Cette conférence explore les liens complexes et fondamentaux entre la santé sexuelle et la santé reproductive. Présentée par le Professeur Laurent Mandelbrot (gynécologue-obstétricien) et Joëlle Mignot (psychologue et sexologue), elle souligne que ces deux domaines, bien que souvent traités séparément, sont indissociables pour le bien-être des individus et des couples.

1. Distinguer désir sexuel, désir de grossesse et désir d’enfant

Les intervenants commencent par clarifier des concepts souvent confondus :

  • Le désir sexuel : un mouvement de vie, une force dynamique liée à l’altérité et au plaisir, distinct de la simple pulsion ou de l’excitation.

  • Le désir de grossesse : une dimension plus viscérale et corporelle, liée au sentiment de complétude et parfois de toute-puissance.

  • Le désir d’enfant : un projet conscient et inconscient, infiltré par des fantasmes de transmission, de réparation de sa propre enfance ou de prolongement de soi.

2. Le paradoxe de la contraception et de l’IVG

Le Professeur Mandelbrot aborde un paradoxe majeur : malgré un accès accru à une contraception efficace, le nombre de grossesses non désirées et d’IVG reste stable en France.

  • Limites de la contraception : l’efficacité théorique (pilule) diffère souvent de l’efficacité réelle due aux oublis ou aux arrêts de traitement. Les méthodes de longue durée (stérilet, implant) offrent une sécurité supérieure car elles ne dépendent pas de l’observance quotidienne.

  • Facteurs psychosociaux : les échecs de contraception ne sont pas seulement techniques mais liés à des facteurs psychiques, sociaux (vulnérabilité, rapports de domination) ou à des prises de risque inhérentes à la vie sexuelle.

3. Infertilité et santé sexuelle : une atteinte bidirectionnelle

L’infertilité (difficulté à concevoir après 1 à 2 ans) est vécue comme une véritable atteinte à la santé globale.

  • Causes médicales : elles sont partagées entre les femmes (troubles de l’ovulation, endométriose, séquelles d’IST) et les hommes (altération de la qualité du sperme due au mode de vie et aux perturbateurs endocriniens).

  • Impact sur la sexualité : la recherche obsessionnelle d’un enfant peut transformer la sexualité en une contrainte technique (rapports programmés), entraînant une perte de désir, des troubles de l’érection ou des douleurs (dyspareunie).

4. La dissociation entre sexualité et procréation

La technologie moderne a achevé une dissociation amorcée historiquement :

  • Sexe sans bébé : grâce à la contraception et à l’IVG (liberté de choix).

  • Bébé sans sexe : grâce à l’Assistance Médicale à la Procréation (AMP), où la conception a lieu hors du corps.

  • Parentalité et filiation : les nouveaux modèles (homoparentalité, coparentalité) redéfinissent les liens entre l’acte sexuel, le projet parental et la transmission biologique.

Conclusion : un enjeu de droits humains

La conférence rappelle que la santé sexuelle n’est pas seulement l’absence de maladie, mais un état de bien-être physique et émotionnel. Elle plaide pour une approche intégrée où le respect du consentement, l’accès à l’information et la liberté de décider de sa propre fertilité sont reconnus comme des droits humains fondamentaux