Le 13 novembre 1982, le monde de la boxe bascule dans l’horreur lors d’un championnat du monde des poids légers resté tristement célèbre.
Sur le ring du Caesars Palace à Las Vegas, la superstar montante américaine Ray « Boom Boom » Mancini défend son titre face à un challenger sud-coréen méconnu mais farouche, Duk Koo Kim.
Ce duel d’une violence inouïe s’achève par la victoire de l’Américain, mais le prix à payer est inestimable. Quatre jours après le combat, le jeune Sud-Coréen décède des suites d’un traumatisme crânien, déclenchant une série de drames familiaux et forçant les instances internationales à modifier à jamais les règles du noble art.
Résumé des points abordés
Ce qu’il faut retenir
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Un combat d’une violence extrême : Duk Koo Kim, boxeur sud-coréen issu de la pauvreté, oppose une résistance héroïque à Ray Mancini avant de s’effondrer au début de la quatorzième reprise, victime d’un terrible knockout.
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Des tragédies en série : le décès de Kim quatre jours plus tard plonge Mancini dans une culpabilité éternelle et détruit sa carrière. Le drame engendre les suicides de la mère du boxeur coréen et de l’arbitre de la rencontre.
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Une réforme historique du noble art : face à l’électrochoc mondial provoqué par ce décès en direct à la télévision, les fédérations internationales décident de réduire définitivement la durée des combats de 15 à 12 rounds afin de protéger la vie des boxeurs.
L’ascension de deux boxeurs que tout oppose
Ray Mancini grandit à Youngstown, dans l’Ohio, une ville sinistrée de la Rust Belt marquée par le chômage et le crime organisé. Surnommé « Boom Boom » en hommage à son père Lenny Mancini, ancien boxeur dont la carrière fut brisée par la Seconde Guerre mondiale, Ray boxe avec une promesse de gosse : devenir champion du monde pour honorer son père.
Ce jeune homme d’origine italienne compense ses limites techniques par une opiniâtreté et une discipline de fer. Porté par la vague médiatique des films Rocky, Mancini devient une immense star populaire et décroche la ceinture mondiale WBA des poids légers en mai 1982.
À des milliers de kilomètres de là, Duk Koo Kim s’est forgé une trajectoire tout aussi difficile, mais sans figure paternelle. Né en 1959 dans une Corée du Sud pauvre, il grandit dans la misère avant de fuir vers Séoul où il survit un temps sous un pont en cirant des chaussures.
La pauvreté devient son professeur et la boxe son unique échappatoire pour sortir de la rue. Bien qu’il ne soit pas le plus talentueux, Kim possède une capacité d’encaissement hors du commun et une faim de loup qui le propulsent au rang de champion d’Asie.
La collision tragique de deux destins à Las Vegas
La WBA désigne Duk Koo Kim comme challenger officiel de Mancini, une décision contestée car le Sud-Coréen est totalement inconnu aux États-Unis. Pour Kim, ce combat représente la chance de sa vie, lui qui a promis une maison à sa fiancée alors enceinte de leur premier enfant.
Pourtant, une atmosphère funeste entoure le boxeur coréen avant le match : il écrit la mention prémonitoire « tuer ou être tué » sur l’abat-jour de sa chambre d’hôtel et apporte un cercueil miniature à l’entraînement en déclarant qu’il y mettra Mancini.
Le 13 novembre 1982, les deux hommes se font face dans une arène surchauffée sous les yeux de Frank Sinatra. Les premiers rounds sont d’une intensité rare, Kim boxant comme un lion et infligeant de lourds stigmates physiques au champion en titre.
Cependant, à partir du onzième round, la puissance de Mancini commence à user le challenger coréen. Le treizième round tourne au supplice absolu pour Kim, qui encaisse une série terrible de trente-neuf coups consécutifs sans abandonner, maintenu debout par une fierté immense.
Le knockout fatal et l’agonie sous les projecteurs
Au début de la quatorzième reprise, le calvaire prend fin de la plus brutale des manières. Mancini décoche une terrible droite qui envoie Kim au tapis : le Sud-Coréen s’effondre lourdement, sa tête heurtant le sol du ring.
Par un effort surhumain, Kim parvient à se relever en s’aidant des cordes, mais son regard est vide et ses jambes vacillent. L’arbitre Richard Green arrête immédiatement le combat, constatant que le boxeur n’est plus en état de conscience.
Évacué inconscient sur un brancard, Kim subit une opération d’urgence à l’hôpital pour résorber un important caillot de sang cérébral provoqué par les coups reçus. Malgré les efforts des neurochirurgiens, le jeune homme de vingt-trois ans sombre dans un coma irréversible.
Quatre jours plus tard, le 17 novembre 1982, sa famille prend la douloureuse décision de débrancher le respirateur artificiel qui le maintenait en vie. La nouvelle émeut l’Amérique et plonge la Corée du Sud dans le deuil.
Un effet papillon dévastateur et des vies brisées
Le décès de Duk Koo Kim engendre une effroyable réaction en chaîne qui détruit de nombreuses existences. Terrassée par le chagrin et la perte de son fils, la mère du boxeur sud-coréen met fin à ses jours trois mois plus tard en avalant des pesticides.
Quelques mois après le drame, l’arbitre de la rencontre, Richard Green, se suicide lui aussi, laissant planer l’ombre d’une culpabilité liée au fait de ne pas avoir stoppé le massacre plus tôt. À Séoul, la fiancée de Kim donne naissance à un fils, Ji Wan, qui grandira dans le mensonge de la mort de son père jusqu’à l’âge de huit ans.
Pour Ray Mancini, la vie se transforme en un long calvaire moral. Bien qu’il ne soit coupable d’aucun crime sur le plan pénal, l’Américain subit les foudres des remords et la curiosité malsaine des médias.
Mancini avouera des décennies plus tard qu’il se sentait mourir un peu plus chaque jour. Il remonte sur le ring pour honorer ses contrats, mais le boxeur instinctif et destructeur a disparu : il retient désormais ses coups, terrifié à l’idée de blesser à nouveau. Il termine sa carrière dans l’anonymat, avec un bilan mitigé, n’ayant plus jamais retrouvé son enthousiasme d’antan.
La métamorphose définitive de la boxe professionnelle
Le sacrifice de Duk Koo Kim n’aura pas été totalement vain, car il a servi d’électrochoc planétaire pour un sport jugé alors trop barbare. Devant l’indignation publique, le promoteur Bob Arum propose un temps d’interdire la boxe ou d’imposer des casques de protection.
La WBC prend rapidement des mesures historiques dès la fin de l’année 1982 en modifiant la durée maximale des championnats du monde, qui passent de quinze à douze rounds. Cette décision s’appuie sur des études scientifiques démontrant que les lésions cérébrales fatales surviennent majoritairement lors des trois dernières reprises du combat, lorsque la fatigue extrême empêche les boxeurs de se protéger.
La WBA et l’IBF adoptent cette réforme avant la fin de la décennie, généralisant la limite des douze rounds à l’ensemble de la boxe professionnelle mondiale. Les pouvoirs des arbitres sont également accrus pour leur permettre d’interrompre un combat unilatéral dès qu’un boxeur ne peut plus se défendre.
Trente ans après le drame, une forme de paix fragile est enfin trouvée lorsque le fils de Kim voyage aux États-Unis pour rencontrer Ray Mancini : il accorde son pardon à l’ancien champion, scellant la fin d’une des pages les plus sombres et les plus transformatrices de l’histoire du sport.