Nnous suivons le rythme de vie d’une population qui habite des villages perchés à près de 4 000 mètres d’altitude, là où l’air est rare et les conditions climatiques extrêmes. Le récit se concentre particulièrement sur la relation spirituelle et utilitaire que les habitants entretiennent avec leurs montures, considérées comme des divinités.

Le film documente avec précision les préparatifs et le déroulement du festival de Yartung, une célébration de trois jours marquant la fin de l’été. C’est un moment de ferveur où les chevaux, d’ordinaire voués aux travaux des champs et au transport de charges, sont honorés et parés de leurs plus beaux atours.

Cependant, au-delà des festivités, la réalité de l’hiver approche, imposant une migration périlleuse vers le sud pour protéger les animaux des rigueurs du froid et du manque de nourriture.

Ce qu’il faut retenir

  • Le cheval est une figure sacrée et indispensable: au Mustang, il n’est pas qu’un outil de travail, mais une divinité dont la possession est censée apporter succès et longévité à la famille.

  • La migration hivernale est une stratégie de survie: chaque année, les éleveurs parcourent des centaines de kilomètres pour descendre les troupeaux vers des terres plus clémentes, comme Pokhara, afin d’éviter qu’ils ne meurent de faim ou de froid.

  • La modernité menace les traditions millénaires: l’arrivée des routes, des jeeps et d’internet transforme radicalement le mode de vie des jeunes générations, réduisant progressivement le nombre de chevaux au profit des véhicules motorisés.

L’été au Mustang et le festival de Yartung

Dans la capitale historique de Lo Manthang, l’été est une période d’activité intense où les chevaux et les mules travaillent sans relâche pour l’agriculture ou le tourisme de trek. Le festival de Yartung vient clore cette saison par trois jours de célébrations dédiés successivement à la famille royale, aux femmes et enfin aux moines. Durant cette période, les lamas bénissent chaque demeure et les familles se retrouvent autour de repas généreux et de Chang, un alcool local à base d’avoine.

Le cheval occupe le centre de toutes les attentions: il est soigné par des vétérinaires traditionnels utilisant des méthodes de saignée millénaires et paré de selles incrustées d’argent et d’or. Les cavaliers s’affrontent lors de courses de trot spectaculaires et de jeux d’adresse, comme le ramassage de « katas » (écharpes de bénédiction) au sol en pleine course. Ces rituels renforcent le lien communautaire et rappellent l’importance historique de cet animal dans la culture tibétaine.

La médecine traditionnelle et le savoir ancestral

Le documentaire met en lumière des personnages comme Tactou, un vétérinaire qui refuse l’usage de médicaments modernes, préférant des outils chirurgicaux anciens transmis par le roi lui-même. Il examine la morphologie des chevaux avec une précision d’orfèvre, privilégiant la solidité des sabots et l’alignement des oreilles. Parallèlement, Katsoista, le chef du village et médecin traditionnel (Amchi), soigne les hommes grâce aux plantes ramassées dans les montagnes après un diagnostic complexe basé sur la prise du pouls.

Ce savoir ancestral est aujourd’hui en péril: de nombreux habitants vendent leurs selles traditionnelles aux touristes, et les jeunes, comme Tashi, partent étudier à Katmandou. Si Tashi revient pour aider sa région à progresser, il témoigne de la dureté de la vie passée, marquée par le froid extrême, la peau brûlée par la neige et l’absence de soins médicaux modernes. La transition entre le respect des traditions et le confort de la modernité est au cœur des préoccupations des familles.

La grande migration vers les terres du sud

À l’approche de novembre, la neige recouvre les sommets et le gel devient intense. Une grande partie de la population déserte Lo Manthang pour rejoindre le sud ou Katmandou, laissant derrière elle une personne par famille pour garder les maisons. C’est le signal du départ pour la migration des chevaux: les éleveurs sélectionnent les montures capables de supporter le voyage et le maréchal-ferrant s’assure que chaque animal possède des fers en bon état pour affronter les pistes rocailleuses.

Le voyage dure entre six et sept jours: les « horsemen » dirigent les ordes au son de sifflets spécifiques pour les faire avancer, s’arrêter ou boire. Le parcours traverse des cols à plus de 4 500 mètres d’altitude, longeant des précipices vertigineux et des falaises habitées par des vautours. Les hommes se nourrissent de viande de yak séchée et de fromage de chèvre, dormant dans des refuges de fortune tout en priant pour que la neige ne rende pas les sentiers impraticables.

L’impact de la modernité sur l’avenir du Mustang

L’arrivée progressive des pistes carrossables change la donne: certains choisissent désormais de faire voyager leurs bêtes en camion ou de se déplacer en 4×4. Les chiffres sont éloquents: il y a quelques années, des centaines de chevaux migraient, contre quelques dizaines aujourd’hui. Le métier de marchand de chevaux décline également, comme en témoigne l’oncle de Tashi qui voit ses ventes annuelles diminuer de moitié au fil des ans.

Malgré cette évolution technologique, les habitants restent convaincus que le cheval ne disparaîtra jamais totalement. En haute altitude, là où les machines s’essoufflent et où les sentiers se font trop étroits, l’animal reste le seul capable de rendre service. Pour le peuple du Mustang, le cheval n’est pas seulement un moyen de transport, c’est une part de leur âme et de leur héritage culturel qu’ils s’efforcent de préserver, même dans un monde qui s’accélère.