La sexualité contemporaine traverse une crise profonde et paradoxale. Alors que les messages sur le plaisir et les recettes techniques s’unissent pour saturer l’espace médiatique, les couples font de moins en moins l’amour.
Cet entretien avec Guillaume de Brébisson, sexothérapeute et thérapeute de couple, propose de redéfinir la sexualité. Il ne la conçoit pas comme une activité récréative isolée, mais comme l’expression ultime du sentiment amoureux.
À travers son parcours et sa pratique, l’invité nous livre des clés pour transformer l’intimité et passer du simple acte mécanique à une véritable communion corporelle et spirituelle.
Résumé des points abordés
Ce qu’il faut retenir
- L’amour et la sexualité forment un tout indissociable : le plaisir durable et l’épanouissement ne peuvent pas exister si l’acte sexuel est détaché du sentiment amoureux et de la relation à l’autre.
- Le corps prime sur le mental pour instaurer la confiance : le lâcher-prise nécessaire à une sexualité épanouie ne se décide pas intellectuellement, mais passe par un relâchement corporel total.
- La lenteur est la clé d’accès à la profondeur : ralentir le rythme permet de désactiver les mécanismes de défense du cerveau reptilien et d’entrer dans une véritable sécurité émotionnelle.
Le parcours vers la thérapie psychocorporelle
Guillaume de Brébisson n’a pas toujours été sexothérapeute. Ancien journaliste et chef d’entreprise, son orientation professionnelle a été dictée par les épreuves de la vie. Une année charnière marquée par des deuils et des crises familiales l’a poussé à chercher un sens profond à son existence. C’est ainsi qu’il a découvert la thérapie psychocorporelle.
Cette approche part du principe que le corps exprime et explique le mental. Le thérapeute s’appuie notamment sur la Psychologie Biodynamique pour guider les patients. Cette discipline montre que le corps est le messager direct de nos émotions profondes. Revenir aux sensations physiques permet de dénouer des blocages psychologiques complexes.
La sexualité s’inscrit naturellement dans cette vision globale de l’être humain. Faire l’amour implique la rencontre de deux enveloppes physiques. Cependant, l’intention et la présence changent radicalement l’impact de cette rencontre sur l’organisme. Le corps peut réagir de deux manières opposées selon le contexte de la relation.
L’expansion face à la contraction
Pour expliquer les mécanismes internes de la sexualité, l’invité se réfère aux travaux de Wilhelm Reich sur la pulsation cellulaire. Une cellule vivante ne sait faire que deux mouvements : elle s’expanse ou elle se contracte. L’expansion engendre la sensation de plaisir et d’ouverture. La contraction, quant à elle, génère l’angoisse et le réflexe de défense.
La sexualité mécanique se situe du côté de la contraction. Dans ce cadre, chaque partenaire garde inconsciemment ses protections. Le corps reste en alerte et l’acte devient purement technique ou récréatif. Les vécus ne nourrissent pas la personne dans sa globalité.
À l’inverse, une sexualité vécue dans l’amour mène à l’expansion. Les partenaires sont totalement relâchés et ouverts. Le corps n’est plus perçu comme un outil de performance. Cette ouverture permet de vivre des courants énergétiques intenses et d’accéder à des prises de conscience élevées.
La réalité des consultations et le dialogue en couple
Les motifs de consultation révèlent souvent un fossé entre les hommes et les femmes. La problématique la plus fréquente concerne les couples où l’un des partenaires refuse la sexualité. Dans la majorité des cas, la femme décide de stopper les relations car elle se sent chosifiée ou utilisée comme une béquille émotionnelle.
L’homme ne comprend généralement pas ce rejet. Il exprime son amour à travers son désir. Pourtant, les modalités de sa demande peuvent trahir un besoin infantile de réassurance. Le dialogue est rompu car la femme craint de blesser son conjoint en exprimant son malaise.
Le manque de communication mène au divorce intérieur. Ce concept désigne les couples qui cohabitent harmonieusement en apparence mais ne partagent plus aucune connexion profonde. Ils gèrent le quotidien et l’éducation des enfants comme des colocataires. L’énergie vitale est alors investie à l’extérieur du couple, que ce soit dans le travail ou les loisirs.
Instaurer un canal de communication vrai
Le dialogue ne doit pas être purement intellectuel. Pour relancer un couple, il faut d’abord rassurer le système nerveux. Guillaume de Brébisson propose un exercice simple : s’asseoir face à face, se prendre par les mains et se regarder dans les yeux en gardant le silence pendant plusieurs minutes.
Cette expérience provoque souvent une panique initiale. Le cerveau reptilien se sent vulnérable. En persévérant, le calme s’installe et l’amour recommence à circuler. C’est à partir de cet espace de sécurité corporelle que la parole vraie devient possible.
Les polarités masculines et féminines jouent un rôle majeur dans cette alchimie. Le féminin a un besoin absolu de sécurité pour s’ouvrir. Le masculin, pour sa part, passe souvent par la sexualité pour accéder à sa propre vulnérabilité émotionnelle. Comprendre ces différences permet d’éviter les malentendus destructeurs.
Le projet sexuel et la libération des peurs
L’aboutissement de la thérapie de couple se matérialise dans le projet sexuel. Il s’agit d’élaborer ensemble une vision claire de l’intimité. Cela nécessite d’exprimer ses désirs, ses fantasmes et ses limites sans crainte du jugement.
Cette démarche demande de lever le voile sur les héritages transgénérationnels. Le corps conserve la mémoire des traumatismes, des non-dits et des violences subies par les lignées précédentes. Les hommes comme les femmes portent des conditionnements qui dictent leurs réactions inconscientes.
Le projet sexuel permet de définir le degré de liberté et d’exclusivité souhaité par chacun. L’important réside dans l’accord mutuel et la transparence. L’écrit peut être un excellent support pour fixer ces intentions et guider le couple vers une sexualité choisie et respectueuse.
La sacralisation de l’intimité
Sacraliser la sexualité signifie l’extraire de la banalité quotidienne. Ce n’est pas un acte de consommation courante. Les partenaires redonnent une solennité à leur union en prenant le temps nécessaire.
Les caresses longues et lentes sont fondamentales. Elles informent la peau et les cellules que le danger est écarté. Les gestes rapides mettent l’organisme en alerte, tandis que la lenteur installe le lâcher-prise. L’acte sexuel n’est plus dicté par la recherche exclusive de l’orgasme ou de la pénétration.
En abordant l’intimité avec cette qualité de présence, le couple peut transformer sa vie amoureuse. La sexualité devient alors un espace de guérison et de régénération profonde. Elle permet de recréer le lien et d’ancrer l’amour dans la matière.