ARTE s’immerge dans les méandres d’un scandale artistique sans précédent, centré sur la figure énigmatique de Giuliano Ruffini. Après le saisissement de la Vénus de Cranach, c’est au tour du David contemplant la tête de Goliath, attribué à Orazio Gentileschi, d’être au cœur des soupçons de contrefaçon.
L’affaire, déclenchée par une lettre anonyme, ébranle les fondations des plus grandes institutions muséales et du marché de l’art mondial.
À travers des témoignages de marchands, d’experts et de Ruffini lui-même, le documentaire explore la frontière ténue entre le génie de la restauration, l’opportunisme commercial et la fabrication de faux chefs-d’œuvre.
Résumé des points abordés
Ce qu’il faut retenir
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Le doute s’étend aux collections les plus prestigieuses: le David et Goliath de Gentileschi, exposé à la National Gallery de Londres, est retiré des cimaises suite aux soupçons de la juge Haute Burésie, illustrant la fragilité des attributions artistiques même pour des œuvres peintes sur des supports rares comme le lapis-lazuli.
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Giuliano Ruffini, un personnage au parcours romanesque: ancien peintre prometteur issu d’un milieu modeste, il a bâti sa fortune et sa réputation de marchand en s’appuyant sur des rencontres clés et sur une hypothétique collection héritée, la collection Bory, dont l’existence réelle reste l’un des points de friction majeurs de l’enquête judiciaire.
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L’ombre d’un réseau de faussaires organisés: la découverte d’un four caché lors d’une perquisition chez Ruffini et les révélations d’un ancien associé dans un roman à clé suggèrent l’utilisation de techniques sophistiquées pour vieillir artificiellement des tableaux et tromper les analyses scientifiques les plus rigoureuses.
L’onde de choc du David et Goliath
L’affaire prend une dimension internationale lorsque la National Gallery de Londres décide, en mars 2016, de décrocher le David contemplant la tête de Goliath. Ce tableau, peint à l’huile sur lapis-lazuli, était considéré comme une pièce exceptionnelle d’Orazio Gentileschi, un maître du 17e siècle.
La rareté du support, cette pierre semi-précieuse d’un bleu profond, rendait l’œuvre particulièrement séduisante pour les collectionneurs et les musées. Des institutions comme le Metropolitan Museum de New York avaient d’ailleurs envisagé son acquisition avant de se rétracter face au manque de clarté sur sa provenance.
Pourtant, des restaurateurs de renom comme Tiziana Pasquali, qui a eu l’œuvre entre les mains, continuent de croire en son authenticité. Les analyses pigmentaires n’ont révélé aucun élément moderne discriminant, ce qui souligne la complexité de l’expertise: le talent du faussaire, s’il existe, réside précisément dans sa capacité à utiliser des matériaux d’époque.
L’ascension de Giuliano Ruffini
Le documentaire dresse le portrait de Giuliano Ruffini, né en 1945 dans une famille italienne immigrée en France. Son enfance à Paris, marquée par la pauvreté et une certaine violence sociale, a forgé chez lui une volonté farouche de réussir et de s’extraire de sa condition initiale.
Jeune homme charmant et doué pour le dessin, il entame une carrière de peintre prometteuse dans les années 1960, soutenu par des figures de la chanson comme Damia. Ses premières expositions parisiennes laissent entrevoir un talent réel, ce qui rend aujourd’hui les soupçons de faussaire d’autant plus troublants: possédait-il la technique nécessaire pour imiter les grands maîtres?
Sa vie bascule véritablement lorsqu’il rencontre André Bory, héritière d’une fortune industrielle. Leur relation de huit ans lui permet de s’immerger dans le monde des antiquités et des galeries d’art, et c’est de cette union que naîtrait la fameuse collection Bory, source officielle de nombre de ses tableaux de maîtres.
La collection Bory : réalité ou alibi fiscal
Le point central de l’enquête de la juge Burésie porte sur la véracité de cette collection. Ruffini affirme avoir reçu de sa compagne, décédée d’un infarctus en 1980, une partie des œuvres accumulées par son père, un entrepreneur fortuné.
Cependant, les enquêteurs peinent à trouver des traces administratives ou des catalogues mentionnant cette collection de premier plan. Si un document de 1973 atteste de la vente de six tableaux par André Bory à Ruffini, dont une Vénus, le David et Goliath n’y figure pas.
Cette absence de documentation officielle alimente les soupçons: la collection Bory ne serait-elle qu’un écran de fumée destiné à blanchir des œuvres produites récemment? Ruffini, de son côté, se retranche derrière la discrétion nécessaire aux affaires de ce niveau et aux enjeux fiscaux qui en découlent.
Le corbeau et les jeux d’influence
L’affaire est jalonnée de trahisons et de coups bas. La lettre anonyme de sept pages qui a mis le feu aux poudres contient des détails extrêmement précis sur les méthodes de Ruffini et ses intermédiaires, suggérant que l’auteur est un proche très bien informé.
Les soupçons se portent un temps sur Jean-Charles Méthiaz, un ancien associé de Ruffini avec qui il est en litige commercial concernant précisément la Vénus de Cranach. La lettre est apparue peu après le lancement d’une procédure civile, ce qui laisse penser à une manœuvre de diversion pour transformer un conflit marchand en affaire pénale.
Un autre personnage clé, Jules François Férillon, a publié un roman décrivant par le menu les techniques de fabrication de faux tableaux: choix du support ancien, fabrication de pigments d’époque, et vieillissement artificiel. Ce récit, bien que fictionnel, résonne étrangement avec les éléments de l’enquête.
Les preuves matérielles de la fraude
Malgré l’absence de preuves irréfutables dans les analyses chimiques des pigments, la juge Burésie mise sur les perquisitions pour confondre Ruffini. Les saisies d’ordinateurs, d’iPads et les écoutes téléphoniques visent à mettre au jour un trafic international structuré.
Le coup de théâtre survient lors d’une perquisition en Italie: les policiers découvrent un four dissimulé dans une pièce secrète chez le marchand. Pour la justice, cet instrument n’a qu’une utilité probable: cuire les peintures fraîches pour provoquer des craquelures cohérentes avec un âge séculaire.
Cette découverte semble valider la thèse d’un atelier de faussaire sophistiqué. Elle pose la question de la complicité d’autres experts ou restaurateurs, car produire de telles œuvres demande une maîtrise technique et historique qui dépasse souvent les capacités d’un seul homme, fût-il aussi doué que Giuliano Ruffini.
Une série documentaire de Giacomo Minoia et Sophie Maurer disponible jusqu’au 11/05/2030