La Corse, surnommée à juste titre la « Montagne dans la mer », offre un spectacle naturel et culturel d’une intensité rare. Ce documentaire nous emmène à la rencontre de passionnés qui, chacun dans leur domaine, œuvrent pour préserver l’âme de l’île de Beauté.

Qu’il s’agisse de la protection des fonds marins exceptionnels de Bonifacio, de la restauration minutieuse du patrimoine baroque dans les villages reculés de la Castagniccia, ou de l’inventivité culinaire valorisant les produits du terroir, la Corse se révèle comme un territoire de ferveur et de transmission.

Ce qu’il faut retenir

  • Un sanctuaire écologique unique : la réserve naturelle des Bouches de Bonifacio, la plus grande de France métropolitaine, protège une biodiversité fragile (mérous, oiseaux rares) tout en démontrant que la protection de l’environnement favorise un développement durable bénéfique aux pêcheurs locaux.

  • Un patrimoine baroque vivant : loin des côtes touristiques, la Corse intérieure recèle des trésors architecturaux et artistiques (églises, stalles, textiles liturgiques) que les habitants et des experts passionnés s’attachent à restaurer pour maintenir l’identité et l’histoire des villages.

  • Une gastronomie de caractère et de transmission : le terroir corse, marqué par des produits identitaires comme le brocciu, la farine de châtaigne et le porc de race rustique, est le socle d’une cuisine qui allie tradition séculaire et innovation contemporaine pour séduire les plus grands chefs.

La garde du sanctuaire maritime de Bonifacio

Au sud de l’île, les falaises de calcaire blanc de Bonifacio abritent la plus grande réserve maritime de France. Jean-Michel Culioli, responsable scientifique, en est le gardien vigilant. Ce paradis, notamment l’archipel des îles Lavezzi, est un aquarium naturel où la vie foisonne grâce à des zones de protection intégrale.

La surveillance est constante pour dissuader le braconnage et protéger des espèces menacées comme le goéland d’Audouin ou le cormoran huppé. Ces efforts portent leurs fruits : les mérous atteignent des tailles impressionnantes et les populations de poissons se régénèrent, profitant indirectement aux pêcheurs professionnels qui voient leurs prises augmenter aux abords de la réserve.

L’été, la pression touristique devient un défi majeur. Avec 150 000 visiteurs en deux mois, les agents de la réserve doivent faire preuve de pédagogie. Ils organisent des sentiers sous-marins pour les enfants, futurs ambassadeurs de l’environnement, afin de leur apprendre l’importance de la posidonie, véritable poumon de la Méditerranée, et le respect de la faune sauvage.

La renaissance du patrimoine baroque en Castagniccia

Jacques Moulin, architecte en chef des monuments historiques, consacre une grande partie de son énergie à la sauvegarde du patrimoine bâti de l’île. En Castagniccia, région des forêts de châtaigniers, les villages possèdent des églises baroques d’une richesse insoupçonnée, témoins de la prospérité passée liée à la culture de la châtaigne.

À Valle-d’Alesani ou à La Porta, le travail de restauration est colossal. On y redécouvre des médaillons en stuc, des peintures en trompe-l’œil imitant le marbre et des collections de vêtements liturgiques en fils d’or et de soie d’une qualité exceptionnelle. Ce patrimoine n’est pas seulement un vestige du passé, il est porté par la ferveur des habitants qui restent profondément attachés à leurs monuments.

Le documentaire souligne également le rôle crucial d’associations de bénévoles qui, depuis des décennies, restaurent des chapelles et des ponts médiévaux abandonnés. Cette complémentarité entre les services de l’État et l’engagement local permet de sauver des édifices comme le château de Servaggio ou la tour de Montalbano, renforçant le lien entre la population et son histoire.

L’excellence du terroir : entre mer et montagne

La gastronomie corse est une autre facette de cette fascination. Romuald Royer, jeune chef étoilé, illustre cette dynamique en revisitant les produits locaux. Il s’approvisionne directement auprès des pêcheurs de Propriano pour travailler la seiche ou le chapon, tout en explorant le maquis pour y dénicher des saveurs inédites.

Le terroir corse est marqué par des produits d’exception comme le brocciu, fromage de brebis unique dont la saveur dépend directement des herbes du maquis consommées par les bêtes. La charcuterie, pilier de l’identité insulaire, est également mise à l’honneur à travers l’élevage de porcs noirs en liberté, nourris de glands et de châtaignes pour une viande au goût incomparable.

Romuald n’hésite pas à innover, utilisant par exemple des aiguilles de « sapin mandarine » pour fumer ses poissons ou de la menthe aquatique pour ses sorbets. En recevant une trentaine de grands chefs du continent, il fait la démonstration que la cuisine corse, ancrée dans ses racines, possède une dimension universelle capable de susciter une émotion gastronomique profonde.

Les forteresses et le destin tragique du château de la Punta

La Corse est aussi une terre de citadelles et de tours littorales, héritage de la domination génoise. Si les citadelles de Calvi ou de Bonifacio sont célèbres, d’autres édifices racontent des histoires plus singulières. C’est le cas du château de la Punta, situé sur les hauteurs d’Ajaccio, qui est une réplique d’un pavillon du Palais des Tuileries à Paris.

Construit à la fin du XIXe siècle avec les pierres rachetées après l’incendie du palais parisien, ce château est aujourd’hui en grand danger. Les pierres, amincies pour le transport, se détachent à cause de l’oxydation des armatures métalliques. Jacques Moulin se bat pour obtenir le classement et le sauvetage de ce chef-d’œuvre de la Renaissance française égaré dans le maquis.

Le documentaire s’achève sur une note d’espoir et de fraternité lors de la Saint-Erasme à Bonifacio. Cette fête des pêcheurs réunit toutes les générations autour de traditions séculaires, symbolisant une Corse qui, tout en s’ouvrant au monde, refuse de sacrifier son identité et ses trésors naturels sur l’autel de la modernité.