Cette conférence réunit les réflexions d’André Brack, astrobiologiste et directeur de recherche honoraire au CNRS d’Orléans, sur les mécanismes ayant permis le passage du minéral au vivant.

À travers un parcours mêlant chimie prébiotique, géologie et exploration spatiale, le chercheur retrace l’épopée des molécules organiques et s’interroge sur la présence d’une vie extraterrestre.

Ce qu’il faut retenir

L’émergence de la vie terrestre repose sur l’association indissociable de l’eau liquide et de la chimie du carbone, deux éléments qui ont fourni le cadre réactif et la flexibilité structurale indispensables au vivant.

Les briques de la matière vivante ne proviennent pas uniquement de réactions terrestres : une quantité considérable de molécules organiques et d’acides aminés a été apportée directement par la tombée de comètes et de micrométéorites.

La recherche de la vie extraterrestre privilégie l’exploration de corps célestes comme Mars ou certaines lunes glacées, tout en développant la détection de signatures biologiques dans l’atmosphère des exoplanètes.

Qu’est-ce que la vie ?

Définir le vivant exige de poser des critères chimiques stricts. Un système vivant constitue un système ouvert, capable de recevoir de l’énergie et des ingrédients pour assurer sa propre reproduction ainsi que son évolution.

Cette vision scientifique écarte certaines entités de la qualification de vivant. Les virus manquent d’autonomie et dépendent des cellules hôtes pour se multiplier. Les cristaux transmettent une information structurale mais ne s’adaptent pas. Les hybrides stériles, à l’image du mulot ou du mulet, ne créent aucune filiation continue.

Sur Terre, l’aventure biologique a débuté dans les océans il y a environ quatre milliards d’années. Ce départ a exigé le concours de l’eau liquide et d’une chimie fondée sur l’atome de carbone.

L’eau et le carbone : deux ingrédients indispensables

L’eau agit comme un solvant, mais elle participe aussi directement aux réactions chimiques. Sa présence sous forme liquide s’explique par la taille de la Terre et sa gravité, capable de retenir une atmosphère protectrice. Sa distance par rapport au Soleil garantit une température clémente.

Les analyses de rapport isotopique révèlent l’origine de cette eau. Les micrométéorites et certaines comètes issues de la ceinture de Kuiper ont largement contribué à remplir les bassins océaniques primitifs.

Le carbone s’impose par sa capacité à former quatre liaisons stables. Cette tétravalence permet de bâtir des molécules complexes et tridimensionnelles. Le silicium, bien que tétravalent et plus abondant dans la croûte terrestre, forme des liaisons plus faibles et une chimie nettement moins variée.

Les trois filières de la chimie du carbone

Trois origines potentielles s’offrent aux molécules organiques prébiotiques : l’atmosphère, les sources hydrothermales et le milieu extraterrestre.

L’expérience historique de Stanley Miller en 1953 a reconstitué la synthèse d’acides aminés à partir de gaz soumis à des décharges électriques. Cependant, la Terre primitive possédait une atmosphère dominée par le dioxyde de carbone, un milieu bien moins propice à ces synthèses qu’un mélange riche en méthane.

Les sources hydrothermales des fonds océaniques offrent de l’énergie et des minéraux. Toutefois, les échantillons d’acides aminés collectés au niveau des fumeurs noirs montrent une pureté chirale qui signale une contamination biologique moderne plutôt qu’une synthèse abiotique originelle.

La piste extraterrestre reste la plus solide. La météorite de Murchison contient plus de 70 acides aminés. De vastes quantités de matière carbonée sont arrivées sur Terre via un intense bombardement de micrométéorites et de poussières cométaires.

Recréer la vie en tube à essai

Les chercheurs tentent de reconstituer des systèmes autocatalytiques capables d’évoluer. Si les chaînes de phospholipides pour les membranes s’assemblent aisément, la formation spontanée de l’ARN reste une énigme difficile à résoudre.

Les variations de température des fonds marins aident la polymérisation des acides aminés. Des cycles de chauffage et de refroidissement permettent d’assembler de petits peptides sans recourir à des réactifs chimiques complexes.

La fixation de molécules sur des surfaces minérales réduit les degrés de liberté moléculaires. Cette chimie sur roches favorise les rencontres et accélère les réactions indispensables à l’organisation prébiotique.

Découvrir la vie extraterrestre dans le système solaire

Mars demeure la cible prioritaire pour la recherche de traces biologiques passées. La planète rouge a conservé d’anciens lits de rivières et des dépôts d’argile qui témoignent d’un passé aquatique durable.

Contrairement à la Terre, Mars n’a pas subi de tectonique des plaques destructrice ni d’érosion biologique. Ses sédiments anciens peuvent conserver des microfossiles préservés de l’activité biologique ultérieure.

D’autres corps du système solaire éveillent l’intérêt des exobiologistes. Europe, lune de Jupiter, abrite un vaste océan sous sa couche de glace. Titan, satellite de Saturne, possède une atmosphère riche en molécules organiques et des lacs de méthane liquide.

Détecter des signatures biologiques sur les exoplanètes

Au-delà de notre système solaire, la découverte de plus de mille exoplanètes confirme l’universalité des composants de la vie. L’eau et les molécules carbonées se retrouvent en abondance dans le milieu interstellaire.

La recherche se concentre sur les planètes situées dans la zone d’habitabilité de leur étoile. Dans ces régions, la température permet à l’eau de rester liquide à la surface.

La présence de vie sur ces mondes lointains se révélera par l’analyse spectroscopique de leur atmosphère. La détection simultanée de vapeur d’eau, de dioxyde de carbone et d’ozone constituerait un indice très fort d’une activité biologique permanente.