Dans cet épisode du podcast Les Baladeurs, le marcheur au long cours Mehdi Debbrah raconte son périple exceptionnel de 4 000 kilomètres à travers la France, la Suisse, l’Italie, la Tunisie et l’Algérie.
À la suite du décès soudain de son père, il choisit de transformer son deuil en une aventure humaine, caritative et intime. Il s’élance sur les routes pour aller à la rencontre de son grand-père installé dans la banlieue d’Alger, tout en collectant des fonds pour la construction de châteaux d’eau.
Ce qu’il faut retenir
Le décès brutal de son père a agi comme un déclic en lui faisant prendre conscience de la fragilité de l’existence. Cette marche est devenue une démarche cathartique pour traverser la douleur de la perte.
L’aventure a dépassé le cadre individuel pour prendre une véritable dimension solidaire. Grâce à un engouement massif sur les réseaux sociaux, la cagnotte a permis de financer plusieurs châteaux d’eau et des distributions alimentaires.
Découper un objectif titanesque en petites étapes quotidiennes rend l’impossible réalisable. La marche enseigne la patience, la résilience et la beauté des rencontres fortuites.
L’origine du voyage et l’appel de la marche
Mehdi Debbrah n’en est pas à son premier essai. Il a déjà arpenté des milliers de kilomètres entre différentes capitales européennes.
Ces longues pérégrinations sont pour lui le meilleur moyen d’échapper à la routine quotidienne. Elles lui permettent de devenir une meilleure version de lui-même tout en se réalisant personnellement.
Le décès de son père bouleverse totalement ses priorités. Il décide de mettre de côté sa recherche de stabilité professionnelle pour se consacrer immédiatement à ce grand défi. Il souhaite ainsi honorer la mémoire de son père en collectant des fonds pour une association humanitaire. La création d’une source d’eau potable représente une action durable et bienveillante en souvenir du défunt.
Le départ et les premières étapes françaises
Quitter ses proches suscite un sentiment mitigé entre culpabilité et besoin impérieux de partir. La peur de laisser sa mère seule s’efface progressivement devant la confiance qu’elle lui accorde.
Le départ effectif s’effectue depuis la gare de Melun. Filmant son annonce sur un quai de bus sous le regard intrigué des passants, il réalise la folie apparente du projet.
Son sac à dos de 50 litres contient tout son matériel de survie. Sa tente, sa popote et un panneau solaire lui garantissent une autonomie minimale. Un écriteau accroché à son équipement indique clairement son itinéraire, suscitant la curiosité et amorçant le dialogue avec les personnes croisées en chemin.
La traversée de la Suisse et le passage des Alpes
Le tracé rejoint la Via Francigena, un célèbre chemin de pèlerinage médiéval. L’arrivée sur des sentiers de randonnée améliore grandement le moral du marcheur en l’éloignant des grands axes routiers.
Les paysages suisses offrent des moments de contemplation apaisants. Les bords du lac Léman constituent un cadre parfait pour le bivouac et les baignades matinales.
Le franchissement du col du Grand-Saint-Bernard représente le premier obstacle physique majeur. Entre le dénivelé important et la proximité des neiges éternelles, l’effort requis est intense mais gratifiant. La bascule vers le versant italien marque une première victoire importante dans ce périple.
La longue traversée de la botte italienne
S’adapter à la vie quotidienne sur la route nécessite d’instaurer un rythme souple mais rigoureux. Les journées s’articulent entre la marche, les prières, les échanges en direct sur les réseaux sociaux et la gestion du campement.
Chaque soir, la préparation du repas sous la tente donne lieu à des moments de partage virtuels avec une communauté grandissante. Ces interactions soutiennent le moral malgré la fatigue physique accumulée.
Le succès de la cagnotte solidaire dépasse toutes les attentes initiales. L’atteinte rapide des objectifs financiers permet d’engager la construction de plusieurs châteaux d’eau en Afrique, offrant un surplus de motivation pour continuer à avancer.
Les imprévus du parcours mettent parfois la vie du marcheur en danger. Lors d’une traversée de rivière au courant violent, il doit faire preuve d’ingéniosité en transformant son sac en bouée improvisée. Accueilli ensuite par un couple d’habitants, il apprend avec émotion que le père de son hôte s’était autrefois noyé dans cette même rivière.
La traversée du pays s’effectue dans un climat d’entraide chaleureux. La barrière de la langue s’efface rapidement au profit de la langue des signes et de la bienveillance des rencontres quotidiennes.
Les orages violents en cours de route rappellent la vulnérabilité de l’homme face aux éléments. Passer une nuit entière prostré dans une tente trempée sous les éclairs enseigne l’humilité et la prudence.
L’arrivée à Rome constitue la moitié du chemin parcouru. Cette étape importante permet de recharger les batteries, de nettoyer le matériel et d’alléger le sac à dos chez des proches avant de s’attaquer aux fortes chaleurs du Sud.
Le passage le long de la côte calabraise réserve d’ultimes frayeurs. Coincé sur un sentier escarpé soumis aux éboulements de roches, il doit abandonner temporairement son sac pour escalader une paroi et trouver une voie de sortie sécurisée.
L’arrivée en Afrique du Nord et l’étape tunisienne
La traversée maritime en direction de Tunis marque un changement de continent très attendu. L’angoisse des contrôles douaniers laisse place à un soulagement immense une fois sur le sol africain.
Sur place, la mobilisation solidaire se poursuit avec l’organisation de distributions alimentaires financées par la cagnotte. La rencontre avec les équipes humanitaires concrétise les efforts fournis depuis le départ.
Le parcours à travers l’ouest tunisien traverse des zones particulièrement arides. La chaleur étouffante, la rareté des points d’eau et la présence de chiens errants rendent la progression éprouvante. La générosité d’un habitant partageant son eau congelée devient un souvenir inestimable.
L’entrée en Algérie et le pèlerinage émotionnel
Le passage de la frontière algérienne suscite une vive émotion. Être la seule personne à se présenter à pied devant les douaniers provoque d’abord la surprise, puis un accueil chaleureux.
Les premiers pas sur la terre des ancêtres déclenchent des larmes de soulagement. La présence massive des drapeaux tout au long des routes rappelle constamment le terme imminent du voyage.
La traversée de la ville d’Annaba apporte une révélation inattendue. En apprenant que son grand-père paternel y repose, Mehdi choisit de se recueillir sur sa tombe en toute intimité, coupant momentanément ses communications sur les réseaux sociaux.
Découvrir les paysages de la côte algérienne à pied offre une perspective unique sur le pays. La médiatisation grandissante transforme ce périple en une véritable fierté nationale relayée par les médias locaux.
L’arrivée à Alger et les retrouvailles familiales
Les derniers kilomètres avant l’arrivée sont les plus difficiles à négocier sur le plan mental. La fatigue accumulée et l’anticipation de la fin créent un sentiment de décalage et de vertige intérieur.
Accompagné par quelques proches et journalistes, il parcourt les ultimes kilomètres dans une atmosphère empreinte de pudeur et de retenue.
La rencontre avec son grand-père au bas de l’immeuble familial marque l’aboutissement de cet immense voyage. L’étreinte sincère et les mots de fierté prononcés par son aïeul apportent la plus belle des récompenses à ces mois d’efforts.
Ce pèlerinage pédestre aura permis de transformer le deuil en un chemin d’apprentissage. En découpant une montagne en une série de petits pas, la marche prouve qu’il est possible de surmonter les épreuves les plus sombres de l’existence.