Ce qu’il faut retenir

  • Dubaï : la technologie au service du prestige : Jacques-Olivier Travers, fauconnier français, utilise des aigles équipés de caméras et même un drone porteur d’oiseaux (unique au monde) pour filmer l’émirat depuis les airs. Ses prouesses ont séduit le prince héritier de Dubaï, passionné de rapaces, prêt à investir des sommes colossales (jusqu’à 1,2 million d’euros pour un faucon blanc) dans cet emblème national.

  • Mongolie : une tradition de survie : à l’opposé du luxe, les aigliers mongols pratiquent une chasse ancestrale à l’aigle royal pour se nourrir et récupérer des fourrures (renards, lynx). Cette tradition se transmet de père en fils, comme chez Karascan et son fils de 10 ans, dans des conditions extrêmes (-40°C).

  • Conservation et éthique : le documentaire souligne le paradoxe entre l’exploitation des rapaces (capture illégale de faucons sauvages pour les marchés arabes) et les efforts de conservation (financement de programmes de sauvegarde dans les Alpes par le prince de Dubaï).

Dubaï : l’aigle comme caméraman de luxe

Jacques-Olivier Travers a révolutionné la fauconnerie en étant le premier à placer des caméras sur le dos des aigles. Invité par le prince héritier Hamdan bin Mohammed Al Maktoum, il réalise des images aériennes spectaculaires de Dubaï, de la Burj Khalifa (828 m) à l’hôtel Burj Al Arab.

À Dubaï, le faucon est plus qu’un animal : c’est un membre de la famille royale. Les oiseaux disposent de fermes climatisées, de cliniques privées avec vétérinaires dédiés et même de centres commerciaux spécialisés. Le coût d’un oiseau peut atteindre des sommets (le prix d’une voiture de luxe) selon sa rareté et sa couleur. Cette passion démesurée finance également des technologies de pointe, comme le drone conçu par le fauconnier français pour larguer ses oiseaux à des endroits précis.

Mongolie : l’héritage des steppes

Dans le massif de l’Altaï, la chasse à l’aigle royal est une question d’honneur et d’héritage. Karascan, policier de profession mais aiglié par passion, élève Cana, une femelle aigle de 7 kg. Contrairement aux faucons de Dubaï nés en captivité, les aigles mongols sont capturés aiglons dans des nids à flanc de falaise.

La relation entre l’homme et l’oiseau est fusionnelle : l’aiglier nourrit son rapace de sa main, imprégnant la viande de son odeur. Lors de la chasse, l’oiseau devient une arme redoutable, capable de piquer à 160 km/h et d’exercer une pression de 150 kg avec ses serres pour asphyxier ses proies. La tradition impose de relâcher l’aigle après dix ans de captivité pour qu’il puisse finir sa vie en liberté et se reproduire.

Un équilibre fragile

Le documentaire ne cache pas les ombres de ce marché lucratif. La demande insatiable des émirats pour les faucons sauvages (plus prisés que ceux d’élevage) alimente un trafic international illégal. En Mongolie ou au Kazakhstan, un paysan peut gagner 10 000 euros en vendant un jeune faucon sauvage, une fortune locale.

Cependant, cette même passion permet à Jacques-Olivier Travers d’obtenir des financements princiers pour son association « Wings of Ocean », visant à réintroduire le pygargue à queue blanche dans les Alpes. Un pont inattendu entre le désert et les sommets enneigés, où le rapace, qu’il porte une caméra GoPro ou traque un renard, reste le maître incontesté du ciel.