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De l’Antiquité jusqu’à nos jours, le dense récit de deux millénaires d’intolérance et de persécution à l’égard des juifs, étayé par les éclairages passionnants d’une pléiade de chercheurs. Épisode 3 : sous l’influence des révolutionnaires français, de nombreux juifs accèdent à la citoyenneté en Europe. Mais l’essor industriel amène de nouvelles formes d’hostilité.

Le poids de la religion diminuant, l’antisémitisme s’appuie désormais sur des théories raciales. Les juifs servent aussi de bouc émissaire à un courant socialiste populiste qui réactive le cliché moyenâgeux du « juif homme d’argent » et leur impute la misère ouvrière. Sous l’impulsion du journaliste Theodor Herzl émerge le mouvement sioniste et la revendication d’un État refuge. En 1903, le pogrom russe de Kichinev indigne la communauté internationale. Le XXe siècle est aussi marqué par l’avènement du régime hitlérien, à la doctrine ouvertement antisémite.

Instrumentalisation

Fondée sur les travaux de nombreux chercheurs – historiens, théologiens, islamologue, psychanalyste, anthropologue… –, cette traversée de deux millénaires d’antisémitisme impressionne par sa riche iconographie, son érudition et sa densité. Elle accable aussi, tant l’histoire se répète. Aux brèves accalmies (la période Al-Andalus, la Pologne des XVIe et XVIIe siècles…) succèdent des torrents de haine, le fléau voyageant à travers l’Europe. Battant en brèche l’idée d’un rejet immémorial, la série montre par quels ressorts l’antisémitisme, instrumentalisé pour des raisons religieuses, politiques ou économiques, s’est construit et recyclé à travers le temps. Les nazis ont par exemple puisé dans l’imagerie moyenâgeuse pour stigmatiser leurs contemporains. Mais ces persécutions ont paradoxalement renforcé l’existence de la communauté juive, qui s’est structurée à force d’être ramenée à une identité fantasmée. Cette histoire des discriminations est donc aussi celle d’une émancipation et d’une résistance, des protestations du philosophe Philon au Ier siècle à l’épithète rageuse de Robert Badinter (interviewé dans la série) contre le négationniste Robert Faurisson, qualifié de « faussaire de l’histoire », en passant par le poème du Russo-Israélien Haïm Bialik en réaction au pogrom de Kichinev de 1903. Cette œuvre littéraire, pour une fois suivie d’effet, exhortait les juifs à « se réveiller » et provoqua un exode massif vers des terres plus hospitalières.

Série documentaire de Jonathan Hayoun et Judith Cohen Solal disponible jusqu’au 11/06/2022.