À l’âge de douze ans, Florence Mocci découvrait l’archéologie dans un livre de Jean-François Champollion, l’historien qui avait rendu la parole aux pierres muettes des pyramides d’Égypte en déchiffrant leurs hiéroglyphes. Ce jour-là, une évidence s’imposait : elle aussi serait archéologue et consacrerait sa vie à redonner voix aux vestiges du passé.

Une dizaine d’années plus tard, la voilà agenouillée dans la terre, une truelle à la main, à se former sur des chantiers de fouille dans les vallées. Mais chaque été, lorsqu’elle troque sa tenue d’archéologue pour celle de randonneuse et gagne les hauteurs, son œil de chercheuse ne peut s’empêcher de se perdre vers les cimes. Et si la haute montagne, ces massifs rocheux au-delà de 2000 m d’altitude, portait elle aussi la trace d’une présence humaine oubliée ?

Longtemps, la réponse a fait consensus : ces reliefs forment une frontière naturelle trop inhospitalière pour avoir été fréquentée par l’Homme d’autrefois. Puis les glaciers ont reculé, la roche s’est érodée et la montagne s’est mise à parler. Peu à peu, elle a livré ce que le temps semblait avoir effacé : des pierres taillées, les ruines d’un abri, jusqu’à la découverte d’un corps momifié. Autant d’indices qui racontent une tout autre histoire des sommets, celle d’un territoire peut-être parcouru depuis des millénaires.

Dans les années 1990, une poignée de chercheurs décident alors de prendre la montagne au mot et de se lancer, pour la première fois, dans l’archéologie alpine. Florence Mocci, Archéologue CNRS au Centre Camille Jullian, est de l’aventure. Ensemble, ils lancent les premières campagnes de fouilles dans le Parc National des Ecrins : des semaines de terrain, à arpenter les hauteurs et sonder le moindre replat, pour espérer un jour, retrouver la trace des premiers montagnards et écrire une nouvelle page de l’histoire des hautes altitudes.