La Finlande est une terre de contrastes, située aux confins de l’Europe, entre la Scandinavie et la Russie. Ce pays se distingue par une identité forgée au cœur de paysages où l’eau des innombrables lacs et le vert des forêts boréales s’entremêlent perpétuellement. Avec trois quarts de son territoire recouverts de bois, elle est la nation la plus boisée du continent européen.

L’histoire géologique de ce pays est marquée par les glaciers qui, en se retirant, ont laissé derrière eux des formations uniques comme les eskers, ces digues naturelles qui furent longtemps les seuls passages à travers les marécages. Aujourd’hui, cette nature sauvage reste le sanctuaire de grands prédateurs et le moteur d’un mode de vie tourné vers la préservation et la spiritualité.

Ce qu’il faut retenir

  • Une symbiose culturelle et spirituelle : pour les Finlandais, la nature n’est pas un simple décor mais un prolongement d’eux-mêmes. La forêt est souvent comparée à une église, offrant un sentiment de paix et de connexion spirituelle hérité de croyances préchrétiennes.

  • La préservation des écosystèmes fragiles : qu’il s’agisse de la protection de l’ours brun, de la restauration des rivières pour les poissons migrateurs ou de la gestion des tourbières (véritables puits de carbone), le pays fait face aux défis climatiques en s’appuyant sur la science et l’activisme local.

  • Un art de vivre ancré dans les ressources locales : de la gastronomie sauvage au « Land Art », en passant par la construction traditionnelle de bateaux en bois de pin, les Finlandais valorisent un savoir-faire éthique et durable qui refuse le consumérisme de masse.

L’identité finlandaise née de la forêt et des eaux

L’identité finlandaise est indissociable de son relief sculpté par l’ère glaciaire. Les forêts de pins et d’épicéas, particulièrement denses à l’est vers la frontière russe, constituent l’habitat naturel des grands carnivores. Le documentaire nous présente Kari Kemppainen, photographe animalier, qui consacre sa vie à observer plutôt qu’à chasser.

Kari explique que pour ses ancêtres, l’ours était une divinité. Bien que le christianisme ait modifié les croyances, il cherche à retrouver ce côté sacré en traitant les animaux comme des individus à part entière. Il refuse de chasser l’ours, le considérant comme un membre de sa propre famille.

Son travail vise à sensibiliser le public sur l’urgence de protéger ces espèces. Pour lui, chaque être vivant, du plus petit oiseau au plus grand prédateur, possède une valeur intrinsèque égale. Sa démarche est un témoignage de la transition d’un peuple de chasseurs vers un peuple de gardiens de la biodiversité.

La rivière comme temple et chemin de guérison

Malgré l’urbanisation, les Finlandais restent le « peuple de l’eau ». La pêche n’est pas un simple loisir, mais une immersion totale dans la nature. Marie, infirmière et thérapeute, illustre cette connexion à travers la pêche à la mouche dans les rapides de la rivière Kesankijoki.

Après un grave accident de voiture ayant causé une lésion cérébrale, Marie a trouvé dans la pêche un moyen de rééducation. La concentration nécessaire pour « lire » la rivière et décoder le comportement des poissons l’a aidée à retrouver son équilibre. Elle transmet désormais ces bienfaits à ses patients handicapés.

Cependant, elle est aussi une militante inquiète. Elle dénonce l’impact des barrages industriels sur les poissons migrateurs, qui ne peuvent plus remonter les rivières pour frayer. Marie souligne que la santé des poissons est le baromètre de la santé de la planète, un cycle vital qui soutient même les grands prédateurs terrestres.

Une gastronomie sauvage et sensorielle

Dans l’archipel de Vaasa, le chef Ossi Paloneva incarne le renouveau de la cuisine finlandaise. Pour lui, la nature est un garde-manger infini où chaque plante peut provoquer des émotions intenses. Il utilise des ingrédients comme la reine-des-prés ou les pousses de sapin pour recréer des souvenirs d’enfance.

