La conférence est introduite par Michel Sinatra et Martin Sordi, qui présentent le parcours d’Anne-Fleur Pouyat, responsable de l’édition numérique au musée d’Orsay.
Forte d’une solide expérience acquise à l’Ina.fr et au Grand Palais, l’intervenante expose la transformation éditoriale d’une grande institution patrimoniale française.
L’exposé retrace la genèse, la réflexion stratégique et la mise en œuvre pratique d’un magazine numérique conçu pour valoriser les collections muséales et rationaliser la production de contenus à l’ère digitale.
Résumé des points abordés
- Ce qu’il faut retenir
- Contexte et chiffres clés du musée d’Orsay
- L’écosystème numérique et l’organisation interne
- L’architecture technique des données
- Les enjeux éditoriaux du site web
- Genèse et objectifs du projet de magazine
- Principes fondateurs de la stratégie éditoriale
- Modèle éditorial et typologie des formats
- Organisation de la production et gouvernance
- Bilan après un an d’existence
- Conclusion
Ce qu’il faut retenir
L’essentiel de la conférence peut se résumer en 3 points majeurs:
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La centralisation des formats: le projet a permis de regrouper sur une interface unique une grande diversité de productions préexistantes (vidéos, podcasts, décryptages scientifiques) qui étaient auparavant dispersées et peu visibles pour les internautes.
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La structuration de la chaîne de production: la création du magazine a imposé une transformation managériale interne, matérialisée par la mise en place d’outils partagés et de réunions transversales qui améliorent l’anticipation éditoriale et brisent les silos entre les directions.
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L’équilibre entre rigueur scientifique et accessibilité: le magazine réussit à incarner les ambitions du musée en proposant des contenus à forte valeur académique, rédigés par des conservateurs, tout en adoptant un ton moderne, inclusif et lisible pour le grand public.
Contexte et chiffres clés du musée d’Orsay
Pour bien comprendre les enjeux de cette transition numérique, Anne-Fleur Pouyat rappelle que le musée d’Orsay est un établissement public majeur situé au cœur de Paris. Aménagé dans une ancienne gare construite pour l’exposition universelle de 1901, le musée a ouvert ses portes en 1986 et s’apprête à fêter ses 40 ans.
Ses collections nationales couvrent une période charnière de l’histoire de l’art, allant de 1848 à 1914. L’institution est mondialement célèbre pour abriter la plus riche collection de peintures impressionnistes et postimpressionnistes au monde.
Sur le plan de la fréquentation, le musée d’Orsay attire une masse considérable de visiteurs, avec 3,9 millions de personnes accueillies en 2023 et 3,7 millions en 2024, une légère baisse s’expliquant par le contexte des jeux olympiques de Paris.
Au niveau des volumes de données, les collections comptent environ 100 000 œuvres, dont 2 500 sont exposées de manière permanente dans les salles. L’écosystème numérique doit quant à lui gérer plus de 150 000 notices d’œuvres accessibles en ligne.
L’écosystème numérique et l’organisation interne
La stratégie digitale ne se limite pas à un seul site internet. L’établissement public regroupe en réalité deux musées miroirs situés de chaque côté de la Seine: le musée d’Orsay et le musée de l’Orangerie, ce dernier abritant les célèbres Nymphéas de Claude Monet et la collection Walter-Guillaume.
L’univers web géré par l’équipe se compose de quatre plateformes distinctes: le site principal du musée d’Orsay, le site du musée de l’Orangerie, un site institutionnel nommé orenet.fr, et une plateforme dédiée au jeune public appelée lespetitsmo.fr. Un cinquième site verra le jour en 2027 pour servir de portail au futur centre de ressources et de recherche.
Toute cette infrastructure est pilotée par la direction du numérique, divisée en deux entités: un pôle technique axé sur les réseaux et le matériel, et le service du développement numérique. Ce dernier est structuré en quatre pôles opérationnels.
