Situé au cœur de l’océan Atlantique, l’archipel portugais de Madère se dévoile comme un sanctuaire volcanique d’une richesse exceptionnelle. Cet éden subtropical, né d’éruptions sous-marines majeures il y a 35 millions d’années, fut abordé pour la première fois par des navigateurs portugais en 1418.

Aujourd’hui rattachée à l’Union européenne avec un statut de région autonome, l’île principale concentre la majeure partie des terres et de la population.

Ce documentaire nous invite à une exploration profonde, allant de l’effervescence historique de Funchal aux sommets escarpés de l’arrière-pays, en passant par ses traditions artisanales uniques et son engagement pour la préservation environnementale.

Ce qu’il faut retenir

  • Un patrimoine naturel et écologique préservé : l’île abrite la plus vaste forêt de laurier au monde, la Laurissilva, classée par l’UNESCO, et bénéficie d’un réseau unique de 2 500 kilomètres de canaux d’irrigation, les lévadas, aujourd’hui reconvertis en sentiers de randonnée.

  • Une identité culturelle et gastronomique forte : de la culture historique de la vigne qui donne le célèbre vin de Madère à l’art traditionnel de la broderie fine, l’artisanat local reste profondément ancré dans le quotidien des habitants et l’économie insulaire.

  • Un sanctuaire de biodiversité terrestre et marine : les eaux environnantes constituent un couloir migratoire crucial pour les cétacés, tandis que les falaises escarpées abritent des espèces d’oiseaux parmi les plus rares d’Europe, comme le pétrel de Madère.

L’héritage historique et urbain de Funchal

La colonisation de l’île débuta véritablement en 1425 sous l’impulsion du capitaine Joao Gonzalvez Zarco, qui fonda la capitale actuelle. Le nom de Funchal provient d’ailleurs de l’abondance de fenouille sauvage, appelé « funcho » en portugais, que les premiers explorateurs découvrirent sur place.

Élevée au rang de ville en 1508 par le roi Manuel Ier, la cité s’est développée comme un port d’escale stratégique, comptant aujourd’hui plus de 100 000 habitants.

Le patrimoine architectural de la capitale témoigne des influences successives et des nécessités défensives de l’époque coloniale. Le palais de Sao Lorenzo, achevé en 1540, fut la première forteresse de la ville mais il ne put empêcher le sac de Funchal par des pirates français en 1566. Reconstruit et modernisé jusqu’au 19e siècle, il sert aujourd’hui de résidence au gouverneur militaire.

Les édifices religieux de l’île affichent quant à eux une ferveur catholique marquée, oscillant entre le style manuelin épuré du 15e siècle, caractérisé par des murs blancs soulignés de pierres de lave, et le style baroque plus exubérant apparu au 18e siècle.

Le dynamisme économique de la ville se concentre autour de son port de plaisance, le deuxième du pays après celui de Lisbonne, et de ses marchés traditionnels. Le marché des travailleurs, ou « mercado dos lavradores », constitue le cœur battant de la vie locale avec ses étals de fruits exotiques, ses fleurs et ses poissons de profondeur comme le sabre noir.

En périphérie, l’aménagement des collines en terrasses a permis de développer des cultures à forte valeur ajoutée, à l’image de l’aloe vera biologique et des vignobles suspendus.

Les paradis botaniques et les traditions des hauteurs

En raison de sa douceur climatique permanente, Madère a vu éclore de nombreux jardins d’exception sur les collines surplombant la baie de Funchal. Le jardin botanique, créé en 1960, rassemble plus de 2 000 espèces végétales en provenance de tous les continents et gère un programme de conservation des plantes endémiques.

Non loin de là, les jardins tropicaux de Monte Palace intègrent des éléments de culture bouddhiste, des pagodes et des plans d’eau au milieu d’une végétation luxuriante.

Pour accéder à ces havres de paix perchés, les visiteurs empruntent un téléphérique panoramique qui survole la vieille ville et les espaces champêtres. Le retour vers le centre-ville peut s’effectuer de manière beaucoup plus insolite grâce aux traditionnels traîneaux en osier.

