La trajectoire de Marilyn Monroe reste l’une des plus fascinantes et tragiques de l’histoire du cinéma mondial. Derrière le glamour absolu de l’icône hollywoodienne se cachait une femme profondément tourmentée, en quête perpétuelle d’identité et de reconnaissance intellectuelle.

Ce document retrace les derniers mois de sa vie, marqués par des ruptures douloureuses, des tournages chaotiques et une dépendance fatale aux barbituriques. À travers les témoignages de ceux qui ont croisé sa route, se dessine le portrait intime d’une actrice prisonnière de son propre mythe.

Ce qu’il faut retenir

  • Une quête d’identité destructrice : toute sa vie, Norma Jean Baker a tenté de s’affranchir du personnage de Marilyn Monroe pour exister par elle-même, mais elle s’est irrémédiablement perdue dans le miroir de sa propre image.
  • Le mirage d’une famille d’adoption : que ce soit chez le professeur Lee Strasberg à New York ou auprès du psychiatre Ralph Greenson à Los Angeles, l’actrice a désespérément cherché des figures parentales de substitution, créant des relations de dépendance fusionnelles et toxiques.
  • Une fin solitaire et mystérieuse : sa mort prématurée à l’âge de 36 ans, qualifiée de suicide probable par les légistes, a scellé sa légende tout en ouvrant la voie à d’innombrables théories du complot qui occultent la triste réalité d’une dérive solitaire.

Douglas Kirkland

Le photographe Douglas Kirkland rencontre l’actrice en novembre pour une séance spéciale destinée au magazine Look.

Lors de leur premier rendez-vous dans son appartement de Los Angeles, le jeune homme découvre une femme d’une simplicité désarmante. L’appartement ressemble à une modeste chambre de motel. L’actrice se montre chaleureuse, presque fraternelle.

Elle imagine elle-même le concept de la séance photo. Il lui faut un lit, un drap de soie blanc et rien d’autre. Sans projet de film concret à ce moment-là, elle se réfugie dans la photographie de studio. Cet exercice lui permet d’être créative sans avoir à mémoriser de texte.

Le soir de la séance, la star arrive avec deux heures de retard. Son entrée provoque une véritable apparition.

Elle s’est transformée en une superstar lumineuse et sexuelle. Pour créer l’ambiance, elle exige du champagne et de la musique de Frank Sinatra. Au bout de quelques clichés, elle demande à isoler le studio pour rester seule avec le jeune photographe.

Elle lui propose de la rejoindre dans le lit. Intimidé, le professionnel préfère canaliser tout son désir à travers l’objectif de son appareil.

Le lendemain, l’ambiance change radicalement. L’actrice ouvre sa porte après une longue attente, dissimulée derrière des lunettes noires et un foulard. Elle a sombré dans une profonde dépression nocturne.

Elle examine les clichés à contre-cœur. Sa satisfaction narcissique s’avère éphémère. Elle prend conscience que l’image qu’elle s’est construite pour plaire aux réalisateurs et au public ne suffit plus à donner un sens réel à son existence.

Ses carnets intimes témoignent de ce clivage douloureux. Elle y exprime la sensation de jouer un rôle permanent et de ne pas savoir qui elle est à l’intérieur.

New York pour changer sa vie

À la fin de l’année, la star est au sommet de sa gloire à Hollywood grâce à plusieurs succès commerciaux majeurs.

Pourtant, elle décide de tout quitter secrètement. Elle s’envole pour New York sous le pseudonyme de Zelda Zang, dissimulée sous une perruque brune. Elle refuse de continuer à jouer les blondes stupides et veut prouver sa valeur dramatique.

Elle sollicite l’aide de Lee Strasberg, cofondateur du prestigieux Actors Studio.

L’accueil des autres élèves new-yorkais est initialement méfiant et teinté de mépris pour cette célébrité commerciale. Strasberg prend pourtant son désir très au sérieux. Il perçoit sa profonde blessure intérieure et la prend sous sa protection exclusive.

Le professeur l’incite à s’engager dans une psychanalyse intensive pour nourrir ses futurs rôles.

Cette démarche la plonge dans un abîme psychologique. À force d’analyser ses nombreux masques, l’actrice ne distingue plus la réalité de la fiction. En parallèle, elle trouve chez les Strasberg la famille stable qu’elle n’a jamais eue.

Elle s’immisce dans leur quotidien, dort chez eux et sollicite une attention de chaque instant.

Lee Strasberg la berce lors de ses crises d’insomnie tandis que sa femme Paula devient sa coach personnelle. L’omniprésence de l’actrice finit par vampiriser l’énergie du couple au détriment de leurs propres enfants.

