Victorien Erussard partage son parcours d’ancien officier de la marine marchande devenu pionnier de la transition énergétique maritime. Il retrace la genèse d’Energy Observer, le tout premier navire expérimental autonome propulsé à l’hydrogène et aux énergies renouvelables.
À l’occasion des Rencontres Roissy-Meaux Aéropole, l’enseigne met en lumière les opportunités concrètes de décarbonation du transport maritime et industriel.
Ce qu’il faut retenir
Le projet Energy Observer est né d’un déclic lors d’une panne d’énergie en plein océan Atlantique. Cette rupture technique a poussé Victorien Erussard à chercher une alternative durable au diesel.
L’expérimentation réussie d’un mix énergétique combinant éolien, solaire et hydrogène sur plus de trois tours du monde prouve la fiabilité de cette technologie en milieu hostile.
Le passage à l’échelle industrielle s’amorce désormais à travers la création d’EODev et le projet de cargo zéro émission Energy Observer 2 destiné au cabotage européen.
La genèse d’une prise de conscience maritime
L’histoire débute à Saint-Malo, une cité corsaire à la culture maritime ancrée.
Inspiré par les grands marins et les courses légendaires comme la Route du Rhum, Victorien Erussard rejoint très jeune la marine marchande.
Sur les paquebots et navires de commerce, le constat est sans appel : la quasi-totalité de la flotte mondiale fonctionne au fioul lourd. Ce carburant émet massivement du gaz à effet de serre et des particules fines.
Bien que le gaz naturel liquéfié permette une première réduction des pollutions, cette avancée reste insuffisante face à l’urgence climatique.
Le véritable tournant survient en mer lors d’une panne de génératrice diesel. Pris au piège sans électricité pour alimenter les instruments de bord, le navigateur prend conscience de la vulnérabilité liée aux énergies fossiles.
Cette mésaventure le pousse à abandonner la compétition pour concevoir un navire laboratoire entièrement autonome.
Energy Observer repose sur un mix énergétique sur mesure captant le solaire, l’éolien et l’hydroélectricité.
Des batteries gèrent les besoins immédiats tandis que la chaîne hydrogène assure le stockage d’énergie à long terme.
Le bateau puise l’eau de mer, la dessale et la transforme en hydrogène par électrolyse. Cette réserve est réutilisée lorsque le vent ou le soleil font défaut.
Après sept années de navigation et l’équivalent de trois tours du monde, le bilan technique est exemplaire.
Malgré l’humidité, le sel et les mouvements de la houle, les installations ont fait preuve d’une fiabilité totale sans aucun risque d’accident.
Du prototype à la maturité industrielle
Face au succès de la phase de test, la structure EODev est créée afin de commercialiser ces innovations.
L’entreprise développe aujourd’hui des groupes électro-hydrogènes terrestres pour remplacer les générateurs diesel hors réseau.
En parallèle, des modules hydrogènes marinisés équipent désormais plusieurs navires dans le monde, notamment les bateaux suiveurs de l’America’s Cup.
Cette reconnaissance valide l’efficacité opérationnelle des piles à combustible en conditions réelles.
Vers le fret maritime bas carbone
Le transfert de ces technologies vers le transport de marchandises constitue la prochaine étape cruciale.
Chaque type de bateau appelle une solution spécifique : les batteries conviennent aux petites embarcations, alors que les grands navires exigent de l’hydrogène gazeux ou liquide.
Le projet Energy Observer 2 ambitionne d’implanter une chaîne hydrogène liquide cryogénique sur un cargo caboteur.
Ce navire embarquera des conteneurs à travers l’Europe avec une autonomie de près de deux mille milles nautiques.
Pour concrétiser cette vision d’ici la fin de la décennie, des synergies entre le secteur maritime et l’aéronautique sont indispensables.
Le partage des infrastructures et le soutien financier des grands groupes permettront de faire émerger un véritable écosystème décarboné.