Guidés par deux pilotes vêtus de blanc, ces luges historiques glissent à vive allure sur les routes asphaltées et offraient autrefois un moyen de transport rapide pour les habitants de Monte.

Parallèlement à l’attrait de ses jardins, Madère a développé une industrie textile de renommée internationale grâce à la broderie fine. Introduit à la fin du 18e siècle par la famille Phelps, cet art fut structuré sous forme d’école en 1854 pour offrir un complément de revenu aux femmes de l’île.

Aujourd’hui encore, des milliers de brodeuses exercent ce travail minutieux à domicile sur des toiles de lin, de soie ou de coton, avant que les pièces finies ne soient contrôlées en usine pour l’exportation.

Une nature sauvage entre sommets volcaniques et sanctuaires marins

L’intérieur de l’île propose un contraste saisissant avec la douceur des côtes, matérialisé par des reliefs escarpés qui culminent au pic Ruivo à 1 862 m d’altitude.

Un réseau impressionnant de chemins de randonnée suit le tracé des lévadas, ces canaux d’irrigation historiques creusés à flanc de montagne pour acheminer l’eau des versants nord, plus humides, vers les terres agricoles du sud. Ce réseau, dont les plus anciennes sections datent du 15e siècle, traverse parfois la roche volcanique via des tunnels étroits.

Cette topographie accidentée a permis de préserver la forêt primaire de laurier, qui couvre environ 15 000 hectares et constitue un réservoir de biodiversité unique au monde. Pour protéger cet écosystème des pressions urbaines et touristiques, le gouvernement régional a classé les deux tiers du territoire insulaire en réserve naturelle.

Des gardes du parc veillent quotidiennement à la bonne tenue des sentiers et à l’éradication des prédateurs introduits, protégeant ainsi des oiseaux nicheurs extrêmement rares comme le pétrel de Madère.

Le littoral et l’espace maritime environnant font l’objet d’une vigilance tout aussi stricte, notamment pour la protection des mammifères marins. Si l’île pratiquait autrefois la chasse à la baleine, elle s’est aujourd’hui reconvertie dans l’observation écoresponsable des cétacés sous la supervision de biologistes marins.

Plus au nord, les falaises déchiquetées de Porto Moniz abritent des piscines naturelles de roche volcanique où l’eau de mer est réchauffée par le soleil, offrant un lieu de baignade protégé des courants violents de l’Atlantique.

L’art du vin et la douceur de vivre insulaire

La culture viticole demeure l’un des piliers de l’identité de l’archipel, avec des vignobles implantés sur des terrains escarpés comme dans le village de Seixal. Les vendanges, qui s’étalent de la mi-août à la fin du mois d’octobre, donnent lieu à de grandes célébrations traditionnelles où le raisin est encore cueilli à la main et acheminé dans des paniers en osier.

Dans certaines exploitations, la tradition veut que le raisin soit pressé pieds nus dans les pressoirs en bois avant d’entamer son processus de vieillissement unique.

Au cœur de Funchal, les anciennes caves de l’Adega de Sao Francisco permettent de comprendre la complexité de ce vin fortifié réputé pour sa longévité et ses arômes exubérants.

Les œnologues locaux veillent sur des fûts centenaires, contrôlant régulièrement l’évolution du produit pour en garantir la typicité liée au terroir volcanique. Le vin de Madère s’accompagne souvent de spécialités culinaires fortes, comme l’espetada, une brochette de bœuf grillée sur des branches de laurier.

Pour les voyageurs en quête de tranquillité absolue, l’île voisine de Porto Santo, située à courte distance, offre un paysage radicalement différent. Moins vallonnée et s’étendant sur une superficie modeste, elle possède une plage continue de sable fin de 9 kilomètres de long ainsi qu’un parcours de golf de renommée internationale dessiné le long des falaises nord.

De retour à Funchal, la vie nocturne locale, bien que plus paisible que celle des autres archipels européens, s’anime dans les bars et discothèques du front de mer, concluant des journées riches en découvertes naturelles et culturelles.