Infographie | Le principe du mur du son expliqué simplement

Le franchissement du mur du son constitue l’un des phénomènes les plus fascinants et spectaculaires de la physique aéronautique. Souvent associé à une détonation assourdissante et à l’image d’un avion transperçant une barrière invisible, ce concept scientifique recèle pourtant des subtilités que le grand public méconnaît fréquemment.

La propagation initiale de la vitesse du son

Le son ne se déplace pas instantanément dans l’espace ; il voyage sous la forme d’ondes de pression successives qui compressent et détendent l’air ambiant. Dans des conditions atmosphériques standard au niveau de la mer, cette onde se déplace à une vitesse d’environ 1 200 km/h, soit 340 mètres par seconde.

Lorsqu’une source sonore reste immobile, elle émet des vagues concentriques et régulières qui s’éloignent progressivement dans toutes les directions. Ces vagues invisibles transportent l’énergie acoustique sans rencontrer d’obstacle particulier dans leur milieu de propagation.

La température de l’air joue un rôle déterminant dans cette équation physique, car la vitesse du son diminue à mesure que l’altitude augmente et que la température baisse. C’est la raison pour laquelle le seuil critique de franchissement varie légèrement selon les conditions de vol.

Le comportement d’un avion en régime subsonique

Lorsqu’un appareil se déplace dans le ciel à une vitesse normale, qualifiée de régime subsonique, il génère continuellement du bruit par le fonctionnement de ses moteurs et le frottement de sa structure contre l’air.

À ce stade, l’avion avance moins vite que les ondes sonores qu’il produit. Les vagues acoustiques ont donc tout le temps de s’écarter et de devancer l’appareil vers l’avant, s’éparpillant harmonieusement dans le milieu ambiant.

Pour un observateur situé au sol, le son de l’appareil parvient progressivement aux oreilles bien avant que l’avion ne soit directement à sa verticale. La mécanique des fluides s’effectue sans perturbation majeure et l’air s’écoule de manière fluide autour du fuselage.

L’accumulation progressive des ondes de pression

À mesure que le pilote augmente les gaz et rapproche son appareil de la vitesse du son, la dynamique acoustique change radicalement de comportement. L’avion commence à rattraper les propres ondes sonores qu’il émet vers l’avant.

Lorsque l’appareil atteint une vitesse proche de Mach 1, les fronts d’onde n’ont plus la possibilité de s’échapper vers l’avant. Ils commencent à se compresser les uns contre les autres juste devant le nez et les bords d’attaque de l’appareil.

Cette concentration extrême d’énergie provoque une forte élévation de la densité et de la pression de l’air. Contrairement aux idées reçues, il n’existe pas de mur matériel ou de barrière solide dans l’atmosphère, mais une zone de forte compression aérodynamique constituée par l’entassement des ondes sonores.

Le passage en régime supersonique et l’onde de choc

Dès que l’avion franchit le seuil de 1 200 km/h, il entre dans ce qu’on appelle le régime supersonique. Il se déplace désormais plus rapidement que les perturbations acoustiques qu’il engendre.

Ne pouvant plus se disperser vers l’avant, les ondes de pression s’accumulent et se superposent de manière constructive. Elles forment alors une onde de choc conique, souvent appelée cône de Mach, qui s’évasse progressivement à partir du nez et des structures saillantes de l’appareil.

L’appareil évolue désormais en devançant le son qu’il produit. Un observateur placé sur la trajectoire de l’avion n’entendra absolument aucun bruit à son approche, jusqu’au moment précis où le cône d’onde de choc viendra intercepter sa position au sol.

La réalité physique du bang continu

L’une des erreurs les plus fréquentes consiste à imaginer que le « bang » supersonique se produit uniquement au moment exact où l’appareil dépasse la vitesse du son. La réalité physique démontre un phénomène très différent et continu.

L’onde de choc en forme de cône est traînée en permanence derrière l’appareil tout au long de sa phase de vol supersonique. Ce phénomène s’apparente au sillage laissé par un bateau à moteur qui fend la surface de l’eau.

Toute personne située au sol le long du parcours de l’avion sera balayée par ce cône invisible et percevra l’onde de choc sous la forme d’un double bang retentissant. Le premier bang est généré par la surpression au niveau du nez de l’appareil, tandis que le second provient de la dépression brutale qui se crée au niveau de la queue.