Cette conférence d’Olivier Masmonteil, intitulée « Le rôle de l’artiste aujourd’hui », offre une réflexion profonde sur la pérennité de la peinture, son évolution historique et la responsabilité de l’artiste dans une société marquée par l’accélération numérique. À travers son propre parcours et de nombreuses références à l’histoire de l’art, le peintre démontre que son médium, loin d’être moribond, demeure un outil indispensable pour appréhender le monde avec un regard renouvelé.

L’artiste structure son intervention autour de la notion de cycles, tant à l’échelle de l’histoire universelle qu’à celle de la vie d’un créateur. Il nous invite à redécouvrir la peinture non pas comme une relique du passé, mais comme un art de l’intemporel capable de résister à la consommation immédiate des images.

Ce qu’il faut retenir

  • La mort de la peinture est un mythe cyclique qui nourrit sa renaissance. Chaque annonce de sa fin (arrivée de la photographie, idéologies des Beaux-Arts) a permis à la peinture de se débarrasser de fonctions accessoires pour se réinventer.

  • L’art se définit par son intemporalité face à l’accélération du temps. Contrairement aux outils technologiques qui deviennent rapidement obsolètes, la peinture s’inscrit dans le temps long et permet de tempérer l’immédiateté de la société moderne.

  • Le parcours de l’artiste suit trois étapes de transformation. Inspiré par Nietzsche, Masmonteil divise la création en trois chapitres : l’apprentissage (la possibilité), la maîtrise (le plaisir) et enfin la destruction nécessaire pour atteindre une forme d’innocence et d’ambition (le chef-d’œuvre).

La peinture comme Phénix : l’histoire d’une survie

Olivier Masmonteil commence par relater son entrée aux Beaux-Arts, où on lui a d’emblée affirmé que la peinture était morte. Cette injonction, vécue comme une interdiction paradoxale dans un lieu censé prôner la liberté, l’a poussé à étudier l’origine de cette idée reçue.

Il démontre que la « mort de la peinture » est une thématique constante depuis l’Antiquité. Pline l’Ancien qualifiait déjà l’art romain d’agonisant, tandis que Giorgio Vasari voyait dans la perfection de Raphaël une fin indépassable.

Pourtant, chaque crise a été une libération. La photographie a déchargé la peinture de sa fonction de représentation du réel, permettant l’éclosion de l’impressionnisme, du cubisme et de l’abstraction. La peinture ne meurt pas, elle se dépouille de l’inutile pour retrouver son essence.

L’image au service du pouvoir et de la science

L’artiste rappelle que pendant des siècles, les peintres ont été les seuls dépositaires du pouvoir de l’image. Cette expertise leur a conféré un rôle central auprès des puissants, servant tant la propagande royale que l’éducation religieuse.

Il illustre ce propos par l’exemple de la série de Marie de Médicis par Rubens, véritable « super-production » de l’époque comparable aux blockbusters hollywoodiens actuels. La peinture y est un outil de légitimation politique et de mise en scène de la puissance.

Au-delà de la politique, l’art a été le moteur de la connaissance. En observant et en décrivant le monde, des artistes comme Léonard de Vinci ont jeté les bases de la science moderne, de la médecine et de l’architecture, prouvant que le regard de l’artiste est un vecteur de compréhension rationnelle.

Le jeu iconographique et la culture commune

Masmonteil revient sur la polémique de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Paris 2024. Il utilise cet événement pour montrer comment les images de l’histoire de l’art imprègnent notre culture visuelle, consciemment ou non.

Il s’amuse à déconstruire les références possibles, de la Cène de Léonard de Vinci au Déjeuner sur l’herbe de Manet, en passant par le Jugement de Pâris de Raphaël. Ce jeu de citations démontre que l’artiste ne crée jamais dans le vide.

Pour lui, le rôle de l’artiste est d’activer ce réservoir d’images communes. La peinture française, historiquement définie comme une synthèse des écoles étrangères, incarne cette capacité à réunir les influences pour créer une identité multiculturelle et dynamique.

L’intemporalité contre la dictature du présent

Un point crucial de la conférence concerne la distinction entre le « contemporain » et « l’intemporalité ». Masmonteil critique l’obsession pour les nouveaux outils technologiques qui, à l’image du montage vidéo VHS de ses années d’études, deviennent vite désuets.

La peinture, par sa matérialité et son rapport au temps long, échappe à cette obsolescence. Un portrait du XVIIe siècle peut encore interroger le spectateur d’aujourd’hui de manière directe et vivante, car il touche à l’essence de l’humain.

Dans une société de consommation qui valorise l’individualisme et la frustration pour pousser à l’achat, l’art agit comme un contre-pouvoir. Il permet de « sortir de la casserole » où l’humanité bouillonne, offrant un recul nécessaire sur l’accélération frénétique de notre époque.

Les trois âges de la création artistique

S’appuyant sur Nietzsche, l’artiste détaille son propre cheminement. Le premier stade est celui du « chameau », qui accumule le savoir et la technique. C’est l’étape de l’apprentissage où l’on se charge du poids de l’histoire de l’art.

Le deuxième stade est celui du « lion », marqué par la maîtrise et la puissance. C’est le moment où l’artiste déploie son savoir-faire avec assurance, parfois teinté de vanité, pour s’imposer dans le monde de l’art.

Enfin, le troisième stade est celui de « l’enfant », caractérisé par la destruction et l’innocence. Pour Masmonteil, ce stade actuel consiste à détruire ses propres acquis pour retrouver une forme de pureté et viser l’ambition du chef-d’œuvre, loin des injonctions financières du marché.

L’artiste face aux défis de l’Anthropocène

En conclusion, Olivier Masmonteil évoque notre époque comme un « âge d’or » paradoxal, riche en bouleversements (féminisme, conquête spatiale, psychanalyse) mais aussi en menaces existentielles. Il refuse de subir cette période de manière passive ou anxiogène.

L’artiste a pour mission de proposer non pas une image de plus dans un monde saturé, mais un regard nouveau. Il doit être celui qui aide à transformer la société en comprenant ses paramètres profonds pour en proposer une version transcendée.

La peinture, par son caractère charnel et manuel, répond à la virtualisation du monde. Elle replace l’humain au centre, affirmant que l’intuition et la mémoire sont les véritables moteurs de la création dans un futur à construire.