Norvège et la fin de l’épopée

Sur le chemin du retour, Pythéas recueille un Scandinave égaré, grâce à qui il parvient jusqu’en Norvège. À Marseille, l’attente devient insoutenable.

Que devient-il ? Finalement, Pythéas décide de rentrer. Il profite du brouillard pour franchir une fois de plus les Colonnes d’Hercule et échappe ainsi aux Carthaginois.

Un retour triomphal mais controversé

Quand l’Artémis accoste à Marseille après cinq mois et dix jours de voyage, c’est sous les vivats et les félicitations. Les cales sont chargées d’ambre et d’étain, et tous ses hommes sont sains et saufs.

Pythéas raconte alors son étrange épopée, mais ses récits sont si extraordinaires qu’on ne le croit pas. Mensonges, affabulations, disent certains. Jusqu’à la fin de ses jours, il subira les railleries et les moqueries.

Il faudra attendre des siècles pour que son incroyable aventure soit enfin reconnue et que Pythéas soit réhabilité.

FAQ

Quel était l’objectif initial de la mission confiée au savant phocéen ?

La république marchande de Massalia, aujourd’hui Marseille, cherchait avant tout à briser les monopoles continentaux. En missionnant cet astronome, les magistrats de la cité, appelés les Timouques, espéraient identifier une voie maritime directe vers les gisements d’étain et d’ambre de l’Europe septentrionale, des matières premières cruciales pour l’économie antique qui transitaient jusqu’alors par de coûteuses routes terrestres.

Comment le commandant a-t-il déjoué le blocus maritime des rivaux de Marseille ?

L’accès à l’océan Atlantique était farouchement gardé par la flotte de Carthage, installée stratégiquement au niveau du détroit de Gibraltar. Pour franchir ce goulet d’étranglement sans se faire intercepter, le navigateur a ordonné de peindre sa coque en noir afin de se camoufler dans l’obscurité, pratiquant une navigation nocturne inédite guidée par les constellations, avant de forcer le passage lors d’un affrontement armé victorieux.

Quel phénomène physique inconnu en Méditerranée a stupéfié les marins ?

En faisant escale au large des côtes armoricaines, à proximité de l’île d’Ouessant, l’équipage a été confronté pour la première fois aux forces gravitationnelles de la marée haute et basse. Le retrait soudain des eaux, laissant le navire temporairement échoué au milieu d’une baie asséchée, a d’abord terrifié les hommes avant que le scientifique n’analyse ce mouvement oscillatoire de l’océan.

Quelles observations naturalistes ont marqué l’exploration des mers septentrionales ?

Au cours de sa circumnavigation autour des îles Britanniques, le capitaine a consigné des descriptions de la faune marine polaire, notamment des cétacés massifs qu’il baptisa orques, marquant ainsi la toponymie des îles Orcades. Plus au nord, il décrivit la banquise et la brume givrante comme un milieu hybride, une sorte de gelée marine où les éléments terrestres, aquatiques et atmosphériques semblaient fusionner.

Pour quelles raisons le retour du voyageur a-t-il été accueilli par le scepticisme ?

Malgré des cales lourdement chargées de précieuses marchandises et un exploit humain incontestable, les observations géographiques rapportées par l’explorateur dépassaient l’entendement de ses contemporains méditerranéens. Ses descriptions du soleil de minuit, des glaces flottantes d’Islande et des cycles de la mer semblaient si fantastiques qu’elles furent reléguées au rang d’affabulations, condamnant le savant à l’isolement et aux moqueries jusqu’à sa postérité tardive.