Le premier est le pôle éditorial, dirigé par Anne-Fleur Pouyat, comprenant un rédacteur web et une apprentie. Le deuxième gère les réseaux sociaux. Le troisième s’occupe de la médiation numérique, c’est-à-dire des dispositifs multimédias et de réalité virtuelle installés dans les salles d’exposition. Le quatrième pôle pilote les productions audiovisuelles, incluant les documentaires et les podcasts. Quatre profils transversaux complètent cette équipe: un juriste, une iconographe, une réalisatrice et un ingénieur audiovisuel.
L’architecture technique des données
La conférencière schématise le fonctionnement technique du système d’information du musée, qui repose sur la synchronisation de plusieurs silos de données. Le premier pilier est le logiciel TMS (The Museum System), une base de données patrimoniale qui centralise toutes les informations scientifiques sur les œuvres, les artistes, les historiques et les expositions.
Le second pilier est le DAM (Digital Asset Management), une médiathèque numérique qui stocke l’ensemble des images haute définition des œuvres d’art ainsi que les reportages photographiques liés à la vie du musée.
Ces deux réservoirs de données sont connectés par des passerelles automatisées au CMS (Content Management System), développé sous la technologie open source Drupal. C’est cet outil d’administration unique qui permet aux équipes éditoriales d’alimenter et de mettre à jour l’ensemble des sites internet de l’institution.
Les enjeux éditoriaux du site web
Le site internet du musée d’Orsay doit répondre à des exigences de communication massives et quotidiennes. Le premier enjeu est d’informer le public sur une programmation culturelle extrêmement dense.
L’auditorium et la nef du musée accueillent chaque année une soixantaine d’événements majeurs (concerts, conférences, spectacles) répartis sur 80 dates. À cela s’ajoute la programmation de la médiation culturelle, qui représente une centaine de typologies de visites guidées et d’ateliers pour enfants, déployés sur plus de 800 dates par an. Toutes ces données pratiques doivent être saisies, structurées et fiabilisées en permanence.
Le second enjeu est d’ordre documentaire et scientifique. Le site internet fait office de centre de ressources universel. Il s’adresse aussi bien aux touristes préparant leur visite qu’aux chercheurs et professionnels de l’art qui consultent les notices, les historiques de collections et les livrets pédagogiques.
Genèse et objectifs du projet de magazine
Le site internet global ayant été entièrement refondu en 2021, l’équipe a identifié en 2023 le besoin de créer un espace éditorial plus agile et incarné. Le musée a lancé une consultation publique pour sélectionner un prestataire externe afin de l’accompagner dans cette réflexion stratégique.
Ce marché public a été attribué au consultant en stratégie numérique Omer Pesquer, associé à la consultante en communication digitale Solveig Marie. La mission comprenait la réalisation d’un benchmark des magazines culturels mondiaux et la conduite d’entretiens approfondis avec les services clés du musée, notamment le marketing, les réseaux sociaux et la direction des éditions.
Le diagnostic a mis en lumière deux besoins fondamentaux. Au niveau interne, il fallait impérativement structurer la chaîne de production, briser le travail en silo et planifier les contenus grâce à un calendrier partagé.
Au niveau externe, l’objectif était de fidéliser l’audience en ligne et de refléter les choix forts de la direction. Le président du musée de l’époque, Christophe Leribault, portait une vision de recontextualisation des œuvres, visant à replacer les collections du 19e siècle en résonance avec les enjeux sociétaux contemporains. Le magazine devait être le bras armé de cette politique éditoriale.
Principes fondateurs de la stratégie éditoriale
La stratégie construite avec les consultants repose sur des engagements clairs envers le public. Le magazine se doit de fournir des contenus d’une rigueur scientifique absolue, tout en restant accessibles, inclusifs et élégants.
Il a pour vocation de donner la parole à des regards extérieurs: des artistes contemporains, des écrivains ou des scientifiques spécialistes d’autres disciplines, créant ainsi des ponts avec l’art du 19e siècle.