Autodidacte, Ossi rejette les codes de la haute gastronomie française traditionnelle et coûteuse. Il préfère une cuisine végétale, saine et éthique, accessible aux gens ordinaires. Son approche est une forme de rébellion contre le gaspillage et l’élitisme culinaire.

Il rappelle que la cueillette des baies et des champignons est un droit ancestral en Finlande (le droit d’accès à la nature). Cette tradition connaît un regain d’intérêt chez les jeunes générations qui cherchent à se nourrir de manière écologique et locale, loin des circuits industriels.

La reconnexion radicale et l’esprit du sauna

Osma Noarinen, auteur et guide, propose une réflexion plus philosophique sur notre place dans l’environnement. Il estime que le consumérisme industriel nous a séparés de notre corps et de la Terre. Pour lui, la destruction de la nature est une forme d’autodestruction.

Osma organise des retraites pour aider les citadins à ressentir à nouveau les éléments : le froid, la pluie, la chaleur. Il utilise le sauna, pilier de la culture finlandaise, comme un outil de fusion entre le corps et l’esprit. C’est un espace sacré où l’on peut exister pleinement.

Sa philosophie repose sur la gratitude et le respect. Il demande la permission à la forêt avant d’y entrer et remercie les lacs. Cette vision holistique est présentée comme la seule solution viable pour sortir de la détresse écologique actuelle et retrouver une harmonie durable.

La science au service de l’atmosphère

À la station de recherche de Hyytiälä, le professeur Markku Kulmala étudie les interactions complexes entre la forêt et le climat. Grâce à plus de 1 200 variables mesurées, ses équipes ont découvert que les forêts ne sont pas seulement des puits de carbone.

Les arbres produisent des particules fines qui favorisent la formation de gouttelettes de pluie. Ce phénomène contribue activement à refroidir l’atmosphère. La forêt agit donc comme un régulateur thermique naturel, nous offrant un répit précieux face au réchauffement climatique.

Markku insiste sur l’importance de limiter les incendies de forêt, qui rejettent massivement du CO2 et de la suie. Il prône une gestion durable des sols agricoles et forestiers pour maximiser leur capacité de stockage, affirmant que la nature possède les solutions si l’homme apprend à l’assister intelligemment.

L’art et la tradition dans les archipels

L’artiste Anna Reivilä utilise le « Land Art » pour explorer le lien entre l’homme et le paysage. Elle place des pierres en papier mâché ou utilise des cordes et des nœuds, inspirés de traditions japonaises et de sa propre expérience de navigatrice, pour souligner le caractère sacré de certains lieux.

Ses œuvres sont éphémères, destinées à être reprises par la nature. Seule la photographie permet d’immortaliser ces moments d’interaction. Anna voit la nature comme une hôtesse qui l’invite, refusant toute posture de domination de l’artiste sur son environnement.

Parallèlement, sur la côte ouest, le chantier naval de Jakobstad perpétue la construction de bateaux en bois. Johann et Fredrik travaillent le pin local avec passion. Construire un voilier en bois, c’est utiliser une ressource renouvelable pour naviguer en harmonie avec le vent et les courants, un savoir-faire qui traverse les siècles.

L’harmonie pastorale dans les îles

Enfin, le documentaire nous emmène sur l’île de Kirjala, où Eky et Jill élèvent des moutons de race finnoise. Leur vie est rythmée par les besoins du troupeau, qu’ils transportent en bateau d’île en île pour entretenir les paysages et préserver la biodiversité.

Jill transforme la laine en tricots et fourrures, utilisant chaque morceau pour minimiser les déchets. La laine finnoise, célèbre pour sa palette de couleurs naturelles, est un matériau durable qui se décompose sans polluer. Leur travail illustre une économie circulaire parfaite, respectueuse de l’animal et de la terre.

Leur chien de berger, Opa, est un partenaire essentiel avec lequel Eky communique par sifflements. Cette collaboration inter-espèces symbolise l’idéal finlandais : une vie simple, laborieuse mais gratifiante, où l’homme, l’animal et la nature ne forment qu’un seul et même ensemble cohérent.