À Prague, un père et son fils employés dans un crématorium ont risqué leur vie pour sauver du néant les cendres de 2200 victimes du nazisme. L’enquête d’un professeur de Bilbao a permis d’exhumer leur histoire de l’oubli.
En 2020, après avoir lu L’imposteur de Javier Cercas, Unai Eguía, un professeur d’arts plastiques de Bilbao passionné d’histoire, entreprend par curiosité des recherches sur les républicains espagnols faits prisonniers et disparus pendant la Seconde Guerre mondiale. Il ne tarde pas à faire une première découverte : un certain nombre d’entre eux, exilés en France pour fuir la dictature franquiste, ont été déportés et assassinés en ex-Tchécoslovaquie dans une annexe du camp de concentration bavarois de Flossenbürg située à Hradistko, non loin de Prague. La lettre d’un rescapé lui apprend que leurs corps ont été incinérés dans un crématorium civil de Prague du nom de Strasnice, avec ceux de milliers d’autres prisonniers exécutés dans une prison voisine. En croisant ses recherches avec celles d’un historien tchèque, il découvre que les cendres de ces déportés n’ont peut-être pas disparu : employé là avec sa femme et son fils, un certain Frantisek Suchy aurait bravé la consigne des nazis ordonnant de les jeter pour cacher en lieu sûr celles des victimes qu’il était en mesure d’identifier…
Contre l’oubli
Le fils de Frantisek Suchy raconte comment ce dernier a risqué sa vie par cet acte de bravoure, révélé aux Tchèques à la fin de la guerre, mais dont les familles espagnoles des déportés n’ont eu connaissance que quatre-vingts ans après grâce à Unai Eguía. Son enquête à travers l’Europe a mis au jour des histoires extraordinaires, restituées dans ce film par les récits croisés d’historiens, d’archivistes et de responsables de lieux mémoriels, ainsi que par les descendants des résistants assassinés. Des séquences animées recréent certains des événements pour donner vie à cette page d’histoire exhumée de l’oubli.
Documentaire d’Oier Plaza Gartzia (2024, 53mn) disponible jusqu’au 27/04/2026