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Ce docu n'a pas de note Plongée dans un documentaire retentissant et surprenant. Surprenant par son intrigue et son dénouement, loin de ce que le réalisateur imaginait lui-même faire dans un premier temps. Retentissant par sa portée internationale, au coeur d’un scandale d’État et d’enjeux sportifs et financiers faramineux. Ce documentaire, c’est Icare, auréolé de l’Oscar du meilleur film documentaire en 2018. Une claque monumentale pour tous les amoureux de sport qui se doit d’être absolument regardé, peut-être encore plus à l’aube d’une compétition internationale comme les prochains Jeux Olympiques de Tokyo. Le réalisateur va posséder son propre passeport biologique, tel un professionnel

Une genèse oubliée

Accrochez-vous au début de ce film – documentaire. Le réalisateur Bryan Fogel se met en scène au cœur d’une réalité qui lui échappera malgré lui, très rapidement.

Lorsqu’on prend part à une compétition sportive, on s’informe, on se renseigne sur les règles en vigueur. Les conditions sont sine qua non au poker, au football ou au cyclisme. Ces règles autour du monde du cyclisme et du sport en général, Bryan Fogel les connaît bien. Il va pourtant décider de volontairement les trépasser.

Excellent dramaturge et réalisateur, l’Américain présente aussi la qualité d’un excellent cycliste. Si bien qu’il s’est illustré en 2014 en prenant la 14ème place de la Haute Route (sur 440), une des compétitions de cyclistes amateurs sur plusieurs jours parmi les plus dures au monde où les meilleurs concurrents n’ont pour certains, pas grand-chose à envier à certains professionnels dès lors que la route s’élève. 

Interpellé en qualité de journaliste par les avantages du dopage, il décide de sauter le pas à des fins journalistiques et scientifiques, décidant d’entrer pour l’édition 2015 dans une logique de triche médicale, tout en se filmant : l’essence même de son documentaire, initialement.

Des contacts hauts placés

Oui, mais voilà, très rapidement et après quelques bouches à oreilles brefs, Fogel se retrouve à discuter avec un scientifique qui lui propose de lui constituer un passeport biologique tel un professionnel, mais surtout, d’encadrer ses mois de cure de dopage avant la grande compétition. Une chose purement logique lorsque l’on se dit que cette étude est faite à des fins journalistiques, quelques peu plus inquiétantes lorsque l’on s’aperçoit que le scientifique en charge n’est autre que Grigori Rodchenkov, le directeur de l’agence mondiale antidopage de Moscou. Tout est dit.

Une tournure inattendue

La flamme olympique fut plus sombre qu’ailleurs à Sochi

Fogel se retrouve rapidement éloigné de l’idée même de son reportage. Très vite, il coupe court à son expérience de dopage malgré une participation à la Haute Route 2015 et suit le scientifique russe dans ce qui va s’apparenter à une repentance internationale, mais surtout, une descente aux enfers nationale.

Aujourd’hui protégé sur le sol des États-Unis, le documentaire Icare suit alors Rodchenkov lorsqu’il divulgue au réalisateur la réalité d’un dopage d’État en Russie, notamment durant les Jeux Olympiques de Sotchi, disputés en 2014 sur le sol russe. En plein rapport McLaren, menaces de la Russie et explications honnêtes d’un homme qui fut à la tête d’un scandale de dopage pendant plus de 20 ans, vous faites face à un moment sombre de l’histoire du sport, mais avant tout, à un documentaire exceptionnel que vous devez vous empresser de visionner. En France, Netflix possède les droits de ce documentaire.

La vie de Grigori Rodchenkov

Rarement un journal intime aura comporté de telles accusations », titrait l’Express, peu de temps après la sortie du livre écrit par le scientifique russe. S’il n’est bien évidemment pas rose et en grande partie responsable du scandale dévoilé par le rapport McLaren, Rodchenkov offre l’image d’un homme attachant qui aura toute sa vie le mérite d’avoir dénoncé les faits qu’il a acceptés voire mis en place à la tête de l’agence anti-dopage russe puis mondiale.

Pour les amoureux de lecture, son livre autobiographique est le prolongement parfait du documentaire produit et réalisé par Bryan Fogel, trois ans plus tôt. Il fut lui-même auréolé du titre de livre de sport de l’année William Hill, au centre d’une remise de prix prestigieuse qui a vu dans le passé, de vraies références littéraires être sacrées.