Cette conférence-spectacle organisée par l’Université de Lausanne (UNIL) en 2019 explore les multiples facettes du numérique, de la littérature à l’archéologie, en passant par la cybersécurité et le sport. À travers une série d’interventions d’experts, l’événement démontre que le numérique n’est pas seulement un outil technique, mais un prisme qui transforme notre rapport au savoir, au corps et à la société.
Résumé des points abordés
Ce qu’il faut retenir
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Une transformation interdisciplinaire : le numérique bouleverse toutes les disciplines académiques, permettant de nouvelles méthodes de recherche comme la lecture assistée par ordinateur en littérature ou la reconstruction 3D de sites archéologiques détruits.
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Le jeu vidéo comme objet sérieux : loin d’être un simple divertissement, le jeu vidéo est analysé comme un témoin de nos enjeux contemporains (représentation du genre, contrôle social) et un patrimoine fragile nécessitant des efforts d’archivage colossaux.
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L’humain au cœur du virtuel : que ce soit pour soigner le trac, mesurer la performance sportive ou imaginer la figure du cyborg, les technologies numériques servent de miroir à nos limites biologiques et à nos aspirations à l’augmentation.
Numérique et littérature : lire et écrire autrement
L’influence du numérique sur le monde des lettres se manifeste d’abord par la création de nouveaux espaces d’expression. Le prix littéraire « Le de Lier », partenariat entre l’UNIL et la Maison d’Ailleurs, encourage l’écriture de nouvelles de science-fiction. Les thématiques récurrentes de ces textes, souvent dystopiques, reflètent les angoisses actuelles liées à la dématérialisation de la conscience et au contrôle social par la technologie.
Au-delà de la création, le numérique révolutionne l’analyse textuelle. Isaac Pante explique comment la numérisation permet de « lire autrement ». En transformant les textes en code, les chercheurs peuvent visualiser des structures invisibles à l’œil nu, comme la fréquence de la ponctuation ou les réseaux d’interactions entre personnages dans une pièce de théâtre de Racine. Ces outils de « lecture distante » complètent l’approche traditionnelle en offrant une vue d’ensemble sur des masses de données textuelles (Big Data).
Enfin, l’avenir de la littérature s’écrit aussi à travers la génération automatique de textes et l’intégration du récit dans des supports interactifs comme le jeu vidéo. L’UNIL a d’ailleurs inauguré son premier cours dédié à la narration dans les jeux vidéo, marquant une reconnaissance académique de ce nouveau support littéraire.
Le jeu vidéo est un terrain d’étude privilégié pour les chercheurs de l’UNIL. Mathieu Pellet analyse la licence Assassin’s Creed comme un objet cross-média qui mélange rigueur historique et enjeux contemporains. Bien que des centaines d’historiens collaborent au réalisme des décors de la Grèce antique, certains choix (comme la possibilité de jouer une mercenaire femme) répondent à des préoccupations actuelles d’égalité des genres plutôt qu’à une stricte vérité historique.
Cette importance culturelle pose la question cruciale de la conservation. Yannick Rochat, cofondateur du GameLab UNIL-EPFL, souligne l’urgence de sauvegarder le patrimoine vidéoludique. Contrairement au cinéma, dont une grande partie des films muets a disparu, le jeu vidéo doit faire face à une obsolescence technique rapide. Des jeux sortis il y a moins de cinq ans peuvent déjà être injouables sur les systèmes actuels.
Le travail du GameLab consiste donc à inventorier les jeux vidéo suisses, à documenter l’histoire des « non-jeux » (projets inaboutis) et à sensibiliser les créateurs à l’archivage de leurs sources. Cette mission de transmission est essentielle pour que les générations futures puissent comprendre l’environnement numérique dans lequel nous avons grandi.
Médecine et société : le numérique face à l’humain
L’utilisation de la réalité virtuelle (RV) ouvre des perspectives fascinantes dans le domaine des compétences sociales. Marianne Schmid Mast démontre comment des avatars virtuels peuvent aider à surmonter la peur de parler en public. En simulant des situations de stress sur mesure (public qui s’endort, peur du vide ajoutée), la RV permet un entraînement efficace sans les contraintes logistiques d’un vrai public.
Dans le domaine du sport, Bastien Presset interroge le paradoxe de la numérisation de l’activité physique. Si les applications de comptage de pas peuvent motiver certains individus à devenir « entrepreneurs de leur propre santé », elles peuvent aussi générer du stress et des comportements obsessionnels. De plus, ces outils risquent de creuser les inégalités de santé en ne touchant que les populations déjà sensibilisées à l’hygiène de vie.
La soirée se termine sur une réflexion philosophique et psychologique autour du cyborg. Dominique Kunz Westerhoff et Philippe Stephan analysent cette figure mi-homme mi-machine non comme une prophétie, mais comme une métaphore de notre dépendance actuelle aux interfaces. Pour l’adolescent, le cyborg représente un fantasme de toute-puissance et d’auto-engendrement, tout en étant le reflet de sa propre transformation corporelle et identitaire.
Cybersécurité et éthique : les défis du Dark Web
David-Olivier Jaquet-Chiffelle aborde la face sombre du numérique : la cybercriminalité. À travers des exemples concrets, comme une tentative d’usurpation d’identité au sein même de l’école des sciences criminelles, il rappelle que l’humain reste le maillon faible. Il démystifie également le « Dark Web », souvent imaginé comme un univers gigantesque, alors qu’il ne représente qu’une infime partie de l’internet global.
L’enjeu majeur de la cybersécurité aujourd’hui est de trouver un équilibre entre protection et respect des libertés fondamentales. Le projet européen CANVAS, auquel participe l’UNIL, vise à développer une cybersécurité éthique qui préserve la sphère privée. La conclusion est claire : au-delà des solutions techniques, c’est l’adoption d’une véritable « hygiène de vie numérique » par les utilisateurs qui permettra de minimiser les risques.