Arthur Miller

À New York, l’actrice renoue avec le dramaturge Arthur Miller. Leur union est célébrée en juin.

Les médias se passionnent pour ce mariage improbable entre le grand intellectuel et le sex-symbol mondial. L’actrice cherche chez l’écrivain une figure paternelle et la respectabilité bourgeoise qui lui manque.

Le couple s’installe à Manhattan et la jeune femme croit enfin trouver un équilibre durable.

La découverte d’un texte intime brise cruellement ses illusions. Miller y confie ses regrets, affirmant qu’ils n’appartiennent pas au même monde et qu’elle ne le comprend pas. Trahie, elle consigne sa déception dans ses propres notes.

Elle y avoue sa peur d’être l’épouse de quiconque et constate l’impossibilité d’aimer véritablement.

Les Misfits

Pour orchestrer sa métamorphose dramatique, Arthur Miller lui écrit un scénario sur mesure intitulé Les Misfits.

Le tournage débute dans le désert du Nevada sous la direction de John Huston. L’actrice partage l’affiche avec Clark Gable, un acteur qu’elle idéalise depuis l’enfance au point de l’imaginer en père de substitution.

Les conditions de tournage s’avèrent catastrophiques. Le couple Miller bat de l’aile à cause des fausses couches successives de l’actrice et d’une liaison éphémère avec Yves Montand.

La comédienne reproche à son mari d’avoir pillé sa vie privée pour construire son personnage. Elle se sent dévoilée et humiliée par ce rôle de femme brisée et immature.

Le tournage réveille les traumatismes de son enfance malheureuse, notamment son placement en orphelinat à l’âge de 9 ans à cause de la folie de sa mère.

Pour supporter la détresse, elle augmente massivement sa consommation de barbituriques et d’alcool. Ses retards deviennent légendaires. Elle passe ses matinées cloîtrée dans sa chambre d’hôtel à tenter de se réveiller.

Sur le plateau, elle n’écoute plus le réalisateur et se tourne exclusivement vers Paula Strasberg pour valider ses prises.

Son état physique se dégrade au point que ses cheveux abîmés doivent être dissimulés sous des perruques. Inquiet pour sa survie, John Huston interrompt le tournage pour lui imposer une cure de désintoxication d’une semaine.

À son retour, elle livre une scène d’une rare violence où son personnage hurle sa colère.

Deux semaines après la fin du tournage, Clark Gable meurt d’une crise cardiaque. La presse accuse les caprices et les retards de la star d’avoir ruiné la santé de l’acteur. Rongée par la culpabilité, elle sombre définitivement.

La clinique Psy

Au début de l’année suivante, l’actrice divorce d’Arthur Miller. Face à ses menaces suicidaires, sa psychiatre décide de l’interner de force.

Pensant intégrer une simple maison de repos, elle se retrouve enfermée dans une cellule capitonnée de la Payne Whitney Clinic. Les fenêtres barricadées et la surveillance constante accentuent sa terreur héréditaire de la folie.

Elle envoie un appel de détresse aux Strasberg, mais la loi leur interdit d’intervenir.

C’est son deuxième mari, la star de baseball Joe DiMaggio, qui menace de détruire le bâtiment pour obtenir son transfert vers un hôpital universitaire adapté. Cet enfermement traumatise durablement l’actrice.

À sa sortie face aux journalistes, elle affiche un sourire de façade, mais sa détresse intime s’intensifie.

Ralph Greenson

De retour à Los Angeles, l’actrice s’en remet aux soins du psychanalyste Ralph Greenson.

Le médecin met en place une thérapie intensive et quotidienne. À l’instar de Strasberg, il l’intègre à sa propre vie de famille et délaisse ses autres patients pour s’occuper d’elle exclusivement.

Une dépendance mutuelle et fusionnelle s’installe. Greenson s’immisce dans sa gestion financière et ses choix artistiques.

Il place auprès d’elle une gouvernante, Eunice Murray, chargée de surveiller ses moindres faits et gestes. Sur les conseils du médecin, elle achète sa première maison à Brentwood pour tenter de s’ancrer quelque part.

La demeure reste vide et meublée d’un simple canapé, exacerbant sa solitude nocturne qu’elle trompe par des appels téléphoniques compulsifs à ses connaissances.

Golden Globe Awards

En mars, elle assiste à la cérémonie des Golden Globe Awards à Los Angeles pour y recevoir un prix de la presse étrangère.

Elle s’y présente ivre, sous l’effet d’un mélange de pilules et d’alcool. Incapable de tenir debout ou de prononcer un discours cohérent, elle doit être évacuée des coulisses. La retransmission télévisée est annulée.

