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Sa vie brève (vers 1571-1610) est un roman. Parce que le Caravage fut bagarreur, meurtrier lors d’un duel, puis en perpétuelle cavale, avant de mourir, à 38 ans, dans des circonstances mystérieuses, il a nourri une sulfureuse légende. Son génie, reconnu de son vivant, puis oublié et caricaturé au fil d’innombrables copies, dut attendre le début du XXe siècle pour renaître à la lumière. Le réalisateur Jean-Michel Meurice, peintre lui-même, voyage sur les traces de Michelangelo Merisi, de la petite ville lombarde de Caravaggio, où il grandit et qui lui donna son nom, à Rome, où il devient tôt célèbre, puis à Naples, à Malte, en Sicile, où il fut accueilli dans sa fuite et où il laissa des peintures merveilleuses. En parallèle, la caméra explore avec sensualité, au plus près des toiles, la force des compositions, l’art si personnel du clair-obscur, le réalisme saisissant des scènes, qui donnent le sentiment au spectateur d’assister au moment décisif (« juste avant ou juste après l’acte lui-même »), et l’humanité poignante des visages. Elle montre comment, dans ses dernières années, l’artiste pressé par le temps et l’angoisse ne cesse de se représenter lui-même, jusque dans la tête tranchée de Goliath, brandie au premier plan par la main de David, dans un tableau dédié au pape pour implorer son pardon.