Le documentaire nous entraîne dans une exploration profonde et poétique d’une nation d’Amérique centrale longtemps restée dans l’ombre de son histoire mouvementée. Entre ses cités coloniales aux façades colorées, ses volcans rugissants et ses côtes sauvages, le Nicaragua se révèle comme un sanctuaire de biodiversité et de culture.

Le récit nous guide de la capitale Managua jusqu’aux lointaines îles de la mer des Caraïbes, en passant par les hautes terres fertiles du nord. Ce voyage n’est pas seulement géographique ; il est aussi humain, à la rencontre d’un peuple qui a su transformer les cicatrices de la révolution en une hospitalité vibrante, portée par la musique et une foi profonde en l’avenir.

Ce qu’il faut retenir

L’essentiel de ce documentaire peut se résumer en trois points fondamentaux :

  1. Une terre de contrastes géologiques : le Nicaragua est défini par sa place sur la « ceinture de feu », comptant une quarantaine de volcans dont certains, comme le Telica, offrent le spectacle rare d’un lac de lave en fusion.

  2. Un héritage colonial et révolutionnaire : le pays oscille entre l’élégance architecturale de villes comme Léon et Granada, et les stigmates d’une histoire politique complexe marquée par la figure mystique de Sandino.

  3. Une économie de terroir et d’artisanat : la richesse du pays repose sur des productions d’excellence comme le café lavé, le tabac d’Estelí — considéré comme l’un des meilleurs au monde — et une tradition artisanale de céramique et de tissage de hamacs.

Managua et Léon : Les visages de l’histoire

La découverte commence à Managua, une capitale atypique qui peut déstabiliser par son développement anarchique et ses immenses boulevards. Pourtant, elle est le cœur battant du pays, là où les souvenirs de la révolution sont les plus palpables, notamment sur la place de la République. La silhouette de Sandino y veille, symbolisant la quête d’identité d’un pays entre dictature passée et libéralisme moderne.

En quittant le chaos de la capitale pour le nord, on découvre Léon, une cité universitaire bourdonnante. Détruite par un séisme au XVIIe siècle puis reconstruite, elle abrite l’une des plus grandes cathédrales d’Amérique centrale. Ce monument, où repose le poète national Rubén Darío, témoigne de la ferveur religieuse et du raffinement colonial du pays.

À proximité de Léon, le village de Peneloya et la réserve de Juan Venado offrent une immersion dans les mangroves. Ici, la nature pacifique est reine, peuplée d’oiseaux migrateurs et d’iguanes inoffensifs. C’est un monde aquatique paisible où les pêcheurs pratiquent encore des méthodes traditionnelles, respectueuses de l’écosystème côtier.

La fureur des volcans et la force de la terre

Le Nicaragua est indissociable de ses volcans. Le Cerro Negro, avec ses cendres fertiles, et le Telica, particulièrement actif, façonnent non seulement le paysage mais aussi le quotidien des habitants. L’ascension du Telica est décrite comme une expérience mystérieuse, menant à une « gueule de monstre » où bouillonne une lave à 800 degrés.

Malgré le danger potentiel, les populations locales ont appris à vivre avec ces géants. Près de la ville de San Jacinto, les ressources géothermiques sont exploitées pour produire de l’électricité, transformant la menace volcanique en une opportunité énergétique. Ce paysage lunaire, parsemé de petits geysers de boue chaude, est un rappel constant de la puissance tellurique de la région.

Parallèlement à cette force brute, le documentaire souligne les progrès sociaux, notamment en matière d’éducation. Autrefois l’un des pays les moins alphabétisés, le Nicaragua a vu le nombre d’étudiants tripler grâce aux campagnes massives lancées dès la fin des années 70, visibles aujourd’hui à travers les écoliers en uniforme qui sillonnent les campagnes.

Les trésors des hautes terres : Tabac, café et cuir

La région d’Estelí, dans les montagnes du centre, bénéficie d’un climat plus frais, propice à des cultures d’exception. La ville est mondialement célèbre pour son tabac. La confection d’un cigare y est élevée au rang d’art : pas moins de 170 opérations manuelles sont nécessaires, de la surveillance minutieuse des plants à la dextérité des « toréadores » dans les galères des manufactures.

Outre le tabac, les hautes terres de Nueva Segovia sont le royaume du café. Contrairement aux idées reçues, 80 % de la production provient de petites exploitations familiales. Le documentaire met en avant l’importance du commerce équitable, qui garantit une rémunération juste, protège les familles et bannit le travail des enfants, tout en préservant l’environnement.

L’artisanat du cuir complète ce tableau économique. À Estelí, les « talabasteros » fabriquent des selles sur mesure pour les cavaliers et les vaqueros. Ces artisans travaillent le cuir depuis des générations, perpétuant un savoir-faire indispensable dans une région où le cheval reste un moyen de transport privilégié pour surveiller les immenses troupeaux de bovins.

Granada et les îles du lac Nicaragua

Granada est présentée comme le joyau colonial du pays. Restaurée avec soin, cette ville aux façades colorées invite à un voyage dans le temps. Ses églises, comme celle de San Francisco, abritent des trésors précolombiens, dont d’imposantes statues sculptées par les Chorotégas, témoins silencieux d’une culture millénaire ayant survécu aux assauts des pirates et des conquistadors.

Le lac Nicaragua, ou Cocibolca, est une mer intérieure unique. Ses « Isletas », un archipel de 360 îles formées par une éruption ancienne, sont un paradis luxuriant où vivent des singes araignées et une multitude d’oiseaux. Certaines îles abritent des maisons luxueuses, tandis que d’autres restent le domaine exclusif d’une nature sauvage et préservée.

Plus au sud, l’archipel de Solentiname est devenu un foyer artistique majeur sous l’impulsion du prêtre-poète Ernesto Cardenal. La peinture naïve qui s’y pratique exprime une vision idéalisée de la nature et l’espoir d’un monde meilleur. C’est ici que l’écotourisme prend tout son sens, le Nicaragua s’inspirant du modèle costaricien pour protéger ses 12 000 espèces de plantes.

De la côte Caraïbe aux Corn Islands

Le voyage s’achève sur la côte atlantique, à Bluefields. L’atmosphère y est radicalement différente : on y parle anglais, espagnol et créole, et l’identité caraïbe est omniprésente. La musique et la danse, comme la Punta, sont des rituels de fertilité qui animent les rues lors du festival de Mayo Ya, créant un lien social indéfectible entre les habitants.

Enfin, les Corn Islands représentent l’image d’Épinal du paradis tropical. Entre Big Corn et Little Corn, le temps semble s’arrêter. Les voitures disparaissent au profit des sentiers de jungle et des plages de sable blanc. C’est l’endroit idéal pour savourer la quiétude, loin du tumulte, et se reconnecter à l’essentiel avant de quitter ce pays de contrastes.

Le Nicaragua, de Managua aux îles lointaines, offre ainsi le portrait d’une nation résiliente. Entre la fureur de ses volcans et la douceur de ses plages, il reste un « monde du bout du monde » où la chaleur humaine et la richesse naturelle constituent les plus beaux trésors à découvrir.