L’histoire de la gastronomie française regorge de figures excentriques et passionnantes. Franck Ferrand retrace le parcours singulier d’Alexandre Balthazar Grimod de La Reynière, pionnier de la critique culinaire et inventeur de l’art de la table moderne.

Né sous le règne de Louis XV, cet homme complexe a su transformer un lourd handicap physique et une rancœur familiale en une carrière littéraire brillantissime.

Ce qu’il faut retenir

Grimod de La Reynière a surmonté une infirmité aux mains grâce à des prothèses. Cet événement lui a permis de manier la plume et la fourchette avec un talent inédit.

Il a inventé la critique gastronomique moderne et l’art de recevoir. Ses événements théâtraux et ses guides culinaires ont marqué le Tout-Paris.

Ses écrits ont posé les bases de la sociologie de la table. Il prônait un savoir-vivre où la bonne chère devait inciter à l’indulgence et à la convivialité.

Grimod de La Reynière (Les Grands Dossiers de l’Histoire)

Alexandre Balthazar Grimod de La Reynière vient au monde en 1758 avec une malformation rare. Il naît privé de doigts aux deux mains.

Cette infirmité effraie ses parents qui le délaissent. Son père est un riche fermier général et sa mère tient un salon aristocratique réputé.

Le jeune homme grandit isolé et nourrit de la rancœur. À l’adolescence, son père lui offre des prothèses recouvertes de gants blancs. Ce nouvel équipement change sa vie. Il peut désormais écrire et manger en toute autonomie.

Pour contrarier ses parents, il refuse la magistrature et devient avocat. Il choisit de défendre gratuitement les roturiers face aux nobles.

Passionné de littérature, il fréquente Beaumarchais et Rétif de La Bretonne. À vingt-six ans, il écrit un essai sur le plaisir. Il cherche alors un moyen spectaculaire d’en faire la promotion.

En 1783, il organise un souper macabre qui va défrayer la chronique. Il envoie des invitations sous forme de faire-part de décès. L’événement réunit dix-sept convives dans un décor funèbre impressionnant.

La salle à manger est tendue de noir. La table ressemble à un catafalque éclairé par des bougies. Neuf services extravagants se succèdent sous les yeux d’un public invité à observer la scène. Le succès est immédiat et le livre se vend très bien.

L’homme poursuit ses provocations littéraires. Un pamphlet contre un protégé du pouvoir lui vaut l’exclusion du barreau. Ses parents l’exilent à Lyon où il ouvre un commerce.

De retour à Paris après la Révolution, il invente un nouveau genre journalistique. Il publie son célèbre Manuel des amphitryons et son Almanach des gourmands. Il crée un jury de dégustation pour évaluer les produits des commerçants parisiens.

Ses ouvrages contiennent des conseils pratiques pour découper les viandes ou concevoir des menus d’exception. Il théorise également l’art d’inviter et d’animer une conversation. Selon lui, il ne faut jamais aborder la politique pendant un repas.

Il passe la fin de sa vie à la campagne après avoir dépensé sa fortune en réceptions. Il s’éteint le jour de Noël 1837 en laissant un héritage culinaire immense.