En interne, la charte éditoriale impose de placer les attentes des internautes au centre de la création, d’optimiser l’affichage pour les téléphones mobiles (design responsive) et de pratiquer la sobriété numérique. Cette sobriété se traduit par le recyclage de contenus textuels ou audiovisuels existants, afin de leur donner une seconde vie éditoriale plutôt que de produire constamment de nouvelles données éphémères. Enfin, le projet vise à humaniser l’institution en signant les articles et en valorisant les visages des équipes de conservation.
Modèle éditorial et typologie des formats
Sur le plan pratique, le modèle retenu est celui d’une publication bimensuelle. Le magazine est mis à jour un vendredi sur deux, proposant à chaque édition un sommaire de quatre à six nouveaux contenus.
L’équipe a choisi de ne pas créer un hub de médias séparé, mais d’opter pour une page d’accueil unique, verticale et dense, qui met en scène la diversité des formats sur un même écran. Plusieurs types d’articles ont été modélisés pour structurer l’offre:
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Les articles éditoriaux: des formats courts et fluides axés sur l’actualité immédiate des salles.
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Les décryptages: des contributions longues et approfondies qui vulgarisent des recherches universitaires ou des textes de catalogues d’expositions.
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Les feuilletons graphiques: des narrations visuelles qui laissent une place prépondérante à l’image et aux détails des œuvres.
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Les galeries: des portfolios iconographiques thématiques.
Le magazine intègre également des rubriques récurrentes comme « Les coulisses » pour découvrir les métiers du musée, « En scène » pour la programmation vivante, et « Orsay vu par » pour les cartes blanches artistiques. Les productions audios (podcasts) et vidéos y bénéficient d’une vitrine de premier choix.
Organisation de la production et gouvernance
Le lancement de ce média a transformé les méthodes de travail de l’établissement public. L’équipe utilise désormais l’outil Figma pour concevoir les maquettes graphiques et collaborer avec les développeurs. Pour planifier la production, une grille de diffusion rigoureuse a été instaurée.
La gouvernance repose sur la création d’un comité éditorial spécifique au magazine. Cette instance se réunit une fois par mois et rassemble des représentants de toutes les directions du musée: la conservation, la communication interne, le marketing et l’auditorium.
Ce comité permet de faire remonter des idées d’articles, de partager des textes scientifiques et de coordonner la diffusion. Des passerelles étroites ont été jetées avec le service marketing pour alimenter les nombreuses Newsletters du musée, ainsi qu’avec la communication interne qui relaie le magazine auprès des agents de l’établissement toutes les deux semaines.
Bilan après un an d’existence
Après un peu plus d’une année d’exploitation, Anne-Fleur Pouyat dresse un bilan très positif de l’initiative, étayé par des volumes de production conséquents. Le magazine totalise déjà 350 articles publiés, 150 vidéos intégrées et 50 épisodes de podcasts mis en avant.
Parmi les réussites marquantes, elle cite une collaboration à quatre mains entre l’historienne de l’art Ségolène Le Men et sa fille, autrice de bande dessinée. Ensemble, elles ont créé un feuilleton graphique original sur l’histoire de l’affiche, diffusé en feuilleton durant l’exposition « L’art dans la rue ».
Au-delà des chiffres, le projet a considérablement amélioré la transversalité au sein du musée d’Orsay. Les conservateurs, les attachés de conservation et les documentalistes se sont emparés du support pour publier des décryptages accessibles.
Le circuit de validation s’est fluidifié. L’intervenante conclut avec humour que l’équipe n’a pas encore atteint la perfection absolue, mais qu’elle réussit désormais à boucler l’édition du magazine une semaine complète avant sa mise en ligne, évitant ainsi le stress des publications finalisées le matin même.
Conclusion
La conférence se clôt sur la réussite de ce projet qui démontre qu’une institution patrimoniale traditionnelle peut moderniser sa communication sans renier son excellence scientifique. Le magazine en ligne du musée d’Orsay s’affirme comme un outil de médiation numérique performant, capable de fidéliser les publics à distance tout en structurant durablement le travail des équipes internes.