Cette conférence, tenue au Muséum national d’Histoire naturelle par Jean-Louis Chapuis, expert des rongeurs, traite de la problématique croissante des espèces d’écureuils exotiques introduites en France.
L’intervention détaille comment ces espèces, souvent perçues comme sympathiques, deviennent des menaces réelles pour la biodiversité locale, l’économie forestière et la santé publique. L’exposé s’articule autour de trois espèces majeures : l’écureuil gris, le tamia de Sibérie et l’écureuil de Pallas.
Résumé des points abordés
Ce qu’il faut retenir
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Impact sur la biodiversité : les espèces exotiques envahissantes constituent la deuxième cause d’érosion de la biodiversité mondiale. En Europe, elles entrent en compétition directe avec notre écureuil roux autochtone, allant jusqu’à provoquer sa disparition locale par compétition alimentaire ou transmission de pathogènes.
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Risque sanitaire majeur : le tamia de Sibérie (ou écureuil de Corée) joue un rôle de réservoir amplificateur pour la maladie de Lyme. Sa présence en forêt multiplie par huit le nombre de tiques infectées par les bactéries Borrelia, augmentant ainsi considérablement le risque pour les promeneurs.
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Évolution de la législation : depuis 2016, un règlement européen strict interdit la vente, l’élevage et le transport de ces espèces préoccupantes. En France, la gestion repose désormais sur l’interdiction de nouvelles introductions et le contrôle, parfois par élimination, des populations déjà installées pour protéger l’écureuil roux.
Définition et cadre des invasions biologiques
Une espèce exotique envahissante se définit par son introduction par l’homme hors de son aire naturelle et par les impacts négatifs qu’elle génère. Ces impacts peuvent être d’ordre écologique, économique ou sanitaire.
Le chercheur précise que le changement climatique agit souvent en synergie avec ces invasions, facilitant l’établissement de nouvelles espèces. L’Union européenne a listé 49 espèces préoccupantes, dont quatre types d’écureuils, imposant aux États membres des obligations de surveillance et d’intervention.
En France, seuls l’écureuil roux et la marmotte sont indigènes parmi la famille des Sciuridés. Les autres espèces présentes résultent d’introductions volontaires pour l’ornementation ou fortuites via le commerce des animaux de compagnie.
L’écureuil gris : le cas britannique et italien
L’écureuil gris, originaire d’Amérique du Nord, a presque totalement évincé l’écureuil roux en Grande-Bretagne. Ce remplacement n’est pas dû à des combats physiques, mais à une supériorité biologique et alimentaire.
L’écureuil roux cesse de se reproduire en cas de forte densité ou de pénurie de nourriture. À l’inverse, l’écureuil gris continue de procréer tant qu’il trouve des ressources, accaparant les glands et fruits au détriment du roux.
En Italie, l’expansion de l’écureuil gris menace désormais la France. Des tentatives d’éradication ont échoué à cause de recours juridiques d’associations de défense des animaux, laissant l’espèce coloniser des territoires désormais trop vastes pour être totalement contrôlés.
Le tamia de Sibérie et la maladie de Lyme
Le tamia de Sibérie, vendu massivement dans les animaleries sous le nom d’écureuil de Corée, est une espèce terrestre vivant dans des terriers. Il s’est parfaitement acclimaté aux forêts d’Île-de-France.
Sa particularité biologique est sa stratégie d’hibernation : il stocke des réserves dans son terrier et se réveille régulièrement pour manger. En cas de mauvaise fructification forestière à l’automne, la mortalité hivernale peut atteindre 70 % de la population.
L’impact le plus inquiétant du tamia est sanitaire. Contrairement aux mulots qui portent peu de tiques, un seul tamia peut héberger plusieurs centaines de nymphes de tiques. Il est un réservoir très efficace des bactéries responsables de la maladie de Lyme, augmentant la dangerosité des zones forestières infestées.
L’écureuil de Pallas : une menace pour le sud de la France
L’écureuil de Pallas, ou écureuil à ventre rouge, est installé dans les Alpes-Maritimes et vers Istres. Contrairement au tamia, il est arboricole et cause des dégâts économiques visibles.
Il écorce les arbres, ce qui déprécie la valeur du bois, et ravage les vergers de particuliers. Sa voracité pour les fruits verts empêche les résidents de récolter leurs propres productions, ce qui a facilité l’acceptation des plans de contrôle par le public.
À Antibes, un plan national de contrôle a été mis en place dès 2012. L’objectif est de limiter son expansion vers le reste du territoire, bien que des déplacements volontaires par des citoyens mal informés compliquent la tâche des scientifiques.
Gestion et rôle du public
La gestion actuelle repose sur une veille constante. Le chercheur insiste sur le fait qu’il est crucial d’intervenir dès l’apparition des premiers individus pour éviter l’installation de populations permanentes.
Le site « Écureuils en France » permet aux citoyens de signaler leurs observations. Cette science participative est essentielle car le public, fort de millions d’observateurs potentiels, est le premier à détecter les nouvelles introductions.
Enfin, l’exposé se termine sur une note critique concernant le commerce en ligne. Malgré les interdictions en animalerie, des vides juridiques permettent encore la vente de certaines espèces exotiques sur internet, ce qui représente un risque permanent de nouveaux lâchers dans la nature.