Dans cet échange passionnant issu du podcast Extraterrien, le célèbre traileur Mathieu Blanchard partage les coulisses d’un défi personnel de taille : s’attaquer au mythique GR20 en Corse. Loin de sa recherche habituelle de records chronométrés, l’athlète aborde ce projet sous l’angle de la pure aventure et de l’optimisation logistique.

Il y dévoile sa vision de l’entraînement, sa passion pour le matériel technique et sa quête de minimalisme pour évoluer sur l’un des sentiers les plus exigeants d’Europe.

Ce qu’il faut retenir

L’approche de Mathieu Blanchard repose sur une philosophie claire de l’effort et de la préparation en montagne :

  • Le défi de l’autonomie totale impose une équation complexe entre le poids du matériel et le niveau de confort acceptable.
  • Le seuil critique des huit kilos sur le dos ne doit pas être dépassé pour conserver une foulée fluide et courir efficacement sur terrain technique.
  • La gestion des ressources naturelles comme l’eau repose sur un filtrage mécanique systématique pour éviter les produits chimiques et les troubles gastriques.

L’équation du matériel et de l’autonomie totale

Aborder le GR20 en autonomie totale demande une rigueur scientifique. Mathieu Blanchard souhaite réaliser ce parcours sur une durée très courte, estimée à trois ou quatre jours.

Cette rapidité impose de porter l’intégralité de sa nourriture et de son matériel de couchage. Le poids devient alors le pire ennemi du coureur.

Pour résoudre ce problème, l’athlète se qualifie volontiers de passionné de matériel technique. Il aime collaborer avec des équipes d’ingénieurs pour concevoir, tester et repousser les limites des produits modernes.

Il détaille notamment les trois philosophies de couchage qui s’offrent aux adeptes du fast packing. La première option est la tente ultra-légère conçue avec des matériaux innovants comme le Dyneema. Ce tissu permet de concevoir des abris à simple paroi extrêmement protecteurs pour un poids minimal de sept cents grammes.

La deuxième alternative est le tarp : il s’agit d’une simple bâche tendue entre deux bâtons de marche, dépourvue de murs et de tapis de sol. Enfin, la troisième option est le bivi.

Le bivi consiste en un sac de protection imperméable qui enveloppe directement le sac de couchage. Ce système protège efficacement contre la pluie et l’humidité du sol tout en laissant le visage à l’air libre.

Pour un périple de quelques jours, l’arbitrage se joue à quelques centaines de grammes près. L’athlète hésite encore entre la tente et le bivi pour son projet corse.

Il sait qu’une fatigue importante est tout à fait gérable sur une très courte période. En revanche, si l’aventure devait s’étaler sur une semaine ou dix jours, le confort supérieur d’une tente deviendrait indispensable pour récupérer.

Concernant le couchage au sol, le choix est déjà arrêté : ce sera un matelas gonflable ultra-léger pesant entre cent et cent cinquante grammes. Le traileur insiste sur un point technique crucial : il ne faut jamais gonfler son matelas à la bouche.

Le souffle humain injecte une grande quantité d’humidité à l’intérieur de la structure. L’eau étant vingt-cinq fois plus conductrice que l’air, un matelas gonflé à la bouche devient une source intense de froid pour l’organisme.

De plus, cette humidité stagnante favorise le développement de champignons qui dégradent prématurément le matériel. L’utilisation d’une mini-pompe électrique de quarante grammes est donc une solution indispensable.

Pour l’alimentation, le choix se porte logiquement sur les repas lyophilisés. C’est la solution qui offre le meilleur rapport entre l’apport calorique et le poids emporté.

La taille du sac à dos est également un facteur psychologique déterminant. Un grand volume pousse inconsciemment à emporter des objets superflus. Choisir volontairement un contenant plus petit oblige à se détacher du superflu pour ne garder que l’essentiel.

La gestion de l’eau en montagne et la sécurité

L’approvisionnement en eau est une question vitale en trail et en randonnée. Mathieu Blanchard partage ses recommandations basées sur sa solide expérience des sommets.

Selon lui, l’utilisation de pastilles de purification chimiques est à proscrire pour les eaux de source. Ces produits s’avèrent agressifs pour l’estomac et gâchent le plaisir de la dégustation.

Un système de filtration mécanique de l’eau s’avère amplement suffisant au quotidien. En montagne, les sources naturelles sont généralement d’une grande pureté.

L’idée reçue d’un cadavre d’animal décomposé polluant une source est souvent exagérée. Dans la nature, les prédateurs et les charognards nettoient les carcasses bien avant qu’elles ne puissent altérer la qualité de l’eau.

Le véritable danger provient des zones de pâturage, particulièrement fréquentes dans les Alpes ou en Corse durant la saison estivale. Les troupeaux de vaches et de moutons installés en altitude produisent une quantité massive d’urine et d’excréments.

Ces matières pénètrent les sols et ruissellent directement vers les points d’eau en aval. Boire cette eau sans filtration expose le coureur à de violents troubles intestinaux capables de stopper net n’importe quelle expédition.

L’utilisation systématique d’un filtre permet de s’en prémunir efficacement. En dehors de l’eau, certains équipements de sécurité restent totalement non négociables dans le fond du sac.

Une veste technique en Gore-Tex est indispensable pour affronter les crêtes ventées et les changements climatiques soudains. Une couverture de survie et une lampe frontale performante complètent ce kit de secours obligatoire qui peut littéralement sauver une vie en cas de coup dur.

Le sens de l’aventure et l’inspiration maritime

Ce projet sur le GR20 s’inscrit pleinement dans la vision de l’entraînement de Mathieu Blanchard. L’athlète refuse la monotonie des routines et des circuits répétés autour de son domicile.

Il conçoit la course à pied comme une exploration permanente. Pour ses séances de volume, il utilise des applications cartographiques afin de tracer des itinéraires inédits et d’explorer de nouveaux territoires.

Le GR20 représente pour lui un monument mythique du patrimoine de la randonnée française. Bien que de grands athlètes y détiennent des records de vitesse légendaires, sa démarche n’est pas guidée par le chronomètre.

Il souhaite avant tout découvrir ce terrain réputé si caractériel. C’est aussi l’occasion de partir à la rencontre des hommes et des femmes qui entretiennent ce sentier unique au monde.

Il rappelle d’ailleurs une règle de courtoisie essentielle : même en autonomie, il est primordial de s’arrêter dans les refuges pour échanger et consommer un produit local afin de soutenir l’économie du sentier.

En fin d’entretien, le traileur dévoile une autre facette de sa personnalité : sa passion profonde pour l’océan et le monde maritime. Il envisage d’ailleurs de passer une partie de sa vie future sur les eaux.

Il exprime son admiration pour une jeune navigatrice de vingt ans, Violette Dorange, qui prépare le Vendée Globe. Monter un tel projet en solitaire à cet âge demande un courage exceptionnel et une immense force de caractère.

Le monde de la voile, historiquement masculin, s’ouvre progressivement à de nouveaux profils inspirants. Cette ouverture fait écho aux valeurs de dépassement de soi et de reconnexion à la nature que Mathieu Blanchard incarne à travers ses propres défis en montagne.

Retrouvez l’intégralité de cet échange en consultant la vidéo originale : Mathieu Blanchard explique comment faire le GR20 en autonomie.