Chaque année, quand les nuits grignotent les heures claires et quand l’air se charge des premières promesses du froid, des millions d’oiseaux s’élèvent et entament leur grand voyage. Depuis les forêts boréales du Nord, ils traversent l’Europe entière jusqu’aux terres baignées de lumière, dessinant dans le ciel un ballet parfaitement orchestré.
Mais depuis plusieurs décennies, ces routes se fissurent, les oiseaux tombent sous les fusils et certaines lignées s’éteignent. Parmi elles, les oies naines à front blanc, si petites, si discrètes, que le monde ne les a pas entendues disparaître.
Pour Christian Moullec, qui a grandi les yeux tournés vers le ciel, chaque espèce qui s’efface est une tragédie. Météorologue et ornithologue de passion, il a sillonné le monde jusque dans ses confins les plus sauvages pour observer, étudier et défendre les oiseaux. C’est au fil de ces voyages qu’il a rencontré Paola, elle aussi habitée par la même fascination du vivant et par le désir d’en préserver la fragile beauté. Depuis, leurs chemins ne se sont plus quittés.
Ensemble, au début des années 90, ils mesurent l’étendue du désastre qui frappe les oies naines à front blanc et décident d’en faire leur combat. Leur stratégie : rejoindre le monde des oiseaux, devenir des leurs, voler à leur hauteur en ULM en fendant les nuages pour tracer dans le ciel un chemin nouveau, loin des zones de chasses, en espérant que les oies les suivent.
Un projet insensé, utopique pour certains. Mais Christian et Paola persistent, portés par une même conviction : certaines idées doivent être poursuivies même lorsqu’elles semblent impossibles, car c’est la vie d’une espèce entière qui se joue, là-haut, sous leurs ailes.
Cet épisode a été réalisé par Thomas Firh, accompagné par Inès Cochard. Le récit a été présenté par Clémence Hacquart. La musique est composée par Nicolas de Ferran. Chloé Wibaux s’est assurée du montage, et Antoine Martin du studio Krispy Record du mixage.