Le Tout-Hollywood considère alors que sa carrière est définitivement terminée.

Something’s Got to Give

Contrainte par son contrat avec la Fox, elle commence le tournage d’une comédie légère qu’elle déteste.

Dès le premier jour, elle se fait porter malade. Le studio, au bord de la faillite à cause du coût exorbitant du film Cléopâtre, refuse de céder à ses caprices. Tandis qu’Elizabeth Taylor touche un million de dollars, Marilyn ne perçoit qu’un salaire dérisoire.

Elle passe un mois enfermée chez elle, bloquant la production.

Le 17 mai, elle quitte le plateau sans autorisation pour se rendre à New York. Elle a choisi de chanter pour l’anniversaire du président John F. Kennedy, défiant ouvertement ses producteurs.

Happy Birthday Mr President

L’actrice entretient une liaison secrète avec le président américain, nourrie par le fantasme candide de devenir la prochaine First Lady.

Le 19 mai, elle arrive tardivement sur la scène du Madison Square Garden devant 17 000 militants démocrates. Jackie Kennedy a choisi de boycotter l’événement pour éviter l’humiliation publique.

Poussée sur scène sous l’effet des barbituriques, la star apparaît dans une robe de gaze de soie ultra-moulante.

Sa manière de chanter le traditionnel refrain prend l’allure d’une déclaration d’amour sensuelle et explicite. Si Kennedy réagit avec humour en public, il se montre consterné en privé par ce scandale politique.

Pour le clan Kennedy, l’actrice n’est qu’une conquête éphémère qu’il convient d’écarter rapidement.

Le licenciement de la Fox

De retour à Hollywood le jour de ses 36 ans, l’actrice subit les représailles de la Fox qui refuse de célébrer l’événement.

Seuls quelques techniciens lui offrent un gâteau de quartier à la fin de la journée. Le lundi suivant, elle se porte de nouveau malade. Le studio utilise cette absence pour rompre son contrat et lui réclamer 500 000 dollars de dommages et intérêts.

La contre-offensive

Loin de s’avouer vaincue, la star organise une contre-attaque médiatique majeure.

Elle planifie des séances photo positives, notamment sur la plage de Malibu avec George Barris. Elle négocie une couverture exclusive avec le magazine Life, promettant des images dénudées pour éclipser Elizabeth Taylor.

La stratégie fonctionne. Face à l’engouement du public, la Fox capitule et lui signe un nouveau contrat très avantageux le 1er août.

Une journée ordinaire

Le samedi 4 août commence comme une journée tranquille pour l’actrice dans sa villa de Brentwood.

Elle s’occupe de tâches domestiques avec sa gouvernante et reçoit le photographe Lawrence Schiller pour évoquer de futurs projets avec Playboy. Dans l’après-midi, Ralph Greenson effectue sa séance quotidienne à domicile.

Le psychiatre la quitte vers 19 heures. Jugeant sa patiente anxieuse, il demande à la gouvernante de passer la nuit sur place.

L’actrice s’enferme dans sa chambre avec son téléphone. Elle reçoit un appel joyeux du fils de Joe DiMaggio, puis refuse une invitation à dîner de l’acteur Peter Lawford.

5 août 1962

Au petit matin du dimanche, la police de Los Angeles reçoit un appel signalant le décès de la star.

Les officiers découvrent son corps nu sur un lit, au milieu d’un désordre descriptible composé de flacons de médicaments et de manuscrits. La pièce est d’un dépouillement extrême, sans sommier sous le matelas.

L’autopsie révèle une dose massive de Nembutal combinée à de l’hydrate de chloral. Le légiste conclut à un suicide probable.

La présence d’un mystérieux délai de plusieurs heures entre la découverte du corps par les proches et l’appel à la police alimente immédiatement les rumeurs d’assassinat. Les thèses lient sa mort aux secrets d’État du clan Kennedy ou à une exécution mafieuse.

Pour ses proches, la réalité est celle d’une surdose accidentelle chez une femme dépendante qui ne contrôlait plus sa consommation de somnifères.

Les funérailles

Les obsèques sont célébrées le 8 août dans la stricte intimité du cimetière de Westwood Village.

Joe DiMaggio organise la sécurité et refuse l’accès aux grands patrons de studios, aux politiciens et aux célébrités comme Frank Sinatra, qu’il accuse d’avoir détruit l’actrice. Seuls ses employés de maison, ses maquilleurs et le couple Strasberg sont présents.

L’icône mondiale s’en va dans la même solitude absolue qui a jalonné toute son existence.