Invoquant les Pères de l’Église, le Pape François avait qualifié la monnaie « d’excrément du diable ». Aujourd’hui, comment apprécier la monnaie sur un plan philosophique, historique économique, social, politique ? Un florilège tourné dans un des anciens bastions de la monnaie.

Pour Frédéric Gros, philosophe : « Se dessine un fétichisme de l’argent que Marx illustre par une citation très fameuse du Timon de Shakespeare, dont il me revient seulement quelques extraits : « de l’or, de l’or jaune, étincelant, précieux ! Cet or fera bénir les maudits, adorer la lèpre livide, donnera aux voleurs titre, hommage et louange… ».

C’est-à-dire que, serrant entre mes mains une liasse épaisse de billets, je tiens une puissance de transformation du monde. Et je jouis de faire valser autour de moi, comme des fantômes épars, de futures acquisitions.

C’est ça l’argent, je pourrais faire ceci, avoir cela, me payer d’autres choses encore. Et l’argent ordonne cette valse de fantômes et précisément le fétichisme de l’argent, c’est une certaine jouissance qui n’est pas la jouissance de la chose parce qu’elle me correspond, parce que je la trouve belle, apaisante ou au contraire excitante, en tout cas propre à augmenter ma puissance d’agir, c’est une jouissance de la jouissance elle-même.

C’est-à-dire que ce que va chercher Marx dans le fétichisme de l’argent et dans cet ensorcellement capitaliste précisément, c’est qu’on va jouir de la jouissance elle-même. Et précisément ce qui va exciter dans l’argent en tant que tel, c’est sa puissance d’appropriation nue. C’est-à-dire non pas sa puissance d’appropriation de telle ou telle ou telle autre chose, mais sa puissance nue. On jouit de la jouissance, non plus de la réalité des choses et du monde, mais du réel même de la jouissance que plus rien ne peut venir réduire, limiter ou décevoir. »

Une série documentaire de Gérard Mordillat et Christophe Clerc (France, 2023, 12x20mn) documentaire disponible jusqu’au 07/01/2031