52 min •
Ce docu n'a pas de note

Comment, par un acte de résistance méconnu, un groupe de républicains espagnols déportés à Mauthausen, en Autriche, a sauvé de la destruction des milliers de photographies prises dans le camp par les SS, dans le but de révéler au monde l’horreur du système concentrationnaire nazi.

Le 28 janvier 1946, un Espagnol de 25 ans, Francisco Boix, s’avance à la barre du Tribunal militaire international de Nuremberg, devant lequel comparaissent vingt-quatre dignitaires nazis accusés de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Pour étayer le récit de sa détention au camp de concentration de Mauthausen, parmi les plus durs du Troisième Reich, le jeune homme a apporté des preuves visuelles : des clichés pris par les SS, qui documentent la construction du camp au lendemain de l’Anschluss, en 1938, les visites officielles des responsables nazis (dont Albert Speer, ministre de l’Armement, qui prétendait ne s’être jamais rendu dans un camp) ou encore les « morts non naturelles » – appellation désignant dans la majorité des cas des meurtres déguisés en suicides ou en tentatives d’évasion réprimées. Mais comment ces images sont-elles arrivées jusqu’à Nuremberg ? Déporté à Mauthausen en janvier 1941, Francisco Boix a échappé à l’enfer des carrières de granit grâce à ses compétences de photographe. Affecté au service d’identification du camp, il développe et classe les clichés des SS. Conscient de tenir là, fixées sur pellicule, la preuve des atrocités commises et l’identité des bourreaux, Boix convainc le groupe de résistants communistes espagnols qui s’est formé à l’intérieur du camp de subtiliser des négatifs, qu’ils cousent en petits paquets dans leurs uniformes et cachent partout où ils le peuvent. À l’approche des troupes soviétiques, les prisonniers prendront le risque d’exfiltrer leur butin chez une habitante de Mauthausen, avec l’aide des jeunes Espagnols qui quittaient chaque jour le camp pour travailler à l’extérieur.

Petite et grande histoire

Émaillé d’éclairages d’historiens, d’extraits d’interviews d’anciens déportés et d’archives d’époque, dont un grand nombre d’images « volées », aujourd’hui conservées à Barcelone, Vienne et Paris, ce documentaire retrace, au travers de la destinée de Francisco Boix – devenu photographe pour la presse communiste à Paris avant son décès en 1951 –, l’histoire du camp de Mauthausen, de la résistance espagnole en son sein, forgée dans les combats de la guerre civile, et de l’incroyable opération de sauvetage qu’elle a mise sur pied.

Documentaire de Barbara Necek disponible jusqu’au 26/